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XLVIII UN ÉPISODE HOMÉRIQUE

Le vieux Pardaillan, comme on l’a vu, était arrivé à l’Auberge des deux morts qui parlent . Il y avait été accueilli à bras ouverts par la digne hôtesse, dame Catho. Le routier, d’un coup d’œil, inspecta le cabaret, avec ses pots d’étain et ses plats de cuivre accrochés un peu partout selon la place, aux murs ou aux solives du plafond bas, ses tables luisantes à pieds massifs, ses escabeaux à dossiers sculptés, ses cruches de grès et ses gobelets. Par une porte ouverte, on voyait rutiler les cuivreries d’une cuisine et flamboyer son âtre à grands chenets tordus et à crémaillère noircie. Bref, l’auberge avait une mine de prospérité qui fendit la bouche de Pardaillan dans un large sourire de satisfaction.

– Catho, dit Pardaillan une fois son inspection terminée, tu mérites d’être félicitée. Ton auberge est admirable; plût à Bacchus que j’en eusse toujours rencontré de pareilles!

– Grâce à vous, monsieur, fit Catho. Grâce à vos beaux écus. Mais je pense que celle-ci ne brûlera pas comme l’autre?

– Regretterais-tu ton héroïque dévouement?

– Ne

– Si fait, ma bo

– Oh! monsieur, croyez-vous donc qu’une pauvre fille comme moi… et puis, c’eût été bon dans le temps que j’étais belle… maintenant, hélas!…

Et la pauvre Catho, tirant un petit miroir de sa poche, examina avec un soupir de détresse son visage affreusement couturé par la petite vérole.

Pardaillan s’installa à une table, et comme il lui était impossible de demeurer inoccupé, il demanda à Catho de lui servir une petite omelette de cinq ou six œufs – pour attendre, dit-il. L’omelette, sautée dans la poêle sur une claire flamme, fut mangée avec le respect dû à l’une des plus artistiques opérations de Catho. Mais alors il se trouva que le vieux routier avait encore du temps à dépenser. Ce temps fut donc occupé par le dépeçage d’un poulet, qui disparut peu à peu. Après le poulet, et toujours pour tuer le temps, il y eut le massacre d’un pot de confiture. Tout cela n’alla pas sans l’absorption de deux ou trois bons flacons; en sorte qu’après avoir attendu deux heures de la façon que nous venons d’expliquer, Pardaillan se sentit fort comme Samson, agile comme son propre fils, et que des pensées de bataille passèrent par son cerveau.

Il en résulta qu’entendant tout à coup des trompettes retentir au loin, il reboucla son épée, posa sa toque à plume noire sur le coin de son oreille gauche, et redressant sa moustache, s’en fut vers la rue Montmartre d’où venait le bruit des trompettes, après avoir prévenu Catho qu’il serait de retour dans peu de minutes pour retrouver son fils.

– Vous allez donc voir l’entrée du roi? fit Catho.

– Ah! ah! c’est donc notre Charles que signalent ces trompettes guerrières?

– Oui, monsieur. On dit que le roi sera accompagné de Madame de Navarre et son fils, ainsi que d’une foule de seigneurs huguenots qui se sont embrassés avec les gentilshommes catholiques.

– Bon! Et moi qui voyais la guerre!… Enfin, allons toujours voir les beaux habits et les belles armes des gardes. Ce sera presque la guerre.

Ayant dit, Pardaillan remonta la rue Tiqueto

– Un sol la chaise! Qui veut voir et entendre? On verra notre sire le roi, on verra Mme Catherine dans son carrosse d’or, on verra MM. de Guise sur leurs grands chevaux, on verra… un sol la chaise!…

Ainsi glapissait un gamin. Pardaillan lui do

– Vive le roi! Vive le roi!

De son poste, Pardaillan dominait maintenant la foule et voyait s’approcher lentement le cortège royal, tandis que les cloches de toutes les églises de Paris so

– Le roi! le roi! Place pour notre roi!

Devant eux, la foule refluait à droite et à gauche, s’ouvrant comme la mer sous l’éperon d’un navire. Derrière eux marchaient une compagnie d’arquebusiers, en ordre magnifique, puis des pertuisaniers, et enfin apparaissaient les gardes du roi, conduits par Cosseins, et précédés d’un double rang de trompettes à cheval. Aussitôt après, dans un somptueux carrosse entièrement doré, surmonté d’une écrasante couro

Les faces du carrosse étaient disposées de telle sorte que tout le monde pût voir le roi. Il était vêtu de noir selon la coutume et considérait avec une sorte d’inquiétude ce peuple immense qui rugissait ses vivats.

Dans le même carrosse, sur la même banquette que Charles IX, assis à sa gauche, se trouvait Henri de Béarn qui, lui, multipliait les saluts, faisait des signes amicaux aux hommes, riait aux femmes, et enfin, parvenait à cacher à tous les yeux la peur qui sourdement le mordait aux entrailles.

– Vive le roi! Vive le roi!

La clameur partait de la rue, descendait des fenêtres; les bras s’agitaient; les toques sautaient en l’air.

Derrière le carrosse royal, venait une lourde machine non moins dorée dans laquelle avait pris place Catherine de Médicis. Près d’elle Jea

Jea

– Vive la reine de la Messe! cria quelqu’un.

Le mot fut aussitôt adopté et retentit avec des accents de sourde menace.

Cependant le cortège avançait. Derrière les deux voitures royales, le duc d’Anjou à cheval: à sa droite, Coligny, calme et froid, caressant d’une main sa barbe blanche; à sa gauche, le duc d’Alençon; puis le duc de Guise qui exultait, faisait caracoler son destrier et recevait avec des sourires radieux sa part des acclamations. Puis les voitures des dames d’ho

Perché sur sa chaise, Pardaillan assistait à cette féerie avec un sourire goguenard.

– Voilà les huguenots dans la place, grommelait-il. Mais ce n’est pas le tout que d’entrer. Comment vont-ils sortir?

Le vieux renard flairait en effet quelque tour de Catherine dans toute cette démonstration. Cependant, le spectacle l’amusait, le passio

– Le maréchal de Damville! gronda le routier avec, un juron.

En même temps, il saluait de son plus gracieux sourire et de son plus beau geste. Damville, d’une violente secousse, avait arrêté son cheval et demeurait pétrifié, les yeux rivés sur ce Pardaillan, qu’il croyait mort au fond des caves de son hôtel, dont il avait do

«Oh! oh! songeait à ce moment le vieux routier, la fête est complète! Tous mes assassins me regardent! Tiens-toi bien, Pardaillan!»