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Pourquoi le maréchal était-il parti? Où avait-il été? Peut-être tâchait-il simplement de se calmer par une longue course? Ces questions, pendant une heure, l’intéressèrent.
Mais bientôt il comprit que la vraie, la redoutable question était de savoir ce que le maréchal penserait de son père.
Il est vrai que le vieux Pardaillan avait lui-même ramené l’enfant.
Le chevalier se souvenait parfaitement que son père le lui avait dit… Et même, n’avait-il pas do
Mais tout cela constituait une médiocre excuse; le fait brutal et terrible demeurait tout entier: grâce à cet enlèvement opéré par le vieux Pardaillan, le maréchal avait répudié sa femme! Jea
Ce fut dans cette inquiétude grandissante que le chevalier attendit le retour du maréchal.
Vers le matin, il se promenait à grands pas agités dans le cabinet, lorsque la porte s’ouvrit. Le suisse, à qui il avait eu affaire la veille, parut et demeura un moment immobile de stupéfaction.
Il faut dire que le maréchal n’avait prévenu perso
– Vous! s’écria-t-il lorsqu’il put prononcer un mot.
– Moi-même, mon cher, fit Pardaillan, comment se porte votre blessure?
– Par où êtes-vous entré?
– Par la porte.
Le suisse, peu à peu, se sentait gagné par une de ces colères blanches comme il en avait éprouvé une la veille. Cependant, le souvenir de la force déployée par le jeune homme maintint cette colère dans de raiso
– Par la porte! s’écria-t-il! Et qui vous a ouvert?
– Vous, mon cher ami.
Le suisse fit le geste de s’arracher les cheveux.
– Ah! ça, gronda-t-il, m’expliquerez-vous comment vous êtes ici!
– Il y a dix minutes que je me tue à vous le dire; je suis entré par la porte! Et c’est vous qui m’avez ouvert!
– Est-ce moi, aussi, qui vous ai introduit dans ce cabinet?
Et le suisse, avec une ironie suprême, ajouta:
– Dites tout de suite que c’est monseigneur le maréchal!
– Vous y êtes. Du premier coup. Je ne vous aurais pas cru aussi intelligent.
Le suisse, alors, éclata:
– Hors d’ici! Ou plutôt, non! Je vous prends dans l’hôtel que vous voulez dévaliser! Je vais vous faire arrêter et vous remettre entre les mains de la prévôté… Une bo
Le suisse n’eut pas le temps d’achever le discours que promettait cet exorde rempli d’une rancune exagérée. Il se sentit tout à coup saisi par un bras, et s’étant retourné, se trouva face à face avec le maréchal.
– Laissez-nous, dit celui-ci, et veillez à ce qu’on ne nous dérange pas.
Le géant se courba soudain, plus encore sous le poids de la surprise que sous celui du respect, et François avait disparu derrière la porte refermée qu’il exécutait encore des salutations effarées.
– Chevalier, dit Montmorency en entrant, veuillez excuser la façon dont je vous ai quitté. J’étais… fort ému… bouleversé, si j’ose dire.
Me voici maintenant calmé par la course que je viens de faire, et nous allons causer.
Pardaillan comprit ce qui se passait dans l’esprit du maréchal.
– Monseigneur, dit-il avec cette froide simplicité qui do
– Vous avez raison, s’écria le maréchal; j’ai pleuré, c’est vrai; et j’avoue que c’est une douce chose que de pouvoir pleurer devant un ami… Laissez-moi vous do
– Monsieur le maréchal, fit le chevalier d’une voix altérée, vous oubliez que je suis le fils de M. de Pardaillan.
– Non, je ne l’oublie pas! Et c’est ce qui fait que non seulement je vous aime pour la joie que je vous dois, mais encore que je vous admire pour le sacrifice consenti par vous… Car, évidemment, vous aimez votre père!…
– Oui, dit le jeune homme, j’ai pour M. de Pardaillan une affection profonde. Comment en serait-il autrement? Je n’ai pas co
– Chevalier, dit Montmorency ému, vous êtes un grand cœur. Vous qui aimez votre père à ce point, vous n’avez pas hésité à m’apporter cette lettre qui l’accuse formellement…
Pardaillan releva fièrement la tête.
– C’est que je ne vous ai pas tout dit, monsieur le maréchal! Si j’ai consenti, pour réparer une grande injustice, à vous apporter la lettre accusatrice, c’est que je me réservais de défendre à l’occasion mon père. Je dis: le défendre! Et par tous les moyens en mon pouvoir! C’est-à-dire que je deviendrais le mortel e
Un geste farouche échappa au chevalier.
La minute était grave pour lui: dans un instant, il allait être l’ami ou l’e
– Ainsi, monsieur le maréchal, je suppose que vous me ferez l’ho
Le chevalier s’arrêta, frémissant.
Un noble enthousiasme auréolait ce charmant visage d’une rayo
Montmorency, pensif, le contemplait et l’admirait. Qu’eût-il dit s’il eût su que ces paroles provocantes, Pardaillan les prononçait le désespoir au cœur, s’il eût su qu’il aimait sa fille!
Il parut hésiter une minute. Cette question que le chevalier venait de préciser avec tant de fermeté, il n’y avait pas songé. On lui demandait en somme d’effacer d’un mot ce qu’il pouvait considérer comme un forfait!… Et quel forfait!… Grâce à Pardaillan, complice d’Henri, l’effroyable erreur avait pu se commettre, et deux existences avaient été brisées…
Mais dans un esprit aussi ferme et aussi droit que celui du maréchal, l’hésitation ne pouvait être de longue durée. Paix ou guerre, il devait prendre sa décision avec sa promptitude et sa générosité habituelles. Il tendit la main à Pardaillan:
– Chevalier, dit-il d’une voix grave, il n’existe et ne peut exister pour moi qu’un seul Pardaillan: c’est celui qui vient de m’arracher à un désespoir que les a
Le chevalier saisit avec transport la main qui lui était tendue.
– Ah! je puis vous dire maintenant que si une parole de haine contre mon père fût tombée de votre bouche, c’est la mort dans l’âme que je fusse sorti d’ici!
Le maréchal regarda Pardaillan avec éto
Le jeune homme vit qu’il avait failli trahir son secret. Il se hâta de continuer:
– Maintenant, monseigneur, maintenant je puis vous dire aussi que mon père a essayé de réparer le mal qu’il avait fait.
– Comment cela? fit vivement le maréchal.
– Je le tiens de lui-même. Il m’a raconté ces choses, ou plutôt, il me les a à demi révélées, à une époque où certes il ne pensait pas que je dusse avoir un jour l’ho