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Sa peau était si blanche que le réseau de ses veines créait de délicates nuées capillaires sur ses joues et sous les yeux. D'autre part, Hugo discernait pour la première fois quelques taches de rousseur, très pâles, disséminées sur les pommettes. Sans doute un effet de la lumière orange des projecteurs au sodium.

Son regard était brouillé par une peur intense, une angoisse si pure qu'elle submergea l'habitacle, comme si un fumigène puissant venait d'être lancé sur la banquette.

Hugo n'hésita pas très longtemps. Il gara la voiture sur la bande d'arrêt d'urgence, mit les warnings en position et sortit ouvrir le coffre, d'où il extirpa une flasque de métal d'un sac brun qu'il avait entreposé avec les valises.

Un bon Jameson de neuf ans d'âge.

A lui aussi, au demeurant, ça ferait du bien.

Lorsque la chaleur du vieil alcool irlandais eut fini de colorer ses joues, Alice se mura dans un mutisme absolu, saoulée par les vapeurs, so

Hugo la vit osciller sur la banquette et sa tempe alla se presser contre la vitre.

Hugo l'observa attentivement. Il comprit que ce n’était pas tout à fait l'heure de l'abreuver de questions, aussi redémarra-t-il dans la seconde pour reprendre la route du Rhin.

Afin de détendre l'atmosphère, il enclencha une cassette dans le lecteur. Un truc doux, pas trop triste et absolument détendu, s'était-il dit en farfouillant dans le boîtier de cassettes.

Il avait opté pour le plus léger et le plus délicat des albums de Prince, Around the World in a Day et il espérait que les mélodies sucrées de cette pop-music aux sonorités orientalisantes rendraient la bande noire de l'autoroute un peu moins mécanique et monotone.

Au bout d'un quart d'heure, il l'avait vaguement entendue s'ébrouer derrière lui et sa petite voix rauque s'était élevée sur les dernières mesures de Raspberry Beret :

– Nous allons où maintenant, Hugo?

Hugo réprima un sourire. Son visage venait d'apparaître dans le rétroviseur et elle le voyait aussi bien que lui pouvait la voir. L'étincelle d'intelligence semblait reprendre vie dans les prunelles cristallines.

– À Düsseldorf, répondit Hugo, nous faisons un petit crochet stratégique.

Il l'entendit bizarrement soupirer derrière lui puis se replacer contre la vitre de la portière.

Au bout de quelques secondes elle laissa tomber, froidement:

– Je ne pense pas que ce soit une très bo

Hugo ne sut quoi répondre sur le moment. Évidemment. Ce n'était pas tout à fait la route du Portugal, mais il lui était absolument impossible de lui révéler quoi que ce soit au sujet du réseau, ou de Vitali Guzman.

Aussi se décida-t-il à improviser, en misant sur le bon vieux coup de la confiance, qui pouvait tout à fait ne s'avérer qu'une impasse, avec une gosse de cette trempe.

– Tu as confiance en moi, Alice?

Il se retourna à peine. Il discerna l'ombre d'un mouvement parcourir la silhouette.

– Bon… Je vais voir quelqu'un qui va pouvoir nous aider. Il s'appelle Vitali. Tu comprendras sur place… O.K.?

Puis tandis qu'elle se replaçait au centre du rétro, leurs regards se croisaient à nouveau sur le petit rectangle de glace.

Il baissa un peu le volume du radiocassette.

– D'ici-là, si tu n'y vois pas d'inconvénient, j'aimerais que tu me dises réellement de quoi il s'agit. Qui es-tu? Qui sont ces types armés qui te pourchassent? Qui est ta mère… Quel foutu secret toute cette affaire recouvre-t-elle, d'accord?

Il avait tout fait pour conserver l'inévitable ton froid et détaché. Et cela fonctio

La voix cassée par l'émotion et l'épuisement Alice déroula à nouveau l'étrange canevas de son existence à quelqu'un qu'elle co

Pour une raison qu'elle ne put s'expliquer, elle délivra à l'inco

Cela faisait déjà un bout de temps, en effet, qu'Alice faisait des rêves.

C'était ça, évidemment, qui avait en fait tout déclenché.