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XXIV RÉCONCILIATION
Ces paroles du roi firent passer un frisson parmi les assistants – tous royalistes; et les trois frères purent entendre ce frémissement des épées qui se heurtaient comme des feuilles d’acier. Il sembla à tous qu’Henri III allait se révéler par un coup de force et l’écraser tandis qu’il le tenait. Les seigneurs se préparèrent donc et portèrent la main à leurs dagues ou à leurs rapières. De là cette agitation de l’acier qu’on s’apprête à sortir des fourreaux…
Maye
– Sire, dit-il d’une voix assurée, vous savez que mon frère le cardinal est président du clergé en même temps que monseigneur le cardinal de Bourbon. Il n’y a donc rien que de naturel à sa présence aux États que Votre Majesté a daigné convoquer en cette ville.
– Et vous, monsieur le duc? reprit Henri III avec la même impertinence.
– Sire, continua Guise, vous savez que mon frère Maye
– Maréchal! de barricades, comme M. de Bourbon est cardinal de conspiration! dit sourdement le roi.
Et cette fois Guise pâlit. Car l’attaque était directe, et sûrement l’orage allait crever…
– Mais, reprit le roi, il ne s’agit pas de vos deux frères. Il s’agit de vous. Je suis bien aise de les voir près de vous… de vous voir tous trois ensemble… mais je vous demande spécialement à vous: que venez-vous faire ici?…
À ce moment, Catherine de Médicis se rapprocha du roi et se tint debout près de l’estrade. Cette sombre figure de spectre qui apparut soudain à Guise lui sembla le mauvais augure de quelque catastrophe. Il jeta autour de lui un rapide regard, il vit les seigneurs royalistes prêts à sauter sur lui, et peu s’en fallut qu’il n’eût à ce moment la parole irrévocable.
«S’il fait un signe suspect, pensa-t-il rapidement, j’appelle mes gentilshommes… et… bataille!…»
Cependant, comme il n’était pas prêt, comme cet homme que l’histoire nous do
– Sire, je pourrais vous dire que député de la noblesse au même titre que tant d’autres seigneurs, j’ai pu, j’ai dû me rendre à la convocation que Votre Majesté…
– Il ne s’agit pas de votre présence aux états généraux, interrompit le roi qui avait l’obstination froide, terrible et parfois cruelle. Il s’agit de votre présence ici, chez moi, chez le roi! Qu’y venez-vous faire?…
Ces paroles étaient effrayantes. La situation l’était plus encore. Guise, éperdu, balbutia quelques paroles confuses. Son frère le cardinal lui marcha rudement sur le pied, d’un air qui voulait dire:
«Qu’attendez-vous? Dégainons, morbleu!…»
L’angoisse qui pesait sur cette scène d’une terrible violence dans le calme apparent des perso
– En tout cas, j’ai pu voir que vous êtes venu en bo
– Sire… intervint la reine mère.
– Laissez, madame!… Par les saints, il y a ici un roi; il n’y a qu’un roi; et quand le roi parle, tout le monde doit se taire, même vous, madame!… Mon cher cousin, je vous faisais donc compliment sur votre escorte. Mais, dites-moi, il me semble qu’il y manque quelqu’un…
– Qui cela sire? dit le duc de Guise en devenant livide.
– Mais… le moine qui devait m’occire en la cathédrale de Chartres. L’avez-vous donc oublié à Paris?…
Ces paroles éclatèrent comme un coup de to
Déjà le duc de Guise se tournait vers la porte. Déjà il allait pousser le cri de rescousse, et qui peut savoir ce qui se fût alors passé?… lorsque tout à coup, Catherine de Médicis, allongeant son bras maigre, laissa tomber ces mots, de cette voix de suprême autorité dont elle usait bien rarement:
– Messieurs de Lorraine, écoutez-moi, écoutez la reine!… Le roi veut bien que je parle. N’est-ce pas que vous le voulez, mon fils?
– Par Notre-Dame, gronda Henri III, j’ai do
Les perso
– Monsieur le duc, vous ignorez sûrement que nous avons découvert à Chartres un complot contre Sa Majesté; un moine, en effet, un moine s’était vanté de frapper le roi… mais Dieu veille sur le fils aîné de l’Église… le complot avorta… Toujours est-il que ce moine, pour pénétrer dans Chartres, s’était glissé à votre insu dans les rangs de la grande procession… C’est cela que Sa Majesté a voulu dire…
– J’ignorais, en effet, balbutia le duc, qu’il pût y avoir dans tout le royaume un être assez criminel, assez insensé pour oser porter la main sur la perso
– Maintenant, reprit Catherine avec son plus gracieux sourire, le roi ayant accordé audience à notre cher cousin, lui demande simplement quel est le but spécial de cette audience… Sa question n’a pas d’autre portée.
Guise regarda Henri III, qui, craignant d’avoir été trop loin et de n’être pas en mesure de sortir d’un mauvais pas, fit un signe de tête affirmatif. Une détente se produisit aussitôt dans l’assemblée: on comprit que le roi venait de reculer. Loignes, ayant terminé sa petite besogne, rengaina sa dague. Maye
– Sire, dit alors Guise d’une voix raffermie, et vous, madame et reine, l’audience que Votre Majesté a bien voulu nous accorder a en effet un but spécial. Je suis venu non pas à Blois, mais précisément au château de Blois. Je suis venu non pas aux conférences, mais justement chez Sa Majesté. Et si j’ai prié mes deux frères de m’accompagner, si j’ai invité tout ce que je co
– Qu’à cela ne tie
Cet ordre fut immédiatement exécuté. La porte du salon ouverte à double battant, un huissier cria:
– Messieurs, le roi veut vous voir!…
Alors, tous les seigneurs qui attendaient dans l’escalier et sur la terrasse entrèrent. Le salon fut bientôt bondé. Ceux qui ne purent entrer s’arrêtèrent sur le palier et jusque sur les marches de l’escalier. Une intense curiosité pesait sur cette foule assemblée.
– Mon cousin, dit le roi, vous avez maintenant un auditoire à souhait. Parlez donc hardiment.
– Je parlerai avec plus de franchise encore que de hardiesse, dit le duc de Guise. Sire, lorsque j’ai eu l’ho
– Et il n’y en a jamais eu! cria la reine mère.
Il serait difficile de do