Страница 4 из 93
Il aurait toujours à lutter contre le mauvais vouloir du roi auquel il avait osé tenir tête sur la route de Versailles…
Sauver Louis XV et assurer du même coup la faveur du chevalier… Jea
C’était d’Assas qui devait aller trouver le roi.
C’était lui qui devait le sauver…
Alors, la reco
Voilà le rêve naïvement pervers auquel se livrait Jea
Cependant le repas était terminé depuis longtemps. La pendule marquait une heure du matin. Les deux jeunes gens, placés dans une si étrange situation, se taisaient.
Jea
– Madame, fit tout à coup le chevalier en se levant, je crois que vous devez être fatiguée. Souffrez donc que je vous souhaite une bo
– Êtes-vous si pressé de me quitter? fit Jea
Le chevalier sourit tristement: dans cette parole, il ne voyait qu’une politesse de grande dame, ou tout au plus un mot de pitié.
– Je vous tiendrai compagnie autant que vous m’en do
Elle le regarda franchement, de ses grands beaux yeux qui faisaient frémir le jeune homme.
– Eh bien! oui, dit-elle, je suis préoccupée… j’ai quelque chose à vous dire… et je songe au moyen de m’assurer votre généreux concours… car c’est un sacrifice que je vais vous demander.
– Un sacrifice? fit ardemment le chevalier. Ah! que ne me demandez-vous ma vie!…
– Chevalier, dit-elle gravement, c’est beaucoup plus que votre vie que je vais vous demander. Si je ne co
– Me supplier! s’écria d’Assas violemment ému. Quoi, madame!… Vous pleurez!…
Elle pleurait, en effet. L’idée du danger couru par le roi le torturait.
Doucement, d’Assas se mit à genoux devant elle.
– Madame, dit-il, voyez le gentilhomme qui est à vos pieds. Dites-vous bien qu’il vous appartient corps et âme et que vous n’avez pas à le supplier; un ordre suffit. Cet ordre sera exécuté, quel qu’il soit!…
– Relevez-vous, dit Jea
– Oh! murmura le chevalier, c’était donc bien terrible pour moi, que vous n’osez plus le dire!…
– Je voulais vous prier de sauver le roi, dit Jea
Ce mot lui échappa pour ainsi dire, malgré la résolution très sincère qu’elle venait de prendre de ne rien dire.
À peine eût-elle parlé qu’elle s’en repentit.
Le chevalier était devenu pâle comme un mort.
Elle comprit ou crut comprendre qu’elle l’avait gravement offensé.
Elle baissa la tête et murmura:
– Pardo
D’Assas s’était relevé lentement. Une affreuse douleur lui serrait le cœur.
Il n’y avait plus d’espoir possible pour lui…
Jea
– Pardo
– Dites-moi comment je puis sauver celui que vous aimez? dit le chevalier d’une voix étrangement calme.
Jea
Tant d’abnégation, tant de dévouement, une telle pureté plus qu’humaine dans un tel amour, cela lui causait une sorte d’admiration éto
L’amour des femmes est cruel parce qu’il est exclusif.
Jea
Il est impossible de lui en faire un crime. Et si le chevalier était vraiment à plaindre, vraiment à admirer, il n’y avait pas moins de réelle grandeur d’âme chez celle qui, désespérément, avec une sorte d’entêtement farouche, ne perdait pas de vue un seul instant qu’elle était là pour sauver celui qu’elle aimait!
D’un geste charmant dans sa grâce et son émotion débordante, elle saisit une main de d’Assas, se pencha et baisa cette main.
Ce fut pour le chevalier une impression d’une douceur infinie et d’une terrible douceur.
Cet hommage, il l’accepta, comme jadis le gladiateur qui allait mourir dans le cirque acceptait le baiser que lui envoyait l’impératrice romaine.
Et en effet, la pensée de la mort se présentait à lui à ce moment sans qu’il eût le courage de l’écarter.
Oui!… Sauver ce roi… cet homme que Jea
Et, le roi sauvé, disparaître! mourir!
Telle fut, ces quelques secondes, la pensée qui se développa dans le cœur de ce jeune homme.
Il se raidit pour dompter l’émotion qui l’étreignit.
Et quand il fut parvenu à affermir sa voix:
– Madame, dit-il, votre attitude me prouve que vous croyez à un grand sacrifice de ma part. Il y a sacrifice, je l’avoue! Je vous aimais. Depuis cette minute adorable et fatale où, sur la clairière de l’Ermitage, j’eus le bonheur de m’interposer entre le comte du Barry et vous, je vous ai aimée follement… C’était une folie! Nous n’étions pas nés l’un pour l’autre. Cette folie, j’en puis venir à bout. Et puis, nous autres soldats, nous ne gardons pas longtemps les mêmes passions au cœur. La vie des camps, les hasards de la guerre sont la plus puissante des distractions… Si je vous disais que je parviendrai à vous oublier, vous ne me croiriez pas. Mais je puis sincèrement vous assurer que je ne garderai aucun souvenir amer de cette rencontre, et que le sacrifice n’est peut-être pas aussi éto
– Ah! cœur magnanime! s’écria Jea
– Ainsi, madame, vous ne voulez plus me dire quel danger menace le roi?
– Non, chevalier, non, ami parfait que j’ai pu blesser de tout mon égoïsme!…
– En ce cas, reprit d’Assas froidement, je vous jure que je vais de ce pas me rendre au château…
– D’Assas! cria Jea
– Faire réveiller le roi, et lui dire qu’il est menacé…
– Vous ne sortirez pas!…
– Et comme il me sera impossible d’expliquer le genre de danger que je signalerai, il est certain que le roi prendra ombrage et défiance de ma démarche si étrange. Cela, joint à la scène de la route de Versailles…
Jea
Elle entrevit que le dévouement de d’Assas allait aboutir à une catastrophe.
– Vous le voulez donc! fit-elle, bouleversée.
– Je le veux! dit d’Assas fermement.
– Écoutez donc!…
Elle se recueillit quelques minutes, cherchant à apaiser les palpitations de son sein. Livide, mais très calme en apparence, d’Assas attendait…
Alors, Jea
D’Assas avait écouté avec une profonde attention.
Il comprenait ou croyait comprendre ce qui se tramait.
La vérité se faisait jour peu à peu dans son cerveau: lui-même, inconsciemment, avait aidé à l’organisation de ce guet-apens!… Il était l’un des rouages de la formidable machine que M. Jacques mettait en mouvement!…
Dès lors sa résolution fut prise, et rapidement, il fit son plan.
– Madame, dit-il, je crois en effet que le roi est sérieusement menacé. J’ai encore plus de raisons de le croire que vous-même. Il faut que dans une heure Sa Majesté soit prévenue… Elle le sera!