Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 8 из 32

«A vous, Victor!» enchaîne le proviseur. Victor se racle la gorge, le nez dans ses godasses.

«Allez-y, jeune homme!

– Eh bien, c'était un samedi, j'étais occupé… Je ne pouvais absolument pas me déplacer…

– … Et savez-vous pourquoi?»

Le glapissement, car c'en est un, vient de Madame la Professeuse de musique.

«Parce que le jeune homme était en prière! Le jeune homme refuse de chanter l'Alléluia avec ses camarades, mais chez lui, il exerce ses propres pratiques religieuses!

– Expliquez-moi, grommelle le père. Je ne comprends rien!

– V as-y, dit sévèrement la reum à son fils.

– C'était un samedi, abdique Victor. J'étais vénère… Je ne voulais pas aller en colle. J'ai dit que je ne pouvais pas bouger parce que c'était sabbat.»

L'ensemble de l'assemblée ne fixe pas le fils mais son pere.

«Dans ces conditions, juge le proviseur, vous comprendrez qu'il est un peu hâtif de votre part de revendiquer pour votre enfant la laïcité de notre collège!

– Certes.

… Et qu'en protégeant indûment votre enfant, vous participez vous-même à la faute.

– N'exagérons rien!

– Vous êtes priés de sortir pendant la délibération.»

La sentence est rendue quelques minutes plus tard: simple avertissement.

«Et tu ne lui as pas do

Il secoue la tête.

«Il s'est carrément foutu de toi, et tu n'as rien fait?!»

Il n'a jamais frappé ses enfants. Dans les cas les plus graves, il les attrape par le col et les bouscule comme des arbres fruitiers.

«Tu ne devrais pas te laisser faire, poursuit elle. Tu n'auras jamais barre sur lui.

– Je ne peux pas engueuler un enfant que je vois au mieux une fois tous les dix jours.

– Pourquoi?

– Je ne me sens pas capable de l'élever dans ces conditions.»

Jea

«Ton boulot de père, c'est de t'occuper de lui dans toutes les circonstances de sa vie d'enfant. Celle-ci particulièrement.

– D'accord, répond-il. Je discuterai avec lui.

– Ne discute pas. Punis-le.»

Il dit qu'il le fera. Il dit que l'explication sera sanglante. Il sait néanmoins qu'il n'ouvrira pas la bouche. Jea

Jea

Elle dit:

«J'ai eu une merveilleuse idée.»

Elle sort une grande enveloppe de son sac et la lui tend. Elle arbore une mine espiègle. Intrigué, il tourne et retourne l'enveloppe entre ses mains. Elle porte le cachet de la mairie du XIIe arrondissement, où elle habite.

«Ouvre!»

Il décachette et découvre un formulaire. Il ne comprend pas aussitôt. Elle l'observe, mutine. Elle pose ses deux mains sur les sie

«Je veux qu'on se marie.»

Il la dévisage, stupéfait. Elle ajoute:

«Quand j'ai divorcé, je me suis juré que je serais remanee avant trente ans.»

Et lui, il s'est promis de ne jamais recommencer.

Il ne souffle mot. Une incompréhension très lourde se pose soudain entre eux. Dans la rue, passent des ombres. Il n'ose pas regarder Jea

Elle se lève. Elle dit Salut. Elle ne lui adresse aucun regard. Elle quitte le café.

Il la suit. Elle a quelques mètres d'avance. Lilas coquelicot cerise. Il la voit jeter l'enveloppe dans une poubelle. Elle se dirige vers la station d'autobus. Elle consulte sa montre, et ce geste lui paraît terrible: elle est déjà ailleurs, en un autre projet que les leurs..

Il la rattrape.

«Jea

Il lui prend le bras. Elle le lui laisse sans que leurs mains se retrouvent, comme à l'accoutumée.

«Je ne veux pas me marier, dit-il, mais cela n'a rien à voir avec toi.

– Bien sûr que si puisque c'est moi qui te l'ai proposé.

– Nous sortons d'une expérience pénible…

– Je ne te demande plus rien.»

L'autobus tourne au rond-point, à deux cents mètres. Il pense que lorsqu'il se sera arrêté, et si elle y monte, il ne la reverra plus. Il dispose de quelques secondes seulement pour les sauver. Mais il ne parle pas. Il ne propose rien. Il est paralysé. Et elle, absolument fermée, suit aussi l'avancée de l'autobus. Déjà, les voyageurs font un pas vers la chaussée. Jea

«Je dois me dépêcher, dit-elle. Les enfants sortent bientôt de l'école.»

Le Diesel ronfle à deux mètres. L'autobus stoppe devant la guérite. Les portes coulissent. Jea

Il demande:

«Quand as-tu trente ans?»

Son visage s'ouvre. Elle le regarde avec le sourire lumineux qu'elle avait lorsqu'ils ont bu leur premier thé du matin ensemble, quand il lui a offert sa première robe, quand ils se sont dit qu'ils s'aimaient pour la première fois.

«Trois semaines.»

Ce sourire qui l'attendrira toujours, les paillettes du bonheur et de la victoire dans l'œil, comme le désir, comme une chaleur à quoi il ne sait ni ne peut reslster.

«Vingt jours exactement», dit-elle en lui rendant son bras.

Deux semaines plus tard, en fin d'après-midi, ils sont à Roissy.

Le lendemain, à vingt et une heures, heure locale, ils atterrissent à Detroit. Ils pre

A vingt-trois heures quinze, ils roulent vers le centre-ville. Jea

Le centre-ville est animé comme en plein jour. Des limousines longues et noires stoppent sous les entrées couvertes des palaces, aussitôt approchées par des loufiats en casquette et livrée qui se précipitent pour ouvrir les portières, par où s'écoulent des rutilantes et leurs maîtres, moustaches fines, costumes cintrés, pompes bicolores, mafiosi ou trafiquants, Où sont les dollars, on réceptio

En face, des pick-up Toyota abando

«Hurry up!» lance Jea

Elle lui prend la main en riant, demande son chemin, et ils courent entre des jets d'eau, des néons clignotants et des nains de jardin grandeur parc, jusqu'à des bureaux assis dans un coin plus sombre. On leur demande noms, prénoms, dates de naissance, passeports, dollars. Il est vingttrois heures trente-cinq. La dernière officine ouverte ferme à minuit. Ils remplissent un formulaire à la hâte. Jea

«On ne va tout de même pas se marier religieusement!» s'écrie-t-il.

Elle jure que non.

«Parce que si c'est ça, je refuse!»

Entre deux bars bondés d'alcooliques on the rock, ils découvrent enfin ce qu'ils cherchent: une façade ornée de lanternes clignotantes indiquant qu'ici on pratique le mariage-quick, treize heures-minuit every day, vingt dollars sans option.

Ils entrent.

Une jeune perso

«No, réplique Jea

– Rings?»

De dessous la table, la jeune perso

«No», dit-il.

La dame fait la moue, interpelle un quidam qui passe dans la rue:

«Call the preacher. He's at the pub getting drunk!» («Va chercher le pasteur. Il picole au bar.» (Traduction Jea

Le pasteur fait son entrée dans la loge. Il est en civil. Il émane de sa perso

Il s'enquiert des options choisies, affiche une mine désapprobatrice après que la sous-maîtresse lui eut dit qu'il n'yen avait aucune, consulte sa montre et entraîne Monsieur et Mademoiselle au-delà d'une porte qu'il déverrouille. Ce pourrait être la chambre mauve d'un lupanar de campagne. L'autel remplace le lit. Un cordon de roses plastique forme le dais nuptial. Un nuage tchernobylien d'encens sent.