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Le seconde classe Wagner, bientôt suivi par d'autres, déchargea son fusil en l'air en signe de victoire. Spontanément, on fit une ronde autour de la bête, et l'on dansa, dansa…

Ceux qui avaient des appareils photo s'immortalisèrent sur fond de carcasse, tandis que Richier, tout intellectuel qu'il était, grimpa sur la tête du monstre et fit une galipette.

– Il faut inspecter l'intérieur, s'avisa soudain Ducasse.

Il avait raison, comme d'habitude. On se bouscula autour de la carcasse pour sortir les corps des pilotes. On voulait les toucher, les pincer, ces e

Ils n'avaient pas l'air méchants, ces dollars allongés face aux nuages. «Mort aux dollars», cria encore Musson. Il prit son famas et fit une rafale sur un corps inerte. Richier, moins porté au maniement des armes, se contenta d'un simple crachat. Quant à Wagner, il entreprit de fouiller le corps de celui qui paraissait le plus gradé. Il enleva la montre, qui déménagea furtivement à son poignet, et paradait maintenant avec une plaque en aluminium où l'on pouvait lire le nom de l'e

– Récupérez la radio, ordo

– Qu'ils vie

–  Ouais, fit Wolf, on sait comment les mater. À coup de famas dans la gueule, oputain.

Ayant survécu à cette première escarmouche, ils étaient devenus invincibles.

Ducasse – encore lui – téléphona au colonel Dujardin pour lui rapporter la bo

Le colonel félicita ses hommes chaleureusement. Il leur demanda de poursuivre vers Atlanta en faisant attention. Puis il entra les do

L'état-major eut une pensée silencieuse pour les pertes humaines, toujours regrettables. Et que penser du char Leclerc dont le blindage s'était montré tellement insuffisant en situation de guerre réelle. Une déception supplémentaire. «Ça pénalisera nos exportations», conclut l'état-major. Il y eut à ce sujet de longues discussions au ministère de la Défense qui aboutiraient à de profondes modifications dans la manière d'aborder ce conflit. Mais nous n'en étions pas encore là. Pour le moment, sur le terrain, les Français célébraient leur victoire et cajolaient leurs morts.

Le Nord et le Sud

Après le combat, d'un seul jet:

« Mes chers parents vivants,

Nous avons progressé sur plus de cinquante kilomètres vers Atlanta. On marche sur les bajoues des faubourgs. Partout, on nous accueille sinon avec sympathie du moins avec un intérêt prononcé pour notre position, notre culture.

La résistance armée est faible, même si, ça et là, on croise leurs sinistres hélicoptères. Si vous croyez que nous en avons peur! C'est mal nous co

Vous écrivez que Jean-Ramsès a été impressio

On a enterré chanté le sergent. La cérémonie était très émouvante. On a fait la Marseillaise et la Prière de l'aspirant, bien qu'il n'ait été que sergent. Puis on a lâché le sac plastique contenant le corps. La terre étrangère l'a happé, enfin «terre» n'est pas le bon mot car on est dans un terrain très sablo

À ce propos, je suis très content que Jean-Ramsès s'occupe de vous améliorer l'ordinaire, grâce à ses relations. C'est un bon copain. Il y a un type, ici, un certain Richier, qui lui ressemble pas mal dans sa façon d'aborder les problèmes, toujours à construire de grands ponts invisibles qui ne servent à rien. Bon, j'exagère, c'est utile parfois.

La semaine dernière, on nous a distribué une petite brochure destinée aux habitants des pays que nous traversons, la Floride, la Géorgie, etc., où l'on explique pourquoi le Sud confédéré doit devenir indépendant du Nord, ce Nord yankee, inculte et intéressé par l'exploitation économique des pauvres. Je te passe les détails mais c'est très bien formulé, avec un paragraphe spécial sur les efforts de la France en ce sens, la France qui à l'époque de la guerre de Sécession avait déjà compris toute la nature hypocrite de l'État dollar, lequel État, qui n'a d'État que le nom et qui ferait mieux de s'appeler Barbarie, je cite là de mémoire, lequel État, sous prétexte de libérer les négros très noirs, voulait mettre ses pattes crochues sur le pétrole et les champs de coton. Je peux te dire que les gens d'ici ont été très très réceptifs. Ils écoutaient Richier leur réciter le topo en dialecte dollar, ils applaudissaient. Certains allaient chercher des vivres cachés au fond des caves pour nous les offrir. Notre progression en zone urbaine en a été grandement facilitée.

Le flegmatique caporal Ducasse est devenu sergent. Je ne l'adore pas, ce Ducasse – jamais une émotion chez lui, rien que du ratio

Je vous embrasse.

Wolf.»

Chez l'oncle Walt

Pourquoi avait-on ainsi la sensation d'avancer alors que les paramètres extérieurs, la vitesse, les positions respectives des immeubles, le sifflement du vent aux oreilles, tout nous indiquait que l'on marchait à reculons? On entrait dans la roulotte du capitaine, son visage plat comme une carte d'état-major se projetait devant nous, on se mettait au garde-à-vous protocolaire, et l'on recevait l'ordre suivant:

– Guillemot, vous allez me prendre une vingtaine de morons et vous vous zappez à Disneyland, Orlando.

– Oui, mon capitaine.

– Vous vous êtes rasé avec une biscotte.

– Non, mon capitaine,

– Vous savez ce que vous avez à faire.

– Oui, Orlando est à deux cents kilomètres au sud de notre position.

– Vous savez ou vous savez pas.

– Je sais, mon capitaine. Et le reste de la compagnie? Le sergent Ducasse?

– La région est sécurisée par un escadron de gendarmes mobiles. Vingt hommes devraient suffire. Exécution. Ah oui, Guillemot!

– Oui, mon capitaine.

– Vous êtes promu caporal. Passez prendre un velcro à l'intendance.

On sortait de la roulotte, on jetait un dernier regard sur son visage plat où était inscrite en caractères incompréhensibles une partie de notre avenir, on marchait en oscillant comme un point d'interrogation vers les habitations réquisitio

– Morisot. Furtier. Badulot. Nimier. Josse. Vas-seur. Pusard. Noussot. Klein. Za

– Présent.

– Fais pas ton intello. Douze, treize, quatorze. Encore six. Wagner. Li Tuc. Musson. V'nez là. Barbier. Jarnac. Tavernier. V'nez là qu'on vous dit.

– La lettre à ma mère.

– On l'encule, ta mère, on part à Disneyland. -Ouah!

– Richier, tu me prends la brochure numéro deux, «Lutte contre l'hégémonie culturelle».

On comprenait soudain que même si l'on partait plus de deux cents kilomètres au sud, le destin, lui, resterait soudé à notre perso