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CHAPITRE XV
La Casa Azul dominait la mer, joyau bleu et blanc, aux couleurs du ciel et de l'océan, tombé sur cette terre jaune et orange tel un météorite précieux et délicat.
Il était dix-sept heures trente lorsqu'elle gara l'Opel au pied d'un grand et vénérable cèdre.
La Casa Azul était une merveille du style colonial portugais. Elle était formée d'une bâtisse centrale et de deux ailes, entièrement recouvertes d'azulejos. Un vaste parc de cyprès, de cèdres et de chênes-lièges cernait la maison et une terrasse de pierre dominait la plage. Un splendide escalier de granit descendait vers la mer, jusqu'au sable blanc qui recouvrait ses dernières marches.
Au loin, vers l'ouest, les falaises surplombaient un mouto
Pour pénétrer dans le parc il avait fallu passer le mur d'enceinte, par une lourde grille de fer forgé et suivre une allée qui serpentait entre les arbres jusqu'au magnifique perron de la bâtisse. Une pancarte plantée dans le sol indiquait en lettres flamboyantes: CASA AZUL INSTITUTO TALASSO-TERAPEUTICO. Un soleil rouge et des vagues bleues très stylisées, comme logo.
La Casa Azul avait été construite dans les a
La Casa Azul était une entreprise d'un genre un peu particulier. Durant la morte saison, quand le centre de thalasso fonctio
L'intérieur était d'un luxe tranquille et insolent.
La jeune femme de la réception leva vers elle un regard éto
Anita répéta sa question:
– Puis-je parler au directeur de votre établissement?
La jeune femme se reprit:
– Je… je suis désolée mais M. Van Eidercke n'est pas là… C'est à quel sujet exactement. madame…
Van Eidercke pensa Anita. Un Néerlandais.
– Anita Van Dyke. Police d'Amsterdam… Je recherche des informations sur les anciens propriétaires de la Casa Azul… M. Travis et Mme Kristensen… Quand pourrais-je voir M. Van Eidercke?
– Oh pas avant plusieurs jours, madame. Il est en voyage d'affaires en Amérique du Sud… Désirez-vous que j'appelle M. Olbeido? M. Olbeido est le nouveau sous-directeur… Peut-être pourra-t-il vous renseigner?.
Nouveau?
Anita soupira, malgré elle.
– Depuis quand est-il là?
– Depuis le départ à la retraite de M. Gonçalvès, madame, le mois dernier.
– Bon… non je vous remercie, ce ne sera pas la peine. Et ce monsieur Gonçalvès, éventuellement vous pourriez me dire où je pourrais le trouver?
– J'ai peur que vous n'ayez vraiment pas de chance, il s'est offert une croisière avec sa femme. En Indonésie. Ça faisait des a
Anita réprima difficilement une plainte de désespoir.
Dites-moi, avait-elle envie de hurler à en faire exploser le lustre de cristal au-dessus d'elle, et la femme de ménage, elle est partie en orbite autour de Saturne, hein?
Elle prit sur elle, fermant les yeux et suspendant sa respiration un instant.
– Bon, laissa-t-elle tomber, une tasse de thé dans le parc c'est encore possible?
Après sa pause dans le parc, sous la douce fraîcheur d'un eucalyptus, pause pendant laquelle elle entreprit une synthèse des informations recueillies dans la journée, Anita retourna dans le hall demander à la jeune femme où elle pourrait téléphoner à l'étranger.
La femme lui indiqua une cabine au bout de l’immense pièce au sol de marbre et lui dit en souriant qu'on pouvait y appeler n'importe quel endroit du globe, à condition d'avoir assez de pièces.
Anita vérifia qu'elle possédait la mo
Au bout d'à peine deux so
– Spaak, j'écoute.
– Bonjour Peter, c'est Anita.
– Anita! Alors comment est le temps à Faro?
– Superbe, Peter, superbe,… Bon on se fait un point rapide?
Elle engagea une autre pièce.
– O.K… Qui commence? demanda Peter.
– Vas-y, toi…
– Tu vas être déçue… Je n'ai rien de plus brillant qu'hier. Sinon qu'on a reçu les bandes de la Barbade et que c'est bien Chatarjampa, mais c'est tout. On n'a toujours aucun témoignage sur sa disparition. Le noir absolu, tout simplement.
– Et les mecs du magasin, Koesler, Markens?
– Rien, nulle part. On n'a même pas retrouvé leur voiture. Pas un indice, que dalle.
– Putain…
– Tu l'as dit.
Une autre pièce.
– Bon, reprit Peter, j'ai quand même des informations, mais ne t'attends pas à un miracle…
– Vas-y.
– Notre cher Dr Vorster est un cas assez intéressant. Alors, Université d'Amsterdam, puis Essen, en Allemagne, enfin Columbia University de New York. Il a obtenu son doctorat et a exercé aux Pays-Bas, ensuite il s'est passé quelque chose dans les a
– Quel genre de truc?
