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Le matin, il part avant le lever des enfants sauf lorsque, après une soirée festive, Jea

Le chagrin naît de tous les manques que la situation, inévitablement, lui renvoie. Manque de Tom et de Victor. Il ne peut faire avec d'autres ce qu'il ne do

Il parle de ses tristesses à Jea

Parfois, le matin, il saute du lit, s'habille à la hâte, fonce à moto sur le périphérique, pont de Sèvres, jusqu'à l'école de Tom, et se casse les dents sur la porte close et son parpaing inutile, de l'autre côté de la rue. Pareillement devant les grilles du collège de Victor. Il se dit alors qu'il ne pourra jamais vivre avec une femme et ses enfants, avec Jea

Ils se co

«Jure-le!

– Je ne jure jamais.

– Tu n'y crois pas?

– Si.

– Alors jure.»

Il ne répond pas. Elle vient à califourchon sur lui, promène son doigt sur sa tempe puis sur sa joue, et dit:

«J'obtiens toujours ce que je veux.»

Elle sourit, mi-ange mi-garce, puis elle quitte la chambre pour passer sous la douche.

Ils décident de réunir leurs enfants. Ils ont comploté toute une semaine avant d'opter pour un dimanche après-midi, aux Buttes-Chaumont.

Ils se téléphonent le samedi soir. Il dit qu'il n'a pas encore parlé à Tom et à Victor.

«Parlé de quoi?

– De demain!

– Qu'est-ce que tu veux leur dire?

– Qu'on va se voir!

– Mais ils le comprendront tout seuls!

– Je voulais seulement… les prévenir un peu… Qu'ils sachent que tu as des enfants…»

Elle éclate de rire.

Le lendemain, à la table de la cuisine, devant ses fils, il cherche une manière de le dire. Il ne veut pas leur a

Il décide finalement de se taire. Il naviguera à vue.

Ils montent dans la voiture. Victor s'installe devant. Il passe la première. Pap' accélère:

«Seconde!»

Victor enclenche la vitesse. Ils descendent le boulevard Saint-Michel. Il se promet qu'au niveau de la Seine, il le dira.

«Troisième!»

Passe la Seine. Il se do

«Seconde!»

Victor rétrograde.

Au prochain feu rouge.

Il accélère, file à l'orange.

A République.

«Où on va? questio

– Surprise.

– Si c'est un musée, c'est chelou, commente Victor.

– Ce n'est pas un musée.

– Pire? demande Tom.

– Une nana.

– Une quoi?

– Une fille…

– Une meuf, tu veux dire?

– Seconde!»

Victor passe la seconde.

«Une meuf, oui… Une jeune meuf…

– T'es branché!

– Troisième…»

Il embraie puis accélère, monte en régime, repère un bus, lui colle au cul, crie:

«Seconde!»

Déboîte brusquement, accélère et, en plein surrégime, ajoute:

«Elle a deux enfants… Troisième!»

File, commande la quatrième, puis la troisième, seconde, feu rouge.

Point mort.

Victor se penche vers son frère et s'esclaffe: «Une daro

Il l'aperçoit de loin, assise dans l'herbe, sur une pelouse vallo

«Ils ont quel âge? demande Victor.

– Comme vous, a peu pres.»

Jea

Elle se lève quand il n'est plus qu'à cinq mètres. Il se demande comment ils vont s'embrasser, lèvres, joues ou rien.

Rien. Pas même un sourire de co

«Nullos!»

Tom le teste à son tour du bout du pied.

«Tu ne co

– Envoie…»

Ils s'élancent tous deux tandis que Paul et Héloïse demeurent sur place.

«Rejoignez-les, dit Jea

Ils partent. Les parents restent face à face. Elle est joyeuse autant qu'il est empoté.

«On s'assied?»

Il suit les enfants du regard. Elle comprend quelles pensées le traversent et le rassure, légère:

«Oublions-les! Ça se passera très bien!»

Mais il ne se détache pas du ballon. Il espère que Tom laissera sa chance à Héloïse, que les trois garçons ne se bagarreront pas.

Il se détourne après quelques secondes, pose sa main sur celle de Jea

«Pas devant eux!»

Il ne sait que dire, loin du langage amoureux de leurs habitudes. Une barrière s'élève entre eux, faite de l'impossibilité du geste, donc du mot. Il se trouve de l'autre côté de leur histoire, sur un versant dont il ignore les paysages. Mais pas elle. Elle l'observe, riant sous cape tandis qu'il se retourne vers les joueurs au premier cri. Elle partage l'insouciance des enfants.

Il s'efforce d'oublier la main, le bras, la peau de son amoureuse devenue exclusivement maternelle, imaginant des dialogues qui rejoignent la barre de ceinture des parents d'élèves – écoles, cantines, vaut-il mieux travailler le mercredi ou le samedi?

Il raconte la scène avec la Scrupuleuse. Elle lui explique la concordance des lettres et des chiffres, CE1-10e, CE2-9e… De là, ils passent à leurs propres enfants, école, cantine, sport, culture… Elle parle avec tant de naturel qu'il est charmé, non par ce qu'elle dit, qu'il oublie aussitôt, mais par la manière de le dire, de sourire, de regarder ses enfants, d'incliner le visage, de remonter ses jambes pour y appuyer le menton. Il ne résiste pas. Elle l'a temporairement réconcilié avec les parents d'élèves. Il s'approche et dépose un baiser sur sa main.

«Pas devant les enfants! s'exclame-t-elle de nouveau.

– Mais ils ne nous voient pas!»

Ils goûtent à une terrasse. Il se tient très sagement entre Jea

Héloïse et Paul choisissent des Coca. Tom et Victor se jettent sur l'occasion:

«Un Coca aussi.»

Tom demande:

«On peut?»

Et Victor, hilare, à la cantonade:

«On est contents de vous co

– L'après-midi, ça empêche de dormir, il paraÎt!»

Il jette sur ses fils un regard qui se voudrait sévère et invisible aux autres. Résultat:

«T'as vu la grimace?!»

Tom exhibe un sourire malin et roublard. Pap' glisse son bras autour de son cou. Tom le repousse:

«Pas devant eux!» gronde-t-il à voix basse.

Jea

Ils rentrent pour retrouver la mère de Tom et de Victor, chez lui. Sur la route, il va à la chasse aux commentaires.

«Alors? demande-t-il.

– Cool», fait Tom.

Il est devant. Il passe les vitesses.

«J'espère que ça durera un peu», apprécie Victor.

Pap' regarde dans son rétroviseur. Victor a levé le nez de sa Gameboy.

«Si vous ne vous larguez pas tout de suite, on pourra boire du Coca à table, et on s'emmerdera moins le week-end!»