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– Oh! monsieur, c’est tout vu, tout remarqué. Ces dames pleurent, et c’est à peine si elles mangent. Elles me font pitié, tenez. C’est toujours pour moi un triste moment que celui où je leur porte à manger.
– Bon! C’est aujourd’hui le dernier jour, Jea
– Soyez donc tranquille, monsieur. Je suis contente que ces dames s’en aillent…
– Dès ce soir, elles partiront. Monseigneur est à bout de patience. Allons, au revoir, Jea
– Oui! compte là-dessus, vieux fou! interrompit Pardaillan père. Cette Jea
– Vous allez le savoir, mon père, continua le chevalier, tandis que le routier cassait le goulot d’une nouvelle bouteille. À peine eus-je compris que l’intendant du diable s’était éloigné que je sortis de mon armoire…
– Vite, me dit Jea
– Tu me plais, Jea
– Parce que c’est l’heure… l’heure où mon prétendu vient me faire sa cour. Allez-vous en, je vous en supplie. S’il vous voyait, toute la maison accourrait à ses cris. Vous ne savez pas combien cet hôtel est bien gardé. Les domestiques eux-mêmes s’espio
– Jea
– Et Gillot qui va venir…
– Gillot du diable! gronda le vieux Pardaillan. Si je te tenais.
– Non seulement je ne m’en irai pas, poursuivit le chevalier, mais tu vas me conduire…
– Où donc?
– Où cela? Chez les dames dont parlait l’intendant… chez les parentes… les priso
– Ah! pour le coup, vous êtes fou, s’écrie Jea
– C’est sans doute que vous aimez cette demoiselle et qu’elle vous aime! Je comprends maintenant qu’elle ne veuille pas épouser le parti que lui destine monseigneur. Mais ne comptez pas sur moi pour vous aider!
Là-dessus, elle se met à pleurer. Un éclair traverse mon cerveau… Jea
– Bo
– Alors, continua le chevalier, je m’empresse de la rassurer. Je lui jure que la demoiselle aime un haut perso
– C’est tout de même juste! s’écrie-t-elle.
– Ah! ah! fit le vieux Pardaillan en éclatant de rire, la fable était bo
Le chevalier, sombre et tremblant, demeura une minute silencieux.
– Mon père, dit-il, que dites-vous de l’opinion de cette fille?
– Quelle opinion? Celle qu’une Montmorency ne peut aimer un Pauvre diable comme toi?
– Oui, monsieur.
Le vieux Pardaillan haussa les épaules en vidant un verre de vin.
– Je dis que c’est l’opinion d’une toute petite fille et d’un tout petit garçon. Sache une chose: l’amour ignore les distances, si toutefois il y a distance. Il n’est si grande dame qui ne consente à épouser un petit clerc si le clerc lui paraît à son goût. Mais, reprit tout à coup le routier, l’une des priso
– Oui, monsieur.
– Voilà qui devient particulier, fit le vieux Pardaillan pensif. Continue. Ton récit m’intéresse de plus en plus.
– Donc, reprit le chevalier avec un soupir, une fois que Jea
– D’ici là, monsieur, vous resterez dans ma chambre, où je vais vous conduire et où je vous apporterai à manger. Ce que j’en fais, c’est par grande pitié pour cette demoiselle qui pleure à fendre l’âme, et je serais bien contente de l’avoir aidée à épouser qui elle aime… Dépêchons-nous, car Gillot ne va pas tarder maintenant.
Là-dessus, je la remercie du mieux que je peux. Elle me fait jurer que je me souviendrai du service qu’elle me rend. Je le lui jure bien volontiers. Alors elle me dit de la suivre. Elle traverse vivement le vestibule, je la suis. Elle ouvre une porte et pénètre dans un couloir obscur en forme de voûte. Je continue à la suivre. Tout à coup, à l’autre bout du couloir, apparaît quelqu’un…
– Encore le damné Gille! s’écria le vieux Pardaillan.
– Non, monsieur, c’était Gillot!
– Aussi détestables, aussi pendables l’un que l’autre. Ah! mon pauvre chevalier, pour le coup, tout a été découvert, hein? Comment t’en es-tu tiré?
– Vous allez voir, mon père! J’avais remarqué dans le couloir, à droite, un renfoncement que je venais de dépasser de deux ou trois pas. Dans le renfoncement, il y avait une porte. Tandis que Jea
– Et où vas-tu comme ça, Gillot?
– D’abord à l’office pour t’embrasser, Jea
Ici j’entends le bruit d’un baiser.
– Ensuite? reprend la fille.
– Ensuite, tu sauras que l’oncle Gille m’a do
– Quoi! Tu vas à la cave? Mais si l’officier des caves l’apprend?
– Bah! qui le lui dira? Pas toi, j’espère!
– Mais la porte est fermée!
– Je l’ai ouverte tout à l’heure, Jea
– Bon! Viens-t’en un peu avec moi à l’office. Tu as bien le temps.
– Non pas, peste! Il faut que je me hâte de remettre la clef en place.
Là-dessus, la porte s’ouvre et j’entrevois Jea
– Ouf! s’écria le vieux Pardaillan.
– Il m’aperçoit et demeure un instant atterré, avec des yeux tout ronds de frayeur. Enfin, l’esprit lui revient, et il veut pousser un grand cri. Mais trop tard! Je l’avais déjà saisi à la gorge. Il était temps!… Car au même instant, j’entends au haut de l’escalier une voix qui bougo
– Diable! diable! grommela le vieux Pardaillan. Ce misérable intendant! Je regrette qu’il n’ait que deux oreilles… Ainsi, te voilà enfermé dans la cave!… Je me demande comment tu vas faire, par exemple!
– Mais, monsieur, puisque me voici près de vous, fit le chevalier avec son sourire naïf et moqueur, c’est que j’en suis sorti!
– C’est vrai, c’est vrai; n’empêche que j’en ai la chair de poule à te savoir dans cette cave…