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JEUDI 7 DECEMBRE

14 H 25

Métal enfoncé dans le crâne dès que j'ai repris conscience, trop bu la veille. J'ai attrapé la bouteille d'eau et l'ai vidée d'un trait, ça soulageait mais tous les morceaux de ma tête derrière les yeux restaient lourds et mal en place.

So

Je me suis péniblement soulevée pour regarder l'heure affichée en lettres vertes sur le magnétoscope. 14 h 30. J'étais de l'équipe du soir, il fallait que j'y sois à 16 h 30, ça me laissait juste le temps de récupérer figure humaine.

Le répondeur s'est enclenché. Sur le message Sheila chantait: Vous les copains, je ne vous oublierai jamais.

Le bip jouait la Lettre à Élise, je me sentais boueuse et écœurée.

La Reine-Mère, voix rauque et posée, l'élocution claire et distinguée:

– Bonjour. C'est un message pour Louise: tu ne travailles pas aujourd'hui, L'Endo est fermé. Mais j'ai besoin de te voir. Passe ce soir à 20 heures, évite les fantaisies horaires, s'il te plaît.

Ne se présentait jamais, considérait qu'on reco

J'avais travaillé dans le premier bar qu'elle avait racheté. Un rad poucrav fréquenté par des ploucs fauchés. Elle avait pris l'affaire en main. Succès fracassant. À force d'obstination et de briefs tonitruants, elle en avait fait un endroit rudement bien fréquenté. Se pressentant des compétences pour motiver les filles, elle avait ensuite ouvert un salon de massage, puis un autre, puis une boîte bien privée… Son bonhomme de parcours ne manquait pas d'éclat.

Elle m'avait à la bo

Je ne le faisais pas avec les garçons. Je ne voulais jamais le faire, je n'étais pas faite pour ça.

Je n'en avais jamais pris la décision, je l'avais simplement toujours su. Ça m'était naturel, enterré loin dedans, évident, solide comme le roc.

Ni dans ma bouche, ni dans mon cul, ni dans mon ventre. Perso

Je ne l'avais jamais dit à perso

Je savais que si j'en parlais les gens le prendraient mal et n'y comprendraient rien. Ils en feraient tout un drame et voudraient discuter. Je les co

Et avec l'âpreté des imposteurs qui vivent dans la crainte confuse de se faire démasquer, je do

J'avais quelque chose dedans, je le savais, une sale chose bien à moi, qui devait rester cachée.

J'avais tellement pris le pli, de mentir, de dissimuler, je n'y pensais tout simplement jamais. Ça n'était pas important, ça ne regardait que moi.

L'a

Debout dans la cuisine, j'attendais que l'aspirine fonde dans un pétillement pénible. Guillaume avait mangé à la maison et n'avait pas débarrassé la table.

La porte de sa chambre do

Guillaume était mon frère cadet de un an, nous avions toujours habité ensemble.

Je suis allée m'installer dans son pieu, parce qu'il avait un sommier et pas moi. Et aussi parce qu'il lavait son linge chez la mère et il avait l'odeur de quand on était gamins. Il y avait une machine à la maison, mais Guillaume refusait de s'en servir: «Après il faut étendre le linge, perso

Un autre avantage de la chambre à Guillaume, c'est qu'on y entendait tout ce qui se passait chez les voisins. Deux érémistes probablement sponsorisés par leurs familles respectives, couchés du soir au matin. Un soir où j'avais perdu mes clés, j'avais été invitée à fumer le spliff chez eux en attendant que Guillaume rentre. Une piaule immense et peu meublée: deux matelas côte à côte en plein milieu, à même le sol, couverts de couettes et d'oreillers. Et tout autour de ce lit rayo

Mais ce jour-là, les voisins n'ont pas fait le show.

