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XI PARDAILLAN, GALAOR. PIPEAU ET GIBOULÉE

Ce Jean de Pardaillan habitait depuis près de trois a

Jean de Pardaillan, disons-nous, était un pauvre hère, un sans-le-sou.

C’était un jeune homme d’une vingtaine d’a

Été comme hiver, on le voyait vêtu du même costume de velours gris; il ne portait pas la toque, mais une sorte de chapeau rond, en feutre gris – ce genre de chapeau qu’Henri III devait plus tard mettre à la mode, et dont Pardaillan fut sans aucun doute l’inventeur. À ce chapeau s’accrochait une plume de coq rouge qui chatoyait au soleil et lui do

En effet, l’amour des femmes, pour un cavalier, est généralement en raison directe du respect que ce cavalier inspire aux hommes. Une belle prestance, un visage juvénile dont les yeux lancent des flammes de colère ou de passion, une attitude de matamore qui a le droit de l’être, un geste souple, sobre, expressif, des lèvres fines, un sourire très doux et très tendre sous le hérissement provocateur de la moustache: voilà ce qu’on voyait de Pardaillan. Et l’habit avait beau être fripé, vieilli, mangé par le soleil, terni par les pluies, couturé de coups d’épée, celui qui le portait n’en demeurait pas moins un type merveilleux d’élégance aisée, gracieuse avec on ne sait quoi de terrible.

Dans toute la rue Saint-Denis et dans le voisinage, dans la rue du Temple, dans la rue Saint-Antoine, dans les cabarets borgnes de la rue des Mauvais-Garçons, le chevalier de Pardaillan était co

Et lui, candide au fond, ne voyant rien de toute cette admiration qui lui faisait escorte, faisait réso

Donc, le chevalier de Pardaillan, hormis sa santé, sa force et son élégance, ne possédait rien au monde.

Ou plutôt nous nous trompons: il possédait Galaor! il possédait Pipeau! il possédait Giboulée!

Qu’était-ce que Galaor? Un cheval!

Pipeau? Un chien!

Giboulée? Une rapière!

Comment était-il devenu possesseur et légitime propriétaire de ces trois êtres?… car Giboulée elle-même, simple tige d’acier, devenait un être, au poing de Pardaillan, un être frétillant, rapide, vertigineux, sifflant, so

Il n’est pas sans intérêt de le faire savoir, d’autant que l’histoire de ces trois êtres contient avec notre récit des affinités secrètes qui se dégageront en temps et lieu.

Six mois environ avant le jour où nous avons vu Jean de Pardaillan envoyer de haut et de loin ce baiser qui révélait en lui tout un état d’âme, M. de Pardaillan, le père, avait appelé son fils.

Le vieux routier logeait dans cette hôtellerie de la Devinière depuis deux ans.

Il occupait avec son fils un étroit cabinet noir qui do

– Mon fils, dit-il, je vous fais mes adieux…

– Quoi! monsieur, vous partez donc! s’écria le jeune homme avec un élan qui chatouilla le cœur de son père.

– Oui, mon enfant, je pars!… Toutefois, je vous propose de vous emmener avec moi…

Le jeune chevalier, qui rougissait rarement, qui pâlissait encore moins souvent, rougit et pâlit coup sur coup à cette proposition.

Le vieux Pardaillan qui l’examinait en dessous haussa imperceptiblement les épaules et reprit:

– Je vous propose de vous emmener; mais je crois vraiment que vous feriez mieux de demeurer à Paris… Paris, mon cher, c’est la grande marmite où les sorcières font bouillir ensemble la bo

– Mais, mon père! fit Jean plus ému qu’il ne voulait le paraître, qui vous oblige à vous éloigner?

– Une foule de choses – et d’autres encore. Que voulez-vous? J’ai la nostalgie de la grande route. Je regrette les coups de soleil et les averses. J’étouffe dans Paris, moi. Enfin, il faut que je m’en aille!

Peut-être le vieux Pardaillan avait-il un motif plus impérieux de fuir Paris. Car il paraissait tout embarrassé.

Il se hâta de continuer:

– Au moment de nous quitter, peut-être pour toujours, car je suis bien vieux, je regrette, chevalier, de n’avoir à vous laisser que des conseils. Au moins ces conseils, qui constituent tout votre héritage, sont-ils dignes d’être précieusement observés…

Jean ne put retenir une larme qui roula sur ses joues…

– Eh quoi! vous pleurez, chevalier! Cela me chagrine vraiment. Réservez vos larmes pour des malheurs qui vous atteindraient plus directement. Je m’en vais, mon cher fils; mais je puis me vanter d’avoir fait de vous un homme capable de lutter contre cette chose perverse et maléficieuse qu’on appelle la vie. Vous êtes un escrimeur accompli, et il n’y a pas un maître d’armes dans tout le royaume capable de parer les bottes que je vous ai enseignées: œil d’acier, poignet infatigable, sang-froid, courage, rien ne vous manque. Dans les seize ans qui vie

Le vieux Pardaillan regarda une minute son fils avec une orgueilleuse admiration.

Puis il reprit:

– Et pourtant, vous eussiez pu vivre heureux et tranquille, me succéder dans un bon emploi, au sein de la richesse et de la prospérité, sous un maître noble comme le roi, plus riche que le roi!… Un crime a décidé autrement de ma destinée et de la vôtre.

– Un crime, mon père! s’écria Jean tout palpitant.

– Un crime ou un acte imbécile: c’est tout un. Et c’est moi qui le commis…

– Vous! Impossible! Vous, le cœur le plus tendre…

– Ta… ta… ta… mon fils! Comme vous y allez! Par Pilate et Barabbas! Écoutez. Après une existence de routier, de hère, de sacripant, de malandrin, pour tout dire, j’avais donc fini par trouver la tranquillité: bombance, bons vins et le reste; tout ce qui constitue l’ho

– Eh bien, mon père?