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Mais pour le quart d’heure, l’amour d’Huguette ne se traduisait qu’en dévouement. Et c’est ce dévouement humble dans son apparence, absolu dans le fait, qu’exprimait son beau regard tandis qu’elle contemplait le chevalier.

– Savez-vous, ma chère Huguette, dit Pardaillan, que votre auberge est un véritable paradis?… Voici que je commence à me rouiller quelque peu… je suis las de la vie d’aventure!…

– Ah! monsieur le chevalier, fit Huguette en soupirant, si cela était!…

– Et cela est, pardieu! De vrai, le harnais commence à me peser; toujours à cheval, toujours par monts et par vaux, par la pluie, par le vent, par le soleil, ne jamais savoir le matin où l’on couchera le soir, eh bien à la longue, cela devient fatigant… je me fatigue, Huguette, je me fatigue!

– Que ne vous reposez-vous? s’écria Huguette palpitante de joie. L’auberge est bo

– Ah! Huguette, malgré le bon dîner que vous venez de m’octroyer, vous m’en faites venir l’eau à la bouche!…

– Si vous dites vrai, monsieur le chevalier, vous comblez mes vœux… Eh! mon Dieu, ai-je besoin de vous le dire?

– Je sais, fit doucement le chevalier. Vous êtes non seulement la bo

– Moi!…

– Vous!… Vous venez de me tracer un tableau d’intérieur qui devrait faire pleurer de tendresse un vieux loup comme moi. Oui, Huguette, je vous assure que vous m’avez ému, à tel point que j’aurai toutes les peines du monde à reprendre le collier et à me mettre en selle demain matin •

– Demain matin! murmura Huguette qui pâlit et baissa les yeux.

– Il faut qu’à sept heures je sois à Saint-Denis… j’ai envie de visiter la basilique où dorment nos vieux rois…

– Ah! monsieur le chevalier, fit Huguette dont les beaux yeux tendres se remplirent de larmes, vous m’avez trompée… vous me laissiez espérer… c’est mal… vous reprenez la campagne!…

– Eh bien, oui, mon enfant, c’est vrai; mais écoutez-moi. Je suis obligé, pour mon ho

– Bonsoir, monsieur le chevalier, fit tristement Huguette.

– Bonsoir, ma chère hôtesse… dit gaiement le chevalier.

Quelques instants plus tard, Pardaillan était couché. Il do

À six heures, en effet, la servante réveilla Pardaillan qui commença par aller seller et brider son cheval, puis déjeuna d’une tranche de pâté et d’une demi-bouteille de vin, puis fit ses adieux à Huguette en lui répétant qu’il viendrait vieillir au coin du feu de la Devinière. Puis il se mit en selle devant le perron de la Devinière. Huguette lui offrit le coup de l’étrier et, le regardant s’éloigner, demeura sur le perron aussi longtemps qu’elle put le voir.

– Le reverrai-je jamais? murmura-t-elle en rentrant dans l’auberge.

Un peu après sept heures, Pardaillan s’arrêtait près de la basilique de Saint-Denis, attachait son cheval à un a

À sept heures et demie, il vit arriver un cavalier venant de Paris, cavalier armé en guerre, et ayant toute la tournure d’un gentilhomme. Il le reco

Le cavalier s’arrêta comme s’était arrêté Pardaillan. Ayant mis pied à terre à une centaine de pas du bouchon, il entra dans une maison où il resta près d’une demi-heure. Puis il sortit, se remit en selle et reprit le chemin de Paris.

«Bon, pensa le chevalier, voici la lettre entre les mains du messager. Attendons le messager!»

Toute cette manœuvre, naturellement, s’était accomplie sans que ce cavalier venu de Paris eût eu l’air de songer à se cacher un seul instant.

En effet, il ne pouvait guère supposer qu’on l’épiait.

Dix minutes après son départ, la porte charretière de la maison s’ouvrit, laissant le passage à un homme qui sortit tout à cheval et prit au pas la route de Dammartin. Il passa devant le bouchon à l’a

«Le messager qui va à Dunkerque, songea-t-il. Celui que Fausta appelle le comte. Comte, bon! Mais comte de quoi?… Je voudrais bien savoir son nom… Bah! je m’en passerai!…»

Le cavalier se mit au trot; Pardaillan prit le trot, tout en se maintenant à distance. Cependant le cavalier ne paraissait pas très pressé. Il suivit d’un bon trot le chemin mal entretenu, souvent défoncé, et ressemblant à nos routes nationales comme le cocher peut ressembler au train rapide.

À un moment, cet homme s’aperçut sans doute qu’il était suivi; mais au lieu de piquer son cheval, il s’arrêta court. Pardaillan s’arrêta Le cavalier repartit au galop pour passer au trot quelques instants plus tard: Pardaillan exécuta les mêmes manœuvres. Dès lors, il fut évident pour le cavalier que Pardaillan le suivait.

Il ne s’arrêta pas à Dammartin et poussa jusqu’à Senlis. À Senlis, le messager mit pied à terre devant le To

«Bon! pensa Pardaillan, je veux être pendu si mon homme n’est pas debout à cinq heures!…»

Et se retirant à son tour, il do

«La lettre destinée à Farnèse, pas davantage, se répondit-il.

Oui. Mais comment faire pour avoir cette lettre?… S’il ne se fût agi que de provoquer l’homme et de le tuer, la question eût été trop simple. Car c’est justement là que gisait la question pour le chevalier. Il lui répugnait de tuer ou même de blesser cet homme qui ne lui avait jamais fait de mal, qu’il ne co

«Bah! finit-il par se dire, je trouverai bien quelque moyen! J’aborderai ce gentilhomme, par exemple, le chapeau à la main, et très poliment, je lui dirai: Monsieur, voulez-vous avoir l’obligeance de me remettre la lettre que vous portez au général Farnèse? Je vous jure que vous me rendrez un service dont je vous serai fort reco

Content d’avoir trouvé cette solution, Pardaillan dormit d’une traite jusqu’à cinq heures du matin, moment auquel on vint le réveiller. Il sauta du lit, et avant même que de s’habiller, ouvrit la fenêtre. Tout en s’habillant, il surveillait par cette fenêtre…

«Je suis sûr que mon homme ne va pas tarder à sortir», songea-t-il.

Mais Pardaillan était habillé depuis longtemps et l’homme ne paraissait pas. «Mordieu, songea-t-il, est-ce que vraiment il va attendre huit heures?…»

À sept heures, Pardaillan n’y tint plus. Et appelant l’hôte:

– J’espère, dit-il, que vous n’oublierez pas de réveiller à huit heures ce digne gentilhomme.

– Quel gentilhomme? fit l’hôte.

– Mais celui qui est arrivé hier en même temps, ou plutôt un peu avant moi. Je m’e

– En ce cas, monsieur, je suis contrarié vraiment…

– Qu’est-ce à dire?…