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L'homme lui parla d'un bateau qu'il avait vu une ou deux fois, pas loin de Sagrès, en mer, un bateau noir et blanc, qui s'appelait la Manta il s'en souvenait très bien, c'était à la fin de l'automne 1992. Durant le mois de novembre.
– Quais, la première fois que je l'ai vu c’est sur la route, en fait, il était tracté par un genre de 4X4 Toyota, près d'une plage, au nord de Sagrès, vers Odeceixe. La deuxième fois, quinze jours plus tard environ, je l'ai vu au large d'une autre plage, un peu en dessous de Sines, j'lai reco
– Sines? C'est un peu au-dessous de Setubal c'est ça, sur la côte ouest?
– Oui, au nord de Sagrès. Voilà, c'est tout ce que je sais.
Son sourire invitait à passer à la caisse.
Vondt laissa les mille deutsche marks de récompense comme prévu et reprit illico la route pour Sagrès. Nom de dieu, tout s'agençait si nettement. Il mettrait en place un plan cohérent avec la reine mère et n'aurait plus qu'à remonter vers le nord, le long de la façade atlantique du pays, au-delà de la Serra Monchique, jusqu'à Odeceixe, et commencerait à fureter en remontant systématiquement la côte jusqu'à Sines.
Il finirait bien par le repérer ce foutu bateau.
Arrivé devant les hangars de l'entreprise Corlao, Hugo contempla un instant la masse bleue de l'Océan avant de s'extirper de la voiture.
À l'accueil il demanda Joahim Pinto, pour M. Zukor.
Une jeune fille charmante lui indiqua le bureau au fond du couloir de droite.
L'homme le reçut d'un œil froid et vaguement soupço
– You're dutch, too? demanda l'homme en s'asseyant dans son fauteuil, sans le prier de s'asseoir.
Un type de quarante ans, joufflu, un peu bedo
L'homme avait parlé anglais sans aucune difficulté et directement, comme s'il avait deviné que Hugo maîtrisait mal la langue locale.
– Non. Allemand, répondit Hugo du tac au tac.D’origine suisse. Je travaille pour une agence de recherche privée…
L'homme le scruta en silence un long moment.
– Privé? Détective?.
L'homme lui indiqua d'un geste de prendre place sur la chaise.
Hugo s'installa et soutint tranquillement le regard profond et noir.
– Oui c'est ça. Détective privé. Je… dois trouver M. Travis au plus vite. Et je voudrais qu'on commence par l'homme qui est passé chez vous, tout à l'heure.
– J'ai déjà tout dit à Mme Van Dyke. Je ne sais rien…
– Oui, mais l'homme qu'est-ce qu'il voulait savoir?
– Il m'a demandé si je co
Ça avait le mérite d'être clair.
– Il vous a dit être journaliste d'une revue nautique?
– Ouais…
– Vous ne l'avez pas cru?
– Non. Je co
Il voyait parfaitement.
– Vous co
– Vaguement, ça datait de l'époque où Travis vivait ici avec Mme Kristensen, j'ai déjà tout raconté à Anita Van Dyke…
Hugo digéra l'information.
– Bon. D'accord. Vous ne savez pas où est Travis et vous ne savez pas où est la Manta…
– C'est ça.
– O.K. Maintenant voyons les choses sous cet angle…
Il suspendit sa phrase un instant pour jauger la curiosité qui se gravait doucement dans le regard de Pinto.
– Ne vous demandez pas où est ce putain de bateau mais où il pourrait être. Qu'est-ce que vous diriez?
L'homme plongeait son regard sombre au plus profond de lui, cherchant à le sonder pour de bon.
– Vous voulez quoi, une séance de voyance? Que je vous trouve le bateau en agitant un pendule sur une carte?
Hugo éclata de rire spontanément. Elle était bien balancée celle-là.
– Non. Mais vous co
L'homme entra dans une profonde réflexion.
– Non, consentit-il à lâcher. Franchement ça pourrait tout à fait être n'importe où, je ne sais pas ruoi, de Setubal à… allez, Algesiras…
– Non, non, c'est au Portugal, ici, en Algarve. Un endroit qu'il aimait vraiment bien…
– Cristus, vous êtes têtu, vous… (En portugais, cette fois.)
– Oui. Écoutez je ne veux pas vous faire peur, mais le mec de tout à l'heure c'est pas un rigolo. Il faut qu'Anita et moi nous trouvions Travis avant lui, vous voyez?
– C'est en rapport avec l'affaire d'Évora? Y a eu un véritable massacre, y paraît…
Hugo réprima difficilement un sourire. La vérité serait bien pire à lui avouer, en cette circonstance.
