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XI LA MÈRE
La matinée était pure. Huit heures venaient de so
Pourtant, Fausta, qui montait à ce moment les rampes de la montagne, était sourde à ces cris des oiseaux, aveugle à cette lumière douce, un peu pâle et si exquise des ciels parisiens. Fausta, malgré la gaieté rayo
Quand on fut arrivé vers le sommet, la litière s’arrêta. Fausta descendit. Mais au lieu d’aller so
Elle entra dans une de ces pauvres maisons au toit de chaume, aux poutres saillantes, dont les intervalles étaient remplis d’une sorte de plâtras de terre glaise simplement séchée au soleil. L’intérieur était aussi misérable que l’a
C’est là que Fausta entra.
Une femme âgée, assise assez près de la porte pour jouir de la lumière et de l’air, filait une quenouille. À la vue de Fausta, cette femme se leva précipitamment; mais la visiteuse, d’un geste gracieux, l’obligea à se rasseoir.
– La bo
Fausta, sans façon, et avec une charmante condescendance, prit elle-même un escabeau et s’assit près de la paysa
– Eh bien, bo
– Hélas, ma noble dame! fit la paysa
– Et alors? dit Fausta.
– Alors… la toile coûte bien cher… et pourtant, je veux me présenter dignement dans l’autre monde…
– Et alors? répéta Fausta.
– Alors, je file mon linceul, dit simplement la paysa
Fausta demeura saisie. La vieille la regardait, surprise de son éto
– Grâce à vous, ma noble dame, reprit-elle, grâce aux pièces d’or que vous m’avez do
Tout naturellement, cette vieille faisait passer les affaires de la mort avant celles de la naissance: le linceul d’abord, la layette ensuite.
– Je vous en do
– Que Notre Dame vous bénisse!…
– Amen! dit gravement Fausta. Mais, dites-moi, bo
– Oui, ma noble dame. Depuis votre visite bénie, mon fils ne quitte plus la bohémie
– Et depuis, elle n’a pas essayé de s’écarter de cette montagne?…
– Non. La bohémie
La paysa
– Je vous tiendrai compte de votre zèle, dit-elle, et croyez bien que si cette compagnie peut vous attirer quelque désagrément dans l’autre monde, je saurai vous en récompenser dans celui-ci.
– Que la volonté du ciel s’accomplisse! dit la vieille en saisissant les trois ou quatre écus d’or que lui tendait la visiteuse. J’espère en être quitte avec une ou deux messes de plus.
– Et où est maintenant la bohémie
La vieille esquissa un geste vague:
– Partie dès le chant du coq. Elle va et vient, descend, remonte, et aime souvent à se reposer auprès de cette croix noire que vous n’aurez pas manqué de remarquer, ma noble dame. Le plus souvent elle rôde autour du couvent…
– Mais elle n’y entre jamais?…
– Du moins, mon fils ne l’a jamais vue y entrer.
– C’est bien, bo
La paysa
– Où est la bohémie
– Là bas, fit le jeune homme en étendant le bras dans la direction du couvent.
– Conduis-moi auprès d’elle…
Le paysan s’inclina et se mit à marcher devant Fausta. Il contourna les murs du couvent et parvint à la brèche située près du pavillon. Là, Fausta aperçut Saïzuma qui, assise sur une pierre du mur éboulé, et dominant ainsi les terrains de culture du couvent, regardait fixement devant elle.
– Tu peux te retirer, dit-elle à son guide qui s’empressa d’obéir. Alors Fausta franchit la brèche sans que la bohémie
– Pauvre femme… pauvre mère…
Saïzuma abaissa son regard sur la femme qui lui parlait ainsi, et la reco
– Ah! dit-elle avec une sorte de répulsion, c’est vous qui m’avez parlé de l’évêque!…
Fausta fut stupéfaite, mais résolut de profiter de ce qu’elle prenait pour un accès de lucidité.
– Léonore de Montaigues, dit-elle, oui, c’est moi qui vous ai parlé de l’évêque. C’est moi qui vous ai conduite vers lui, dans ce pavillon. Mais je croyais que peut-être vous l’aimiez encore…
– L’évêque est mort, dit Saïzuma d’une voix sourde. Comment pourrais-je l’aimer?… Et puis c’est un crime, un crime atroce que d’aimer un évêque. Si vous aimez un évêque, madame, prenez garde au gibet…
Fausta baissa la tête, réfléchissant à ce qu’elle pourrait dire pour éveillé une étincelle de raison dans ce cerveau. Elle voulait une Léonore consciente. Saïzuma la folle… la bohémie
Projet de vengeance. Drame violent et terrible dont elle devait sortir fortifiée à jamais, victorieuse d’elle-même et des autres… de Farnèse et de Pardaillan!
– Ainsi, reprit-elle, vous croyez que l’évêque est mort?…
– Sans doute! fit Saïzuma avec une tranquillité farouche. Sans quoi, serais-je vivante, moi?…
– Eh bien!, vous avez raison plus que vous ne croyez peut-être. Mais écoutez-moi, pauvre femme… Vous avez bien souffert dans votre vie…
– Vous me plaignez donc? Il y a donc vraiment des créatures humaines qui peuvent me plaindre?… Dites!… Vous me plaignez?
– De toute mon âme… mais à quoi bon une importune pitié si on ne cherche à soulager le mal que l’on plaint?…
– Mon mal n’est pas de ceux qu’on peut soulager, dit Saïzuma avec douceur, et il suffit que vous m’ayez plainte avec votre âme… Comme vous êtes belle! ajouta la pauvre folle avec une profonde admiration. Oui, étant si belle, vous devez sans doute être pitoyable aux malheureux.
[5] On voudra bien croire que ceci n’est pas une anecdote, mais la notation, en passant, d’un usage de ces temps lointains, où les pauvres gens fabriquaient eux-mêmes leur linge, leurs meubles, leurs habits, leur dernière toilette. (Note de M. Zévaco).