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Pardaillan tressaillit en songeant à ce complot dont il avait surpris le secret à la Devinière .
– Et pour me défendre, continua la reine, pour défendre le roi, pour apaiser les alarmes de mon cœur maternel, je suis presque seule. Ah! s’il ne s’agissait que de moi, comme, depuis longtemps, je me serais abando
– Madame, dit le chevalier, sans émotion apparente, il n’est pas un gentilhomme digne de ce nom qui hésiterait à vous do
– Ainsi, vous n’hésiteriez pas à prendre rang parmi ces trop rares gentilshommes qui, ayant à la fois pitié de la reine et de la mère, se dévouent pour moi?
– Je vous suis acquis, madame, répondit Pardaillan. Et si Votre Majesté veut bien m’indiquer comment un pauvre diable comme moi peut lui être utile…
La reine réprima un tressaillement de joie…
Ruggieri pâlit et étouffa un soupir.
– Avant de vous dire ce que vous pouvez pour moi, reprit Catherine de Médicis, je veux vous dire ce que je ferai pour vous… Vous êtes pauvre, je vous enrichirai; vous êtes obscur, vous aurez les ho
– Je dis que je suis ébloui, madame, et que je me demande si je rêve…
– Vous ne rêvez pas, chevalier. C’est le devoir des rois et des reines de trouver de l’occupation aux épées telles que la vôtre.
– Voyons donc l’occupation, dit Pardaillan qui dressa les oreilles.
Catherine de Médicis garda un instant le silence. Ruggieri essuya la sueur qui inondait son visage. Il savait, lui, ce que la reine allait demander au chevalier.
– Monsieur, dit alors la reine en accentuant le ton douloureux de ses paroles, je vous ai parlé de mes e
– Et quand Votre Majesté ne réussit pas? fit Pardaillan avec une émotion dont il ne fut pas le maître.
– Alors, j’en appelle au jugement de Dieu.
– Que Votre Majesté me pardo
– Eh bien! Un de mes gentilshommes se dévoue; il va trouver l’e
– Je dis que je ne demande qu’à tirer l’épée en champ clos, madame! Se battre pour sa dame ou pour sa reine, c’est une chose tout naturelle.
– Ainsi… si je vous désigne un de ces êtres méchants…
– J’irai le provoquer! fit Pardaillan, qui redressa sa taille et dont les moustaches se hérissèrent. Je le provoquerais, s’appelât-il…
Il s’arrêta à temps, au moment où il allait s’écrier:
– S’appelât-il Guise ou Montmorency!…
Un duel avec le duc de Guise!
À cette pensée, les yeux de Pardaillan flamboyèrent. Il se sentit grandir. Il n’était plus le chevalier de la reine. Il devenait le sauveur de la royauté.
– S’appelât-il?… interrogea Catherine dont les soupçons se déchaînèrent à l’instant. Vous vous êtes arrêté au moment où vous alliez prononcer un nom.
– Au moment où je cherchais un nom, Majesté! fit Pardaillan en reprenant tout son sang-froid. Je voulais dire que je n’hésiterai pas, si terrible que soit l’adversaire, ou si haut placé – ce qui est tout un!
– Ah! vous êtes bien tel que je vous espérais! s’écria la reine. Chevalier, je me charge de votre fortune, entendez-vous? Mais n’allez pas, par trop de générosité, compromettre votre vie… À dater de ce jour, vous m’appartenez et vous n’avez plus le droit d’être imprudent.
– Je ne comprends pas, madame.
– Écoutez, dit Catherine lentement, en sondant pour ainsi dire, parole à parole, l’esprit du chevalier; écoutez-moi bien… Un duel est une bo
– En effet, madame, dit Pardaillan, ce serait un assassinat. Moi, je me bats au jour ou à la nuit, mais en face, épée contre épée, poitrine contre poitrine. C’est ma manière, Majesté. Pardo
– C’est bien ainsi que je l’entends! se hâta de dire Catherine. Mais enfin, la prudence peut s’allier au courage, et ne pouvant vous demander d’être brave, puisque vous êtes la bravoure même, je vous recommande d’être prudent… voilà tout.
– Il ne me reste plus qu’à savoir contre quel e
– Je vais vous le dire, fit la reine.
Ruggieri, d’un geste, essaya une suprême tentative. Ses mains se joignirent vers Catherine tandis que ses yeux éloquents criaient grâce.
La reine lui jeta un regard foudroyant.
Ruggieri recula en baissant la tête.
«Tenons-nous bien, songea Pardaillan. Évidemment, il s’agit du duc de Guise. Arrêter Guise, impossible! Et pourtant, Guise conspire. Elle le sait comme moi, sans doute. Un duel avec Henri de Guise! Quel ho
– Monsieur, dit tout à coup la reine, vous avez reçu hier une visite…
– J’en ai reçu plusieurs, madame…
– Je veux parler de ce jeune homme qui vous est venu de la part de la reine de Navarre. Celui-là, monsieur, est un de ces implacables e
Pardaillan s’était pour ainsi dire ramassé sur lui-même.
Son rêve d’un héroïque combat contre un puissant seigneur brave entre tous, d’un duel où il était le champion d’une reine et d’une mère, ce rêve tombait, et il entrevoyait de sinistres réalités.
Son sourcil se fronça. Sa moustache se hérissa. Puis, soudain, ses traits se détendirent et son visage reprit cette immobilité, ce vague sourire, avec, au coin des lèvres, une dédaigneuse ironie.
– Hésiteriez-vous, mon cher monsieur? fit la reine éto
Et l’accent de sa voix était devenu si menaçant que le chevalier, plus que jamais, se redressa, se hérissa.
– Je n’hésite pas. Majesté, dit-il.
– À la bo
«Ah! songea Pardaillan dont le visage pétilla, tu gasco
Et tout haut:
– Je n’hésite pas: je refuse.
Habituée à voir des échines courbées devant elle, à entendre des paroles balbutiantes, Catherine de Médicis eut un moment de profonde stupéfaction. Elle pouvait s’attendre à un refus, mais non à une telle attitude. Elle regarda autour d’elle comme si elle eût cherché son capitaine des gardes pour lui do
– Vous nous do
– D’excellentes, madame, et qu’un grand cœur comme le vôtre comprendra à l’instant. L’homme dont parle Votre Majesté est venu chez moi, s’est assis à ma table, a été mon hôte et m’a appelé son ami; tant que cette amitié ne sera pas brisée par quelque acte vil, cet homme m’est sacré.
– Voilà, en effet, des raisons qui me convainquent, chevalier. Et comment s’appelle-t-il, votre ami?