– Ouais, ce sont des sérieux. Je pense que Travis est en danger, que vous n'êtes pas loin de l'être aussi et que le mieux que nous ayons à faire c'est de le trouver avant eux.
Le silence retomba sur la pièce, rythmé par le concerto lointain des machines à écrire et d'une so
Pinto s'enfonça dans son fauteuil.
– Je suis d'accord, M. Zukor – il laissa passer un long soupir- mais comme je vous l'ai dit, je ne sais vraiment rien, Travis est un homme particulier, qui disparaît périodiquement comme ça, j'ai déjà tout expliqué à Mme…
– Van Dyke, je sais. Je vous demande juste de remuer vos méninges et de me sélectio
Il fallait remettre les pendules à l'heure. Le temps pressait. On ne rigolait plus.
L'homme lui jeta un regard profond où se mêlaient des sentiments mélangés, mais rien d'agressif.
– Bon, je pense pas qu'il se rendrait à la Casa Azul, à Sagrès…
– L'ancie
– Ouais… ça lui aurait rappelé des mauvais souvenirs, mais en même temps…
Hugo le pria d'un simple regard de poursuivre sans toumer autour du pot.
– Comment dire? Travis était un passio
Hugo enregistra l'information, pointe de Sagrès.
– Mais bon comme je vous le disais tout à l'heure, ce n'est pas très loin de la Casa Azul et sans doute considère-t-il l'endroit comme hanté par la présence maléfique de sa femme…
– Il croit aux sorcières, à votre avis? L'homme lui jeta un regard intense.
– Vous ne co
– Bon, d'accord, soupira Hugo, on raye Sagrès… Quoi d'autre?
– Ben là, franchement, c'est là que je vois plus bien…
– Faites un effort.
L'homme lui jeta un bref coup d'oeil en réprimant un sourire.
– Ben, on peut dire que vous lâchez pas facilement prise vous…
– Je vous assure être parfaitement social et civilisé mais je suis, comment dire, sous la pression des événements, vous saisissez?
– Oui, je crois. L'homme lâcha un petit rire. Vous savez, ne vous en faites pas trop pour moi.
Il ouvrit un tiroir et ressortit sa main armée d'un pistolet automatique grisâtre, qu'il posa sur le bureau.
Hugo reco
– Ça ne sera pas du luxe… Bon, et pour cet endroit?
Il se devait d'honorer sa réputation.
Pinto soupira.
– Je n'sais pas… Peut-être un vague truc…
– Je vous écoute.
– Avant leur départ pour Barcelone, il m'avait parlé d'un coin vers Odeceixe, je crois, qu'il aimait bien et où il allait souvent. Y a trois ans environ, avant qu'y m' demande des conseils pour son bateau je l'ai rencontré par hasard dans le coin.
– Odeceixe?
– Oui, enfin un peu plus au nord, l'embouchure du Mira, vers le cap de Sines. On s'est croisé sur la route et on a discuté le coup.
Ça commençait à être une information digne de ce nom, ça.
– Parlez-moi en kilomètres.
– Par la 125 puis la 120 comptez deux cents bornes. Après Odeceixe il faudra bifurquer vers la mer, par une petite départementale.
Hugo se mit à réfléchir à toute vitesse.
– D'accord… Disons deux-trois heures.
Il regarda sa montre, le plus calmement possible.
Oh, putain, six heures passées, déjà…
Il enfonça son regard dans celui de Pinto et lui offrit le sourire le plus humain qu'il se co
– Dites-moi, Joachim, vous avez prévu quelque chose ce soir?
Assis à côté de lui, l'ancien skipper brésilien se mit à éclater de rire tout seul, alors qu'ils arrivaient en vue des environs de Tavira.
– Ah ça, on peut dire que vous êtes le type le plus persuasif que je co
Hugo fit un vague sourire en passant une vitesse.
– Vous aviez quelque chose de plus essentiel à faire, sinon?
Pinto posa sa nuque contre l'appuie-tête.
– Non, évidemment… Si Travis est dans la merde il est normal que je fasse quelque chose pour l'en tirer.
Et il tapota doucement le flingue passé à sa ceinture.
Hugo enclencha sans rien dire une cassette de Hendrix dans le lecteur.
À la sortie de la ville il aperçut une cabine téléphonique et se gara devant.
– Il faut que j'appelle Anita, lâcha-t-il en ouvrant sa portière.
Il composa le numéro et exécuta avec une impatience presque fébrile, ce qui l'éto