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Néanmoins la pensée richie

L'encadrement voyait ces jeux i

Ceux qui se piquaient d'avoir leur bac + 3 ne manquaient pas de les rejoindre et écoutaient, le visage grave. À la fin, ils posaient une question, toujours la même:

– Lacan ou pas, fait-on la nique aux dollars? Richier les regardait avec des yeux au ciel et

reprenait son explication érudite depuis le début.

Un jour., pendant l'homélie traditio

– Il y a vingt ans, perso

– Putain d'historien, dit Wagner en remuant les braises avec un couteau.

Il attendit que celui-ci fût chauffé à point, puis il attrapa le bras de Richier qui ne se doutait de rien et appuya la lame. Richier hurla un bon coup. Les camarades furent partagés entre fou rire et indignation. Le sergent Ducasse consigna Wagner aux travaux de déminage.

– Il est juste qu'il soit blessé, l'intello, marmo

On aurait dit qu'il fécondait la Terre.

L'ho

Il y eut aussi la traditio

La journée avait été tranquille et les hommes n'étaient pas méchants. Le matin, Wolf avait reçu une chanson de Stéphanie, Nougayork de Claude Nougaro, qu'il fredo

– Mazette, fit Richier, c'est des Matisse, des Picasso.

Il s'arrêta dans le couloir pour palper les reproductions.

Les poulettes n'avaient pas l'air partageuses. Elles criaient des trucs en dollar, avec des gestes d'intolérance. Alors Musson leur dit:

–  Sei gesund, ich bin ein Berliner, nous sommes amis. Moi – ami, tu comprends? Wolf, ami. Nous, Français. Franche. Verstehen Sic? Lentilles au lardons, le bon vin bien de chez nous, le Tour de l'île, Marcel Marceau, frenche quoi… Elles compre

Le bon soldat fut outré.

– Que moi je lui fais peur?… J'te fais peur, pétasse? J'te fais pas peur. J'te fais peur, joconde? Voyez voir ces chochottes, peur d'un soldat français. Le comble. Alors qu'on est là pour les aider. «Soldats de la paix», ça ne vous dit rien, mochetés?

– Arrête de jouer au dur, Wagner, intervint Wolf. Ce n'est pas pa'ce qu'elles sont dollardes que t'es en droit de les insulter. D'ailleurs, le petit ensemble lui va très bien, à la rouquine.

Mais Wagner ne se calmait pas. Il serrait les filles dans un coin de l'appartement tout en lançant de grands discours patriotiques.

Quelques tirades plus tard, il fallut se rendre à l'évidence: Wagner l'avait dure comme une molaire, et il n'était pas le seul. La démangeaison avait saisi les hommes libres. Wolf lui-même avait dans la tête certaines visions de Stéphanie mélangées à des morceaux d'Antillaises.

Les dollardes ne les aidaient pas non plus. Elles se tortillaient dans leur délicat appartement tout décoré, elles frôlaient les soldats qui n'avaient pas baisé depuis la Guadeloupe, elles faisaient crier leurs jolies voix, et plus elles se mettaient en colère, plus les hommes s'échauffaient.

On trouva une chambre à coucher, un Ut de deux mètres vingt king size. On se bouscula pour y plonger en poussant ses conquêtes. Des mots durs furent alors échangés, peut-être même quelques gifles. La parade nuptiale fut réduite au strict minimum. On aurait dit que perso

– Le désir n'est pas réparti uniformément entre les sexes. Si les femmes avaient autant envie que nous, le monde serait un vaste lupanar.

Soudain Wagner s'arrêta de malaxer:

– Qui peut me prêter une capote?

Les hommes se regardèrent, surpris. Perso

– Où sont tes capotes, comment tu dis déjà, protection, small protekcheune – où?

Aurait-il voulu insinuer que la responsabilité de la contraception incombait à la femme qu'il ne se serait pas pris autrement. La fille écarquillait, elle se demandait s'il fallait profiter de ce moment de répit pour crier davantage.

– Moi, désolé, sans capotes je peux pas, dit Wagner, et il jeta la fille sur la moquette comme si elle était un sac rempli de bactéries.

Les autres, vaguement impressio

– Bon Dieu, qu'est-ce que vous fichez là? C'était la voix placide du sergent Ducasse. Il venait d'entrer dans l'appartement avec le reste de la section. Ce fut comme si on avait plongé sept érections dans un jet d'eau glacée. L'atrocité de la guerre devint soudain palpable.

Le sergent vit les deux filles vêtues de lubricité et il comprit aussitôt la teneur des événements.

– Rien de bien méchant, chef, dit Musson en se rajustant.

– C'est elles, sergent, qui nous ont provoqués, dit Wolf.

– Éros et Thanatos sont les deux substances qui régissent le cosmos, plaida Richier.

Le sergent ne fut pas spécialement ému. Il constata qu'il n'y avait pas eu pénétration, et il en fut visiblement soulagé. Slips déchirés et poitrines frictio

– Ouste, dit-il calmement. On nous attend sur le toit pour paramétrer l'ante

Les soldats se précipitèrent, un peu fayots, contents d'avoir échappé à l'irréparable.

– Y n'étaient même pas belles, grommelait Wagner comme pour se justifier.

Et pendant que l'on calait l'ante

Une demande de permission

48 heures sans dormir, terré dans une grange. Les températures sont de cinq à dix degrés au-dessus des moye

«Chers parents,

La France avance. Le nord de la Géorgie a été sécurisé avec des pertes de l'ordre de 10 %, ce qui constitue une performance remarquable. Hélas, notre section a payé un lourd tribut. Vasseur n'est plus. Morisot a été sérieusement blessé par un éclat aux jumelles. Il hurle la nuit quand la pastille jaune n'agit plus. Il s'agite tellement qu'on a l'impression d'être touchés nous aussi. On ne peut s'empêcher de contrôler la marchandise. Alors on dort mal et l'on fait des rêves abominables. C'est ridicule et très humiliant.

Autre incident: Li Tuc s'est retrouvé avec des centaines de petits morceaux d'obus, chacun pas plus gros qu'une agrafe, partout dans sa peau jaune. Le médecin dit que ça ne partira jamais, c'est comme un tatouage. Je l'ai pris en photo pour mon album de souvenirs. Il n'arrête pas de se gratter, parfois jusqu'au sang. Il faut lui mettre des moufles. Pas commode par cette chaleur. Il nous insulte en oriental, il nous crache à la figure, il se débat comme un dragon, mais les ordres du médecin sont les ordres: on l'attache au lit. Calmos, lui dit-on, au moins tu es le mieux armé génétiquement pour supporter cette fournaise.

J'ai parfois l'impression qu'ils nous auront à l'usure. On a beau être plus motivés, ça ne suffit pas. On rame dans leurs espaces démesurés. Dans les zones que l'on croit sécurisées, on tombe toujours sur des débris de l'ancie