Toujours pas moyen de me rendormir, alors j'ai attendu que ça passe en regardant le plafond. Il n'y avait qu'un lit dans la chambre à Guillaume. Quand on avait emménagé, il avait parlé de tout repeindre, mettre des étagères de haut en bas, des lampes halogènes et de lourds doubles rideaux pour faire bien chaleureux. Quelques a

Le téléphone a encore so

– Louise, t'es là? C'est Roberta, je viens d'avoir la Reine-Mère au téléphone, on ne travaille pas aujour d'hui, j'appelais pour m'assurer que tu étais au courant…

J'ai grommelé:

– Mais laisse-moi tranquille, sale pute, sans me do

18 H 00

Le nez dehors, j'avais les pensées encore en désordre et le froid m'a déchiré toute la peau en un seul coup. Je me suis recroquevillée à l'intérieur. Il faisait déjà nuit, éclaboussures de lumières, l'impression d'être larguée dans un manège crasseux.

En attendant de pouvoir traverser, au croisement de la rue de l'A

En hiver, c'était facile de ne pas voir le jour pendant des semaines entières. Ça do

Les escaliers qui mènent à la rue Pierre-Blanc m'ont semblé encore plus pénibles qu'à l'habitude. Il fallait ingurgiter beaucoup d'air pour les gravir et l'air me meurtrissait l'intérieur.

Le bar faisait tache jaune au coin de la rue, rassurante à force de la retrouver chaque jour.

Mathieu m'a tendu sa main gauche à serrer, de l'autre il rinçait un verre au petit jet d'eau de la tireuse, puis l'a collé contre un robinet estampillé Adel Scott, penché comme il faut pour éviter qu'il y ait trop de mousse. L'a posé sur le côté et a rempli un autre demi. S'est éto

– T'es pas à L'Endo?

– C'était méfer aujourd'hui, la Reine-Mère m'a appelée tout à l'heure.

– Ils ferment le jeudi, eux?

– Non, y a quelque chose, je sais pas quoi. Mais je ne suis pas du genre à me plaindre de ne pas travailler.

– Une simple affaire de bon sens. Qu'est-ce que tu bois?

Je suis allée m'asseoir à la table du fond, à côté du billard.

Mathieu s'est affalé à côté de moi, a posé nos deux verres sur la table. Il avait l'air exténué. C'était un garçon que le sexe motivait davantage que le repos.

La première gorgée était difficile à faire passer, lèvres et gorge brûlées en même temps que mon corps signifia qu'il n'en voulait pas, qu'il en avait eu assez la veille. Nausée toute proche. Mais quasi simultanément l'alcool s'emmêlait au sang, montait au crâne en dégageant du chaud en chaque veine. Ça respirait déjà plus facilement.

Julien est arrivé, un sac-poubelle bourré à exploser dans chaque main. Il était au plus bas, il exprimait ça très bien en voûtant les épaules et en laissant son regard couler sur la salle avec un air désenchanté.

Julien faisait des voyages pour la Reine-Mère, je ne savais pas bien ce qu'il transportait, et je ne tenais pas à le savoir. Mais il était souvent sur les routes pour elle.

Le reste du temps, il s'occupait de tomber fou amoureux de filles qui le comprenaient mal. Alors il marchait dans la ville, tête baissée. Ou bien il écoutait des chansons tristes, enfermé chez lui, volets clos.

Il est venu s'asseoir à notre table, Mathieu a fait remarquer:

– T'as oublié de déposer les poubelles en bas de chez toi?

Julien a soupiré:

– J'ai plus de chez-moi. Tout ce que j'ai, ça tient dans ces deux sacs. Toute ma vie, dans ces deux sacs.

Bien sûr, ça nous a fait bien rigoler. Il n'avait jamais de chez-lui, il demandait à quelqu'un de le dépa

Ces derniers temps, il avait récupéré un jeu des clés du tombeau de Laetitia, une étudiante lisse et tranquille qu'il voulait épouser. Il a ajouté, ébahi:

– Cette co

Je me suis tenue au courant:

– C'est plus la femme de tes rêves?

– C'est qu'une co

Mathieu a ricané:

– Arrête, Julien, c'est pas une co