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Les votes, dans cette réunion, se faisaient à la manière des romains qui, dans le cirque, demandaient la vie ou la mort du belluaire vaincu. Pour dire oui, on levait le pouce; pour dire non, on le baissait.

Avec une vive satisfaction qu’il dissimula, Jean Dorat constata que tous les pouces se levaient en l’air, même celui de Ronsard qui n’avait pas entendu un mot de la discussion.

Alors, les six poètes ento

Ils étaient assis sur deux rangées, comme des gens venus au spectacle.

Tous étaient masqués.

Les six poètes eurent l’air de ne pas les avoir vus.

À peine furent-ils entrés que leur chanson bachique (probablement une sorte de Gaudeamus igitur ) se transforma en une mélopée au rythme bizarre qui devait être une invocation.

En même temps, ils se rangèrent sur un seul rang devant le pa

Aussitôt, Jean Dorat ouvrit la porte d’un vaste placard qui occupait tout le pa

Ce placard s’évidait profondément en forme d’alcôve.

Et voici ce que les huit spectateurs virent alors.

Au fond de cette alcôve se dressait une sorte d’autel antique. Cet autel, qui était en granit rose, affectait la forme primitive et rudimentaire des grandes pierres qui, jadis, au temps des mystères, servaient aux sacrifices. Mais son soubassement était orné de sculptures à la grecque et de médaillons; l’un de ces médaillons représentait Phébus ou Apollon, dieu de la poésie; dans un autre, c’était Cérès, déesse des moissons: un troisième figurait Mercure, dieu du commerce et des voleurs, en réalité, dieu de l’ingéniosité.

Au pied de l’autel, une large pierre également ornée, et creusée d’une rigole.

En avant, un brûle-parfum, sur un haut trépied d’or ou doré.

Sur l’autel, un buste avec une tête étrange, grimaçante d’un large sourire, des oreilles velues, tête de Pan, du grand Pan, souverain de la nature, pour les initiés.

À gauche et à droite de l’autel, étaient accrochées des tuniques blanches et des couro

Enfin, par un incroyable mais véridique caprice ou peut-être par un mélange de paganisme et de religion chrétie

Nous devons compléter cet étrange tableau en disant que sur la droite de l’autel s’adaptait un a

À peine la porte de l’alcôve fut-elle ouverte que Jean Dorat y entra, décrocha les tuniques blanches et les couro

Alors, ils se placèrent à gauche de l’autel, et commencèrent, en grec, un couplet modulé sur une musique primitive; le couplet terminé, ils évoluèrent en file et vinrent se placer à droite de l’autel où eut lieu, sur la même musique, la reprise d’un deuxième couplet, figurant sans aucun doute l’antistrophe, tandis que le premier avait figuré la strophe.

Puis, subitement, tout se tut.

Ronsard s’avança vers un brûle-parfum et y jeta le contenu d’une cassolette qu’il venait de prendre sur l’autel. Aussitôt, une fumée blanche et légère s’éleva dans les airs, emplissant l’alcôve de la salle d’une odeur subtile de myrrhe ou de ci

Alors, il y eut une reprise en chœur sur une mélopée plus lente.

Puis, tout se tut de nouveau.

Ronsard s’inclina devant le buste grimaçant en élevant les mains au-dessus de sa tête, les paumes ouvertes tournées en l’air. Et il prononça cette invocation!

– Pans, agipans et faunes! Satyres et dryades! Oréades et napées! Vous tous, gentils habitants des forêts, vous qui parmi les chèvrefeuilles, sous l’ombrage des hêtres et des chênes, ballez et sautez sur l’herbe! Vous, sylvestres amis des arbres, qui vivez libres, fiers et moqueurs, loin des docteurs et confesseurs, loin des pédants maléficieux par qui l’existence est si amère, que ne puis-je me mêler à vos jeux i

Alors, tandis que le chœur, sur un rythme plus large, reprenait son chant, tandis que Ronsard versait de nouveaux parfums sur les charbons ardents du trépied, Pontus de Thyard, qui était le colosse de Pléiade, s’avança, prit sur l’autel un long couteau à manche d’argent, saisit le bouc par les cornes et l’amena sur la pierre creusée d’une rigole.

L’instant d’après, un peu de sang coula dans la rigole.

– Évohé! crièrent les poètes.

Le bouc n’avait pas été égorgé comme on pourrait le supposer. Pontus s’était contenté de lui faire une saignée au cou, de façon à accomplir le rite indiqué par Ronsard.

Rendu à la liberté, le bouc se secoua vivement et se remit à brouter ses herbes. En même temps, les poètes s’étaient débarrassés de leurs tuniques blanches, mais avaient gardé sur leur tête leurs couro

La porte de l’alcôve fut soudain refermée.

Et les poètes, attaquant le chant bachique qui avait servi d’entrée à cette étrange scène de paganisme, se mirent en file et disparurent dans la salle du festin, où aussitôt on entendit le choc des verres, le bruit des conversations et des éclats de rire.

– Voilà de bien grands fous, ou de dignes philosophes! grommela le chevalier de Pardaillan.

Nos lecteurs n’ont pas oublié, en effet, que le chevalier s’était introduit dans le cabinet noir, prêt à s’engouffrer dans la trappe de la cave au moindre danger d’être découvert.

Après la disparition des poètes, les huit hommes masqués se levèrent.

– Sacrilège et profanation! gronda l’un d’eux qui ôta son masque.

– L’évêque Sorbin de Sainte-Foi! murmura Pardaillan, qui étouffa une exclamation de surprise.

– Et l’on m’oblige, moi, reprit Sorbin, à assister à de telles infamies! Ah! la foi s’en va. L’hérésie nous étouffe! Il n’est que temps d’agir!… Et l’on a do

– Que voulez-vous, monseigneur! s’écria un autre qui retira également son masque. Dorat est des nôtres. Il nous couvre. Il surveille cette réunion. Où voulez-vous aller? Chez vous? Dans une heure, nous étions tous arrêtés. Partout, la prévôté fait bo

Et, dans celui qui venait de parler ainsi, Pardaillan reco

Il n’était pas au bout de ses surprises.

Car les six autres s’étant démasqués à leur tour, il reco