Страница 42 из 97
Oliveira, pensa-t-elle en prenant place dans l’Opel. Oliveira aurait sans doute pu l'aider, mais il etait à Lisbo
Elle roula doucement jusqu'à l'ancie
Mais elle vit une grosse Mercedes bleu sombre devant la jolie maison aux délicates décorations d'azulejos, isolée face à la plage. La Mercedes portait encore des plaques allemandes. Bavière. Munich. Elle gara sa voiture à quelques mètres, se dirigea vers la petite muraille qui cernait la maison et poussa sur le battant du frêle portail de bois. Elle suivit une allée carrelée de brique rouge jusqu'à une petite véranda, qui ouvrait l'accès à la maison. Elle frappa à une antique porte peinte en bleu, au moyen du lourd battant de fer, un peu rouillé. Elle aperçut une silhouette entrer dans la véranda et se diriger vers la porte.
Une femme. Ombre verte. La silhouette fut ensuite masquée par le couloir qu'elle emprunta pour venir ouvrir la porte.
II y eut un léger grincement quand elle s'encadra dans l'ouverture.
Une femme blonde, aux cheveux teints platine, la cinquantaine, mais éto
Anita se présenta aussitôt, en allemand:
– Bonjour madame, veuillez m'excuser… Je m'appelle Anita Van Dyke et je suis de la police criminelle d'Amsterdam… (elle tendit sa carte). Serait-il possible que je m'entretie
La femme détailla la carte, la dévisagea un instant d'un regard vaguement intrigué puis laissa passer un maigre sourire.
– Police criminelle… d'Amsterdam? C'est à quel sujet, madame?
– Eh bien… c'est au sujet de l'ancien propriétaire de cette maison, j'aimerais vous poser quelques questions, si vous n'y voyez pas d'inconvénients…
La femme continua de la dévisager, prenant sa décision, puis s'effaça avec grâce, optant pour la courtoisie:
– Je vous en prie… Entrez…
Elle la précéda vers l'autre face de la maison, qui do
– Désirez-vous que j'appelle mon mari? Il n'est sans doute pas très loin, en train de pêcher quelque part sur la plage…
Anita avait enclenché un sourire amical.
– Non, non, je vous en prie, je crois que ce ne sera pas utile…
La femme se détendit.
– Bien. Alors… Que puis-je à votre service, inspecteur?
Le léger sourire ne l'avait pas quittée et témoignait autant d'une certaine sollicitude pour la femme que d'un froid respect pour l'insigne de flic.
– Voilà, attaqua Anita… Je suis à la recherche de l'homme qui vous a vendu la maison il y a quelques mois… Stephen Travis. Le notaire et l’agence n'ont pas pu me do
La femme ne dit rien, puis doucement, en écartant ses longs doigts où brillaient deux splendides bagues d'or et de vermeil:
– Vous êtes néerlandaise… Préférez-vous que nous continuions dans cette langue?
Un hollandais racé. Anita lui jeta un sourire éto
– Je suis née à Groningue… J'ai déménagé en Allemagne quand j'ai rencontré mon mari.
Elle lança son regard vers la mer, où son mari avait certainement planté ses ca
– Eh bien ce n'est pas de refus, souffla Anita dans sa langue maternelle avec un éclair complice dans le regard. Je vous remercie madame Bauma
– Vous savez j'ai bien peur de ne rien pouvoir vous apprendre de plus… Nous n'avons jamais plus revu M. Travis… Il avait déjà pratiquement tout déménagé quand nous avons fait sa rencontre, une seule fois… Une seule fois avant le notaire, corrigea-t-elle. Quand nous avons visité la maison…
Puis, tandis qu'Anita cherchait un autre angle d'attaque:
– Désirez-vous boire quelque chose, madame Van Dyke?
– Non je vous remercie… Bien… Il ne vous a jamais appelés? Je ne sais pas, pour un objet qu'il aurait oublié, ou un autre renseignement quelconque? Du courrier à faire suivre…
– Non, rien, jamais, je vous assure… Mais, c'est drôle votre question, ça me rappelle l'homme qui est passé avant-hier… Il m'a demandé la même chose…
– Un homme? Quel homme? demanda Anita. Un autre policier?
– Non… non… Pas un policier, un inspecteur du Trésor… Il disait que M. Travis avait un crédit d'impôts important, parce qu'ils s'étaient trompés pendant plusieurs a
– Un inspecteur du Trésor? Néerlandais?
– Oui. Moi aussi je lui ai dit que M. Travis était anglais mais il m'a répondu qu'il était résident d'Amsterdam depuis très longtemps…
– Hmm, je vois… Vous pourriez me faire une description de cet homme?
La femme eut un sourire fataliste.
– Ah, vous aussi, vous croyez que c'était du bidon? Il m'inspirait quelque chose de pas… comment dire? Vous savez… Il ressemblait à un inspecteur du Trésor, mais, bon, il ne s'exprimait pas tout à fait comme un fonctio
Anita laissa éclater un petit rire cristallin et la femme se joignit volontiers à elle.
