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L LA FIN D’UNE DOULEUR

Le lendemain matin, un rayon de soleil passant par la lucarne arrondie en forme d’œil de bœuf réveilla le vieux Pardaillan. Il aperçut son fils qui, un coude sur le genou, le menton dans la main, paraissait absorbé dans quelque pénible réflexion. Une tristesse extraordinaire s’étendait sur le visage du jeune homme. Il ne soupirait pas, et le sourire ironique de ses lèvres avait simplement un pli amer. Le père le regarda longuement, puis brusquement:

– Eh! qu’as-tu, chevalier! Voilà dix minutes que je te surveille du coin de l’œil, et si je n’entends pas les gémissements que tu pousses en toi-même, je les devine! As-tu la corde au cou? La hache se lève-t-elle sur toi?

– Je ne gémis pas, mon père: je réfléchis.

– Peut-on savoir à quoi?

– À ces soldats qui gardent la porte.

– Hum! tu as vu?

– Oui. Or, il faut que j’aille trouver le maréchal de Montmorency, et que je l’amène ici, continua le chevalier avec un désespoir concentré.

– Ah! ah!

– J’y réussirai, mon père! acheva fiévreusement le jeune homme. Je suis sûr d’y réussir, y eût-il mille gardes dans cette rue! Car j’ai fait à la mère de Loïse une promesse qui sera tenue… j’en suis trop sûr!

– Ah! ah! trop sûr!…

– Oui, mon père! J’amènerai ici le maréchal, et alors…

– Alors? achève, voyons!

– Eh bien, mon rôle sera terminé, mon père. Le maréchal, c’est tout naturel, emmènera sa fille. Et c’est tout. Vous voyez qu’il n’y a pas là de quoi être triste, comme vous le disiez. Alors, mon père, il ne me restera plus qu’à assister au mariage de Mlle de Montmorency avec le riche et puissant seigneur que lui destine sans aucun doute le maréchal, et puis nous serons libres… nous reprendrons nos vieux projets, nous parcourrons ensemble le monde, nous ferons le tour de l’univers…

– Tu veux dire le tour de la place de Grève [35] ?

– Que voulez-vous dire?

– Que notre bout du monde, à nous, si toutefois nous quittons Paris, s’appelle Montfaucon [36] !

– Ah! ah! fit à son tour le chevalier dont le visage s’éclaira d’une joie funeste. Par ma foi, vous avez raison, mon père, et je n’y songeais pas!… C’est pardieu vrai! nous sommes ici priso

– Oh! il n’y a pas que la foi de la dame de Pie

Le chevalier haussa les épaules, non pour ce que venait de dire son père, mais pour répondre à sa propre pensée. Avec quelle ardeur il eût souhaité que ces gardes pussent l’empêcher de passer! Et qu’il ne pût rejoindre le maréchal! Il ferait tout au monde pour passer!… mais enfin, s’il ne passait pas!… Déjà il entrevoyait une bataille, la dame de Pie

Mais cette caution, cette parole do

«Cela va mieux!» songea le vieux routier.

Mais, presque aussitôt, le chevalier retomba dans son morne accablement: il fallait qu’il ne pût arriver à sortir de la maison, et il sentait qu’il surmonterait tous les obstacles.

– En tout cas, reprit son père comme s’il eût suivi sa pensée, tu as demandé trois jours pour aller chercher le maréchal.

Le chevalier secoua la tête.

– J’ai demandé trois jours, dit-il, parce que je me croyais plus sérieusement blessé que je ne suis. Mais je suis fort. Le pansement que vous allez me faire va achever de cicatriser ces misérables égratignures.

Et avec un nouveau haussement d’épaules, il ajouta:

– Ces gens ne savent même pas frapper…

– Oui, dit tranquillement le vieux Pardaillan, nos coups à nous portent mieux…

Et il se mit à panser activement les blessures de son fils, blessures légères d’ailleurs et qui avaient déjà été pansées la veille.

– Or çà, dit-il alors, comment vas-tu sortir? Moi qui n’ai rien promis, je t’avoue que je ne vois pas le moyen… du moins en plein jour. Je te conseille d’attendre la nuit.

– Le maréchal sera ici aujourd’hui même, dit le chevalier avec fermeté.

Le vieux Pardaillan se mit à siffler un air de chasse, et le chevalier commença ses recherches.

– J’ai trouvé! dit-il au bout d’une heure.

Le vieux tressaillit et grommela:

– Au diable les donzelles! Voyons, qu’as-tu trouvé?

Le chevalier lui montra une lucarne qui ouvrait sur la toiture.

– Quoi! Tu veux passer par les toits?

– Puisqu’il n’y a pas d’autre chemin. Faites-moi la courte échelle, mon père, que je puisse atteindre cette chattière…

Le routier saisit la main de son fils et dit:

– Un dernier mot, chevalier. Tu ne voulus jamais en faire qu’à ta tête. Et pourtant, s’il m’en souvient, tu me juras bel et bien de suivre les avis que je te do

– Vous vous trompez, mon père! Cela me regarde.

– Ainsi, tu vas encore désobéir à ton père, à ton vieux père!

– Faites-moi la courte échelle!

– Tu es décidé? Rien ne peut te convaincre que tu fais encore une sottise? Dévouement, chevalerie, protection aux jolis minois dont les yeux pleurent, grands coups d’épée aux puissants larrons que nous devrions respecter… C’est cela qui te séduit? C’est cela que tu veux? Eh bien, je te suis!… C’est le renoncement à tous les bons principes d’après lesquels j’ai guidé ma vie…

Il n’y avait aucune ironie dans ce que disait là le vieux routier. Il parlait avec une entière conviction.

Le chevalier le serra dans ses bras.

Le vieux Pardaillan plaça ses mains entrelacées de façon que le chevalier pût y poser le pied comme sur une marche. Le jeune homme s’élança, atteignit les épaules, et levant les bras, se crampo

Le chevalier se trouvait sur le revers de la toiture qui était opposée à la rue. Sa vue s’étendait sur une série de petites cours et de jardins. S’il descendait dans la cour de la maison, il était dans une impasse. Il n’y avait qu’un moyen. C’était de gagner le toit de la maison voisine. Là, il chercherait et découvrirait sans peine quelque lucarne par laquelle il pénétrerait dans la maison et gagnerait la rue.

La position du chevalier était des plus dangereuses. En effet, le toit de la maison, comme tous les toits voisins, à pente raide, construits sur un angle très aigu, présentait un chemin à peu près impraticable. Il y avait neuf chances sur dix de rouler. Cependant, ce ne fut pas là ce qui arrêta le chevalier dans sa tentative. À la vue des difficultés qu’il lui fallait vaincre pour s’éloigner de la maison, il se dit que ces difficultés seraient exactement les mêmes lorsqu’il s’agirait d’y rentrer. Or s’il pouvait, lui, se risquer sur ces routes aérie

Le chevalier comprit qu’il ne pouvait proposer au maréchal un pareil moyen de se retrouver en présence de Jea

– Psst! faisait-on.

[35] Place de Grève (actuellement Place de l’Hôtel de Ville).

[36] Montfaucon (village hors de Paris, actuellement Buttes-Chaumont). Deux endroits où avaient lieu les exécutions capitales et où se dressait le gibet le plus célèbre du Moyen Age.