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– Elle est à vous le jour que je vous ai dit, à condition que la veille de ce jour, c’est-à-dire le vingt-et-unième d’octobre, vous m’aidiez dans une petite opération que j’ai résolu de mener à bien…

– Ah! madame, est-ce que je ne vous appartiens pas tous les jours!…

– N’en parlons donc plus. Au moment voulu, je vous expliquerai mon opération et vous assignerai votre rôle. Pour le moment, veuillez m’envoyer chercher celle de vos petites priso

Claudine, encore tout éblouie, s’élança. Quelques minutes plus tard, elle revenait, conduisant par la main la compagne de captivité de Violetta, c’est-à-dire Jea

Depuis qu’elle était enfermée dans l’enclos du couvent, Jea

Condamnée à mourir avec sa sœur Madeleine, une nuit, dans son cachot de la Bastille, elle avait vu soudain entrer des gens. Alors elle avait cru que sa dernière heure était venue et qu’on venait la chercher pour la conduire au supplice. Mais une femme, un ange descendu dans cet enfer, où la pitié l’avait guidée, s’était penchée sur elle en disant:

– Jea

– Et Madeleine? s’était écriée Jea

– Madeleine, avait répondu la femme, est déjà délivrée et en sûreté… Alors, ivre de joie, pareille à une morte qu’un miracle ferait sortir du tombeau, elle avait suivi sa libératrice. On l’avait conduite jusqu’à une litière qui se trouvait dans la sombre cour de la forteresse; on l’avait fait monter dans cette litière; un homme s’était installé près d’elle, la tenant toujours par le bras… la litière s’était mise en route, et ne s’était arrêtée que devant la porte de l’abbaye de Montmartre. Là, on l’avait enfermée dans le pavillon de l’enclos…

Et depuis, elle attendait… tantôt songeant à cette inco

Lorsque Jea

– Oui… c’est bien la fille de Belgodère… Me reco

Jea

– Je suis, dit doucement Fausta, celle qui est descendue dans votre cachot de la Bastille et vous a délivrée…

Jea

– Oh! madame, murmura-t-elle, combien je suis heureuse de pouvoir vous remercier! Depuis cette nuit si terrible et si douce, il n’est pas une heure où je n’aie songé à vous… et avec quelle anxiété j’attendais ce moment où je puis vous dire que mon cœur vous bénit, mais…

Elle s’arrêta, hésitante, et timidement leva sur Fausta ses yeux noyés de larmes.

– Parlez sans crainte, mon enfant, dit Fausta avec une douceur qui bouleversa la pauvre petite.

– Oui, dit-elle, je sens, je devine combien vous devez être bo

Si impassible que fût Fausta, si terrible que fût la pensée qui la guidait, elle ne put s’empêcher de frisso

– Vous reverrez votre sœur Madeleine, dit-elle.

– Est-ce vrai? palpita Jea

– Bientôt, oui, je le crois… mais, mon enfant, je suis venue vous trouver ici où je vous ai mise à l’abri, pour vous entretenir d’un sujet bien grave… Dites-moi, vous rappelez-vous votre père?…

– Hélas! madame, balbutia la malheureuse enfant qui éclata en sanglots, comment pourrais-je l’avoir oublié, alors qu’il y a quatre mois à peine, mon pauvre père plein de vie nous prodiguait encore ses caresses, à ma sœur et à moi?…

– Et votre mère?

Jea

– Ma mère? murmura-t-elle.

– Oui. Je vous demande si vous vous rappelez votre mère…

– Madame, vous ne savez donc pas que ma mère est morte peu de temps après m’avoir do

– Et qu’en disait votre sœur?… Quelle femme était votre mère?… Belle, n’est-ce pas?

– Très belle, madame; Madeleine me disait que notre mère était d’une admirable beauté…

– N’avait-elle pas des yeux bleus?…

– Oui, madame, fit Jea

– De grands cheveux blonds?…

– C’est bien le portrait que m’en a souvent tracé Madeleine… Mais madame… auriez-vous co

– Je la co

– Mon Dieu, madame, s’écria Jea

– Je dis que je co

– Oh!… mais… vous parlez comme si ma mère n’était pas morte depuis de longues a

– Dites-moi, mon enfant, reprit Fausta sans répondre, est-ce que votre père vous parlait souvent de votre mère?…

– Jamais, madame…

Fausta eut un tressaillement de joie.

– Sans doute mon pauvre père cherchait à écarter de lui de pénibles souvenirs: sans doute il souffrait cruellement de la mort de notre mère… c’est du moins l’explication que me do

– Et si je vous disais qu’il y a une autre explication plus naturelle, plus juste au silence de votre père?… Si je vous disais que votre mère n’est pas morte, mais simplement disparue?…

– C’est un rêve! murmura Jea

– Pourquoi un rêve?… Écoutez-moi!… Supposez qu’à la suite d’une grande terreur, votre mère soit tombée malade… Supposez qu’elle soit… par exemple… devenue folle…

Jea

– Si cela est, continua Fausta, si votre mère, à la suite de quelque catastrophe, a perdu la raison; si votre père a désespéré de la guérir, si enfin dans un accès de sa folie, elle a disparu, et si votre père, après l’avoir longtemps cherchée, a dû renoncer à la retrouver, n’est-il pas naturel qu’il vous ait fait croire qu’elle était morte?…

– Madame!… madame! balbutia la jeune fille, c’est moi qui crains de devenir folle en ce moment!…

– Eh bien, Jea

– Impossible! oh! impossible!…

– Cela est pourtant! reprit Fausta avec force.

Jea

– Ne pleurez pas, pauvre petite… Ou plutôt… oui, pleurez… car votre mère, hélas! n’est pas encore guérie… Seulement je sais, moi, le moyen de lui rendre la raison… C’est de vous conduire à elle… C’est vous, vous seule, qui pouvez guérir votre mère…