– Alors comment était-il?
La femme réfléchit un instant, synthétisant une rapide photo mentale:
– Grand. Cheveux courts… Châtains. Yeux clairs. Quarante ans, à peine. Assez athlétique. Un visage carré, des mains puissantes, pas celles d'un fonctio
Un rapide clin d' œil.
– Quel genre, les mains, à votre avis?
La femme ne semblait pas dépourvue de perspicacié.
– Je ne sais pas… Pas un ouvrier non plus… Pas abîmées… Juste très puissantes… Un sportif… Actif… C'est drôle, j'ai pensé à des mains de militaire, mon mari est commandant dans les forces aérie
Anita intégra l'information en silence.
– Qu'est-ce qu'il vous a dit d'autre cet inspecteur du Trésor?
– Rien, ça a duré à peine deux minutes. Je ne l'ai même pas fait entrer… Il m'a juste dit qu'il avait ce chèque pour M. Travis puis m'a posé les deux-trois questions dont je vous ai parlé… Je lui ai conseillé de s'adresser au notaire ou à l'agence, quoique je savais qu'ils ne pourraient rien lui dire de plus que moi. L'homme m'a remerciée, très poliment, et est reparti vers sa voiture…
Ni le notaire ni l'agence ne lui avaient parlé de cet agent du fisc. Et ils l'auraient à coup sûr signalé s'ils l'avaient vu. Le type n'était pas passé les voir…
– Éventuellement, vous souviendriez-vous du modèle de la voiture? Sa couleur?
Un instant de réflexion.
– Le modèle, je ne pourrais pas vous dire… La couleur, claire, il me semble, blanche, grise, crème, ou une teinte pastel…
Bon, pensa-t-elle, elle n'avait pas retrouvé Travis, mais il y avait du nouveau.
Quelqu'un d'autre cherchait Travis.
Et elle devinait qui manœuvrait en coulisse derrière ce faux inspecteur du Trésor.
Quand elle quitta la maison des Bauma
Le piège se referma sur Alice à quatorze heures quinze exactement. Le car venait de franchir le Zêzere. Les cultures en terrasses et les lauriers roses s'étageaient sur les versants abrupts de la vallée. L'homme assis devant elle demanda l'heure à son voisin alors que l'autocar s'arrêtait à la dernière station avant le passage de la Serra de Gardunha. Un simple pa
C'est à cet instant qu'elle se retourna, sur la longue banquette qui fermait l'arrière du car et qu'elle vit la grosse voiture bleue, qui s'obstinait à ne pas vouloir doubler depuis la sortie de Guarda, s'arrêter à moins de cinquante mètres derrière eux.
Elle vit également, sans pouvoir faire le moindre geste, un des deux hommes descendre de la voiture et se précipiter vers le car.
L'homme avait le teint clair, des yeux bleus, était vêtu d'un costume gris passé de mode depuis une bo
Alice détourna ses yeux de l'homme en gris, foudroyée par la peur et elle le vit passer à rapides enjambées le long du car, rejoignant un vieux couple portugais qui se hissait difficilement vers la cabine du conducteur.
L'homme paya son billet jusqu'à Évora et lui offrit un petit sourire alors qu'il venait implacablement à sa rencontre, entre les rangées de fauteuils.
Son sourire s'effaça brutalement lorsqu'il prit place sur un siège vacant, côté couloir, à cinq rangees devant elle. Il lui tourna le dos, ouvrit une petite revue touristique qu'il extirpa de sa poche, et ne lui jeta plus le moindre coup d'œil.
Le car redémarra, dans un violent cahot et un nuage de fumée, désormais habituels, et la voiture bleue épousa le mouvement, comme si elle était mue par un treuil invisible. L'homme tenait un de leurs sempiternels petits micros devant la bouche.
Alice ferma les yeux en se retournant dans le sens de la marche. Sa mâchoire se contractait d'elle-même, sous l'assaut d'une méchante décoction de terreur et de désespoir.
Elle s'était définitivement mise dans la gueule du monstre.
Il n'y avait pas de plus beau piège que cet autocar.
Il ne put faire mieux que d'arriver à Guarda près d'une heure après le départ du car.
Avant de passer la frontière il avait dû s'arrêter à une station Texaco, le réservoir à sec. Ce n'était vraiment pas le moment de tomber en rade. Il avàit acheté une bouteille d'Évian et en avait vidé goulûment presque la moitié, vaguement assis sur le capot.
La station-service dominait Vilar Formoso, au sommet d'une côte qui descendait droit vers la ville-frontière, encaissée dans les contreforts de la Serra Estrela. C'est avec une impatience mal contenue qu'il attendit que l'employé ait fait le plein, les yeux fixés sur les toits qui luisaient sous le soleil, à peine cinq kilomètres plus bas.