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«Car si de pareils exemples étaient suivis, il n’y aurait plus de profits possibles, plus de commerce ho
– Mon père, dit le chevalier d’une voix si altérée que le vieux routier en tressaillit, votre intervention me plonge dans un mortel désespoir. Mais quel que soit ce désespoir de n’avoir pu réussir ce que je souhaitais si ardemment, ma tristesse est plus grande encore de voir que nous sommes dans deux camps e
– Eh! mordieu! qui vous empêche de venir avec nous: ce sera tout profit. Cent mille livres vous sont assurées, et peut-être une compagnie vous sera-t-elle…
– Taisez-vous! taisez-vous! s’écria le chevalier. Ah! mon père, ne devinez-vous pas ce que je souffre, et quel est mon chagrin de vous entendre parler ainsi!… Vous suivez une route, et j’en suis une autre!… Adieu, mon père… je vous quitte avec une inaltérable douleur de savoir que vous êtes parmi mes e
– Vous me quittez! fit le vieux Pardaillan d’une voix qui trembla légèrement. Mais pourquoi me quitter?
L’ingénuité du routier inaccessible à certains sentiments, habitué à la dure pour le cœur comme pour le corps, apparaissait dans cette question.
– N’est-ce pas vous qui m’y forcez? s’écria le jeune homme tout frémissant. Songez, mon père, songez qu’il a pu arriver cette nuit un événement funeste: j’ai tiré l’épée contre vous! Songez que si je vous avais touché, si la pointe de l’épée que vous m’avez do
Le chevalier fit quelques pas de retraite précipités.
Le vieux Pardaillan chancela et alla s’asseoir sur une borne cavalière.
Il mit sa tête dans ses deux mains.
– Qu’est-ce à dire? gronda-t-il. Mon fils me quitte? Nous sommes e
Deux grosses larmes coulèrent sur les joues ta
Il porta la main à sa gorge, comme pour y étouffer le sanglot qui y râlait.
– Fini! prononça-t-il avec cette tristesse profonde du découragement.
Au même instant, il se sentit saisir par les deux mains, et il eut un cri de joie rauque, presque terrible, en reco
– Eh bien, non, je ne peux pas!… Je ne peux pas vous quitter ainsi!… mon père, il faut que nous nous expliquions!… Je mourrais de chagrin à me dire que vous êtes contre moi!… Venez…
– Eh! mort de tous les diables! fulmina le vieux Pardaillan, qui se sentit renaître, commençons par nous embrasser! Voilà la meilleure explication!
Le père et le fils s’étreignirent avec une joie délirante chez l’un, avec une joie mêlée de douleur chez l’autre.
– Laisse-moi te voir! s’écria alors le routier… Si fait, j’y vois tout de même, moi, je suis comme les chats, et puis, pour un vieux père, pas besoin de lumière pour bien voir son fils… je te vois avec mes doigts… Mordieu! mais tu n’es plus le même! Te voilà fort comme les plus forts… Quelle taille! Quelle envergure!… Et ton poignet! Peste! Mais je ne voudrais pas m’y frotter encore, moi qui co
– Pas par ici, mon père, s’il vous plaît. Allons chez moi… chez vous!
– Et où est-ce, ton chez toi? À la Devinière , je parie?
– Mais oui, mon père.
– Bon! Et! sais-tu ce qu’est la Devinière pour toi en ce moment? Un coupe-gorge, un traquenard où infailliblement, tu seras pris, étripé, éventré, à moins que tu ne pre
– Ainsi, vous croyez?
– Je crois que tu dois commencer par tourner le dos à la Devinière . Je co
Cette fois, le chevalier se laissa entraîner sans résistance.
Vingt minutes plus tard, le père et le fils pénétraient au Marteau qui cogne , cabaret borgne situé sur les confins de la Truanderie, rue des Francs-Bourgeois, et qui, pour certains clients, demeurait ouvert toute la nuit, en dépit des rondes du guet et des ordo
Au premier étage du cabaret, dans une salle étroite, ils s’installèrent devant un souper improvisé, et le vieux Pardaillan, en cassant le goulot du premier flacon de Bourgogne, s’écria joyeusement:
– Maintenant, raconte-moi tout! Tout depuis mon départ de Paris! Tes amusettes, tes sornettes, tes amourettes, et tes batailles et tes entailles, et ce que tu as fait, et ce que tu n’as pas fait, tout ce que je ne sais pas et que je meurs d’envie de savoir. Commence, mon fils!…