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C’est à elle-même qu’elle s’en prenait de ses égarements, et vis-à-vis de sa conscience, elle en acceptait la responsabilité, se disant: c’est ma faute, c’est ma très grande faute!

Ces sentiments, Raoul les avait bien pénétrés pour être en mesure de les exploiter.

Pendant un mois que dura l’absence de Louis, il ravit Mme Fauvel par des félicités dont elle ne pouvait avoir idée.

Jamais cette mère de famille, si véritablement i

Comme elle habitait la campagne et que M. Fauvel, partant dès le matin, lui laissait la disposition de ses journées, elle les passait près de Raoul à sa maison du Vésinet. Souvent, le soir, ne pouvant se rassasier de le voir, de l’entendre, elle exigeait qu’il vînt dîner avec elle et qu’il restât à passer la soirée.

Cette vie de mensonge n’e

Mais aussi, quel succès! Madeleine, la prudente et défiante Madeleine, sans revenir absolument sur le compte du jeune aventurier, avouait que peut-être, se fiant trop aux apparences, elle avait été injuste.

D’argent, il n’en avait plus été question. Cet excellent fils vivait de rien.

Raoul triomphait donc lorsque Louis arriva d’Oloron, ayant eu le temps de combiner et de mûrir un plan de conduite.

Bien que très riche maintenant, il était résolu à ne rien changer, en apparence du moins, et quant à présent, à son genre de vie. C’est à l’hôtel du Louvre qu’il s’installa, comme par le passé.

Le rêve de Louis, le but de son ambition et de tous ses efforts, était de prendre rang parmi les grands industriels de France.

Il faisait so

Pour l’avoir expérimenté à ses dépens, il savait que notre siècle peu romanesque n’attache de prix à des armoiries qu’autant que leur possesseur les peut étaler sur une belle voiture.

On est très bien marquis sans marquisat, on n’est maître de forges qu’à la condition d’avoir une forge.

Louis, maintenant, avait soif de considération. Toutes les humiliations de son existence, mal digérées, lui pesaient sur l’estomac.

De Raoul, il ne s’en préoccupait pas aucunement, il en avait besoin encore, il était décidé à utiliser son habileté, puis il se proposait soit de s’en débarrasser au prix d’un gros sacrifice, soit de l’attacher à sa fortune.

C’est à l’hôtel du Louvre qu’eut lieu la première entrevue entre les deux complices.

Tout prouve qu’elle fut orageuse.

Raoul – un garçon pratique – prétendait qu’ils devaient se trouver bien heureux des résultats obtenus, et que poursuivre des avantages plus grands serait folie.

Mais cette modération ne pouvait convenir à Louis.

– Je suis riche, répondit-il, mais j’ai d’autres ambitions. Plus que jamais, je veux épouser Madeleine. Oh! elle sera à moi, je l’ai juré. D’abord je l’aime; puis, devenant le neveu d’un des plus riches banquiers de la capitale, j’acquiers immédiatement une importance considérable.

– Poursuivre Madeleine, mon oncle, c’est courir de gros risques.

– Soit!… il me plaît de les courir. Mon intention est de partager avec toi, mais je partagerai le lendemain seulement de mon mariage. La dot de Madeleine sera ta part.

Raoul se tut, Clameran avait l’argent, il était maître de la situation.

– Tu ne doutes de rien, fit-il d’un air mécontent, t’es-tu demandé comment tu expliqueras ta fortune nouvelle? On sait, chez monsieur Fauvel, qu’un Clameran que tu ne co

Louis haussa les épaules.

– À force de chercher le fin du fin, mon neveu, prononça-t-il, tu arrives à la naïveté.

– Explique, explique!…

– Oh! facilement. Pour le banquier, pour sa femme, pour Madeleine, le Clameran d’Oloron sera un fils naturel de mon père, – mon frère, par conséquent – né à Hambourg et reco

– C’est audacieux.

– En quoi?

– On peut aller aux renseignements.

– Qui? le banquier? Dans quel but? Que lui importe que j’aie ou non un frère naturel? J’hérite, mes titres sont en règle, il me paye et tout est dit.

– De ce côté, en effet…

– Penses-tu donc que madame Fauvel et sa nièce vont se mettre en quête? Pourquoi? Ont-elles un soupçon? Non. La moindre démarche, d’ailleurs, peut les compromettre. Même maîtresses de nos secrets, je ne les crains pas, puisqu’elles ne peuvent s’en servir.

Raoul réfléchissait, il cherchait des objections et n’en trouvait pas.

– Soit! fit-il, je t’obéirai; mais il ne faut plus que je compte maintenant sur la bourse de madame Fauvel.

– Et pourquoi, s’il te plaît?

– Dame! maintenant que toi, mon oncle, tu es riche…

– Eh bien! s’écria Louis triomphant, qu’est-ce que cela fait? Ne sommes-nous pas brouillés, n’as-tu pas dit assez de mal de moi pour avoir le droit de refuser mes secours? Va! j’avais bien tout prévu, et quand je vais