– Pas très clair. La faculté où il do
Elle voyait tout à fait.
– Continue.
– Ben c'est tout. Il n'a pas été poursuivi, les parents ont retiré leurs plaintes et Vorster s'est barré à l'autre bout du monde, en Afrique du Sud.
Afrique du Sud?
Koesler n'avait-il pas également vécu en Afrique australe?
– Ouais je sais, enchaîna Spaak. Koesler aussi est passé par là… je t'entends réfléchir d'ici, tu sais…
– Creuse ça, s'entendit-elle lâcher, presque sèchement. Sinon?
– Rien… Enfin, juste des informations… comment dirais-je?…
Une autre pièce.
– … Ça concerne la partie financière, tu vois? Je me suis adjoint les services d'un vieux pote à la brigade fiscale et tout à l'heure on a eu une petite discussion intéressante… Bon… T'as quelques minutes, parce que c'est quand même un peu compliqué tout ça?
Anita soupesa la lourde ferraille dans sa poche.
– Vas-y Peter.
– O.K. La galaxie Kristensen c'est pas de la rigolade… Pour commencer, tout ce qu'on savait déjà. Alors, la société de production de films publicitaires et de vidéo-clips, ici aux Pays-Bas, avec ses filiales en Allemagne, et en France. La compagnie financière, établie en Suisse. Une société de services spécialisée dans le commerce international encore ici, à Rotterdam, mais dont le siège est au Luxembourg, en fait. Mais il y a aussi une société d'import-export de matériel électronique grand public, hi-fi, vidéo, etc., en Belgique… et une société-holding établie devine où, à la Barbade évidemment. À cela tu peux aussi ajouter une société d'investissements spécialisée dans le sud-est asiatique, domiciliée à Hongkong.
– Pas mal, pour commencer.
– Ouais… parce qu'en plus de ça, elle participe à trois ou quatre autres conseils d'administration. Alors: une compagnie d'investissements capital-risque en Allemagne, une société d'édition musicale à Londres. Plus ce qui reste des entreprises Bru
– Dis-moi, lâcha Anita, une idée venant de jaillir dans son esprit, elle posséderait pas des centres de soins ou de thalassothérapie, ici, au Portugal?
– Des centres…? attends je regarde ma liste… Non je ne vois rien de tel, mais attends justement, tu vas comprendre…
Une pause. Avec un bruit de papiers qu'on fouille. Anita en profita pour enfoncer une autre pièce.
– Anita?Voilà… C'est ce que m'a expliqué Cuypers. Certaines de ces sociétés, surtout les compagnies financières, tu vois, peuvent prendre de parts dans d'autres entreprises. Elle peuvent aussi contrôler d'autres sociétés qui à leur tour controlent ces entreprises. Comme des poupées russes, tu vois? En plus de ça, elle peut tout à fait user de prête-noms qui gèrent les sociétés officiellement… C'est un véritable labyrinthe. Cuypers m'a montré que la société suisse possédait des participations dans de nombreuses entreprises du monde entier et je ne te parle pas des simples portefeuilles d'actions… Demain, Cuypers et moi on va encore plancher là-dessus… Dis-moi t'es sur un truc avec ton histoire de thalassothérapie au Portugal?
– Je ne sais pas encore… Peter, tu pourrais voir si le nom de Van Eidercke apparaîtrait quelque part dans vos dossiers?…
– Van Eidercke? C'est un petit gars de chez nous, ça?
– Oui. C'est le nouveau patron de la Casa Azul, l'ancie
Une autre pièce.
– Van Eidercke. Caza Azul. Je chercherai. Tu as autre chose, sinon?
Anita fit un rapide résumé de son investigation de la journée, usant deux autres pièces, lui souhaita bo
Elle était en train de s'embourber, elle le savait.
Il se rendit compte assez rapidement que la vallée du haut Zêzere était un piège. Entre Castelo Branco et Covilha il y avait peu de voies de dégagement, sinon vers l'ouest et après c'était pire, dans la Serra Estrela, jusqu'à Guarda.
Il fallait qu'il se tire de cette route au plus vite. Et qu’il trouve un itinéraire bis potable, lui permettant de rejoindre Faro en toute sécurité. Disons, avec une marge raiso
Il avala deux cachets d'amphé.
Il n'y avait pas trente-six solutions. Il fallait qu'il repasse en Espagne. Et par des chemins détournés. Son œil chercha des solutions sur la carte dépliée à ses côtés. Il voulait éviter Guarda, grosse ville frontière, où ils étaient tous deux passés dans la journée. À Belmonte, il ne trouva qu'une petite route départementale défoncée qui s'enfonçait vers Sabugal, dans un décor de collines arides, parsemées de ruines de postes de guets, datant des conflits hispano-portugais, Sabugal, c'était en direction de l'Espagne. C'était toujours mieux que rien.