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En songeant ainsi, il s’était rapproché de la tombe, et chapeau bas, la tête penchée, se disait à lui-même des choses par quoi il espérait atténuer la douleur de son sacrifice. Et comme il relevait les yeux, il vit la femme aux cheveux d’or qui le regardait fixement.
Alors seulement il la reco
Charles d’Angoulême, lui aussi, l’avait reco
Peut-être le lecteur n’a-t-il pas oublié qu’après sa première visite au couvent des Bénédictines, Pardaillan avait amené la bohémie
Avait-elle été effrayée par le tumulte? Avait-elle profité de ce tumulte même pour s’en aller? Qu’était-elle devenue depuis ce temps? Comment avait-elle vécu?… Où avait-elle trouvé un gîte?… Autant de questions que se posait Pardaillan, mais auxquelles il lui eût été impossible de répondre.
Saïzuma le regardait en souriant. Il était évident qu’elle le reco
– Prenez garde au traître! dit-elle d’une voix d’une infinie douceur. Prenez garde à ceux qui font des serments! À moi aussi, jadis, quelqu’un me faisait des serments… Qu’en est-il resté?… Du malheur!
Charles considérait avec une poignante émotion celle qui s’était appelée Léonore de Montaigues.
– Madame, dit Pardaillan, venez avec nous. Il n’est pas séant qu’une Montaigues soit ainsi errante par les chemins…
– Montaigues! fit-elle frémissant. Quel est ce nom?…
– Léonore, baro
– Léonore? Qui vous dit que je m’appelle Léonore?… Léonore!… Quelle joie!… J’ai co
La bohémie
Charles saisit une de ces mains et la pressa dans les sie
– Vous êtes Léonore, répéta-t-il, vous êtes la mère de celle que j’aime!… Ah! madame, écoutez-nous… rappelez-vous!… Souvenez-vous du pavillon de l’abbaye où nous vous avons trouvée… Vous étiez avec celui qui vous a aimé… avec celui qui nous a dit votre nom et le sien… le prince Farnèse… l’évêque!…
Elle eut un grondement, quelque chose comme un sanglot… un instant la lueur de raison éclaira ses yeux splendides… car dans ces yeux, il y avait de la haine!… Charles la fixait avec une angoisse de douleur, d’amour et de pitié…
Reconquérir la raison de cette infortunée! Retrouver Léonore de Montaigues dans la bohémie
– L’évêque est mort! dit-elle en secouant la tête.
– Votre fille, madame! cria le jeune duc. Votre fille!… Votre Violetta!…
– Je n’ai pas de fille… dit-elle d’une voix morne.
Charles laissa retomber sa main et détourna son regard vers Pardaillan comme pour lui dire:
– Qui donc au monde pourrait lui rendre la raison, puisque le nom de sa fille la laisse indifférente?…
En effet, si Charles et Pardaillan avaient su, dans le pavillon de l’abbaye, le vrai nom de la bohémie
– Madame, reprit alors Pardaillan, ne parlons donc pas de votre nom, puisque cela semble provoquer en vous une douleur que nous sommes bien loin de vouloir vous causer…
– Je suis Saïzuma… la bohémie
– Soit. Mais venez avec nous… N’êtes-vous pas lasse de vivre ainsi, à l’abandon, toujours seule avec vos tristes pensées?
– Oui, fit-elle en hochant la tête, mes pensées sont bien tristes… Si je vous disais… si je vous racontais l’histoire de cette pauvre Léonore dont vous me parliez!… Vous comprendriez pourquoi mes yeux n’ont plus de larmes à force d’avoir pleuré!
Elle s’était appuyée à la croix et, d’un geste lent, s’était drapée dans les plis de son manteau bariolé, parsemé de médailles. Sous le grand soleil, ses cheveux dénoués rutilaient. Ses yeux se perdaient au loin sur la campagne solitaire, et elle était ainsi, toute raide, adossée à cette croix, dans l’éclatante et chaude lumière, d’une beauté tragique, émouvante, qui faisait frisso
– Affreuse histoire, reprit-elle de sa voix monotone aux inflexions d’une étrange douceur, histoire d’un cœur brisé, que Saïzuma est seule à co
Saïzuma s’était arrêtée court. Son regard fixé sur des choses mystérieuses qu’elle seule voyait, cherchait sans doute à retenir les images rapides qui passaient comme d’insaisissables songes…
Le duc d’Angoulême frisso
– Qui a crié ainsi? reprit-elle, secouée d’un frisson. De quel abîme de honte et de désespoir a jailli ce cri, ce cri atroce que j’entends, que j’entendrai toujours?… C’est là, dans la vaste cathédrale, qu’a retenti cette clameur… Oh! cela me déchire!… grâce pour elle!… Non! pas de grâce! Malheur à la sorcière!… Oh! tous les poings qui se tendent sur elle! Tous les yeux qui la menacent!… et puis… plus rien! Rien que le silence de la tombe, la nuit du cachot… le délire de l’agonie… Et puis, tout à coup, elle revoit le jour, un jour sombre où le ciel voile sa face… Et voici la bohémie
Saïzuma s’interrompit soudain. Et sur ces lèvres décolorées, ce rire que Pardaillan avait entendu tout à l’heure, ce même rire funèbre éclata.
– Adieu, dit-elle. Et surtout ne vous avisez pas de suivre la bohémie
À ces mots, elle s’éloigna de son pas majestueux. Hors de lui, haletant, le duc d’Angoulême s’élança en criant:
– Léonore!
Elle se retourna, leva un doigt vers le ciel, et dit:
– Pourquoi appelez-vous la morte? Si vous cherchez Léonore, allez au pied du gibet.
– Le gibet! balbutia Charles éperdu, cloué sur place. Pourquoi la mère de Violetta parle-t-elle du gibet?
À ce moment, Saïzuma disparut derrière les roches éboulées. Le duc d’Angoulême revint à Pardaillan, lui saisit la main et murmura:
– Chevalier, il faut la suivre… l’emmener avec nous… la guérir…
Pardaillan secoua la tête. Mais voyant combien cette scène saisissante en son imprévu avait frappé l’esprit de son compagnon:
– Venez, dit-il.
Tous les deux s’élancèrent sur le sentier qu’avait pris Saïzuma pour s’éloigner. Mais lorsqu’ils eurent contourné les roches, ils ne la virent plus. Charles d’Angoulême et Pardaillan battirent en vain les environs. Saïzuma demeura introuvable, et après deux heures de recherches, ils reprirent le chemin de Paris où ils rentrèrent par la porte Montmartre.
Ils passèrent à la Devinière une nuit exempte de toute alerte, et le lendemain, à la première heure, se rendirent au rendez-vous que Maurevert avait accepté, mais ils s’arrêtèrent à mi-chemin de la Ville-l ’Évêque. Pardaillan était persuadé que Maurevert, enfin vaincu dans son esprit de trahison, tiendrait parole. Mais bien que Maurevert eût accumulé les serments, il pouvait bien, en une nuit, les avoir oubliés.