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Une hésitation retint Jea
– Malheureuse! balbutia Alice, ne doivent-elles pas penser que mon offre cache un guet-apens!…
– Non, non, madame, s’écria la dame en noir; je vous jure que cette affreuse pensée ne peut me venir! Je devine, je comprends que vous devez risquer beaucoup pour nous mettre en liberté; j’ai donc pleine confiance en vous…
– Alors? murmura Alice. Oh! si vous pensez me devoir quelque gratitude, laissez-moi la joie de faire un peu de bien… Et puisque vous n’acceptez pas d’habiter l’une des maisons que je possède, puisque j’ai eu tort moi-même de vous faire une proposition qui doit vous inspirer une juste défiance, acceptez au moins ceci.
À ces mots, elle déposa sur le coin d’une table une bourse qui pouvait contenir une centaine d’écus d’or. Une vive rougeur empourpra le visage de Jea
Loïse se détourna avec embarras. Alice s’agenouilla.
– Madame, dit-elle d’une voix brisée, c’est une mourante qui vous offre ce peu d’or destiné à rendre moins durs à cette noble demoiselle les premiers temps…
Jea
– Je vous ai fait tant de mal, continua Alice, en acceptant de vous garder ici détenues, que j’en ai comme le cœur rongé. Je vous jure que vous adoucirez les derniers jours d’une malheureuse en recevant ce faible présent. Car si vous le recevez, alors, madame, je croirai que vous m’avez pardo
Jea
Elle voulut dire quelques paroles d’adieu à cette étrange geôlière pour qui elle n’éprouvait plus que de la pitié, mais déjà Alice s’était relevée et, silencieusement, avait disparu.
– Partons! dit alors Jea
– Étrange femme! songea Jea
Sur le premier moment, l’idée qu’elle était libre, qu’elle échappait enfin à Henri, lui causa une joie qui ranima ses joues flétries. Un pâle sourire se joua sur ses lèvres.
– Comme vous êtes belle aujourd’hui, mère! fit Loïse qui lui do
Et la jeune fille, cachant soigneusement la peine secrète de son cœur, paraissait toute joie, toute lumière. La mère se reprit à espérer. Peut-être parviendrait-elle à oublier le passé!…
En attendant, il fallait trouver une maison, un logis quelconque. Rue Montmartre, une petite maison inhabitée lui sembla réunir les conditions de modestie, de calme et d’éloignement qu’elle recherchait. Elle s’y installa aussitôt, et commença à faire avec Loïse, des plans de départ.
Loïse regardait sa mère avec inquiétude: jamais elle ne l’avait vue aussi fiévreuse; elle parlait avec une volubilité effrayante. Dans la journée même, Jea
Des jours se passèrent. Jea
Un jour, comme elles causaient tristement, Loïse s’efforçant de sourire, la mère cherchant à lui do
Deux ou trois heures s’écoulèrent. La mère et la fille, assises l’une près de l’autre et se tenant par la main, écoutaient avec indifférence les bruits du dehors qui faisaient paraître plus profond le silence de la maison. Tout à coup, elles tressaillirent. Le marteau de la porte venait de retentir.
– Qui peut frapper? murmura Jea
– Mère, fit Loïse d’une voix tremblante, on dirait le coup de marteau de quelqu’un qui demande du secours!…
Mais Jea
– Non, dit-elle, c’est par hasard, sans doute, que le marteau a été soulevé.
Nos lecteurs n’auront peut-être pas oublié que c’était le vieux Pardaillan qui, sans le vouloir, d’ailleurs, avait frappé un coup à la porte de cette maison.
Et, comme Loïse demeurait toute tremblante, soudain pâlie, la mère ajouta:
– Rassure-toi, mon enfant. D’ailleurs, en entrebâillant les contrevents, nous allons voir…
Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre. Mais, à ce moment, elle demeura clouée sur place. Elle venait d’entendre prononcer le nom de Pardaillan! Et ce nom, il était crié parmi des insultes, des menaces, des clameurs de haine! Loïse, déjà, avait couru à la fenêtre et avait poussé les contrevents de manière qu’elle pût voir sans être vue. Sa mère alors la rejoignit.
Autour de la porte de leur maison, il y avait un demi-cercle de cavaliers qui entouraient quelqu’un qu’elles ne pouvaient voir, vu que ce quelqu’un s’était ramassé contre la porte, sous l’auvent. Mais si elles ne le voyaient pas, elles entendaient son nom. C’était bien Pardaillan que menaçaient tous ces cavaliers qui s’avançaient peu à peu.
Pardaillan! Lui! L’homme qui avait enlevé Loïse!
Était-ce la punition du crime? Quelle fatalité avait voulu que ce fût justement sous les yeux de Jea
– Lui! avait murmuré Jea
– Le chevalier de Pardaillan! murmura de son côté Loïse.
Et invinciblement attirées, elles reprirent place à leur poste d’observation.
– Notre mauvais génie est là! continua la mère. Loïse, mon enfant, qui sait si le damné Pardaillan ne nous a pas découvertes! Qui sait si ce n’est pas lui qui a amené ici son maître! Quelle horrible fatalité pèse donc sur nous!… Mais qu’as-tu donc, ma fille?… Tu pleures!…
– Mère! oh! mère! bégaya Loïse en étreignant dans ses bras la dame de Pie
Et, confuse, éperdue, elle ajouta:
– Il faut le sauver!… Je meurs s’il meurt!
– Sauver! s’écria Jea
– Ah! ma mère, je suis sûre que lui n’est pas notre e
– Mais de qui parles-tu donc?
– Regardez, mère… ici… à gauche, tout près de la porte…
Jea
Alors, elle se recula de la fenêtre. Que se passa-t-il en elle? Sans doute, avec la rapidité de rêve des résolutions suprêmes, elle mit en balance la dette contractée vis-à-vis de cet homme et l’horreur que lui inspirait Henri. Se taire, assister silencieuse, immobile, au massacre, c’était abando
– Viens!…
Alors, elles descendirent et ouvrirent la porte. Et, grandie par le sacrifice, transfigurée, auguste, elle apparut aux yeux des assaillants… On sait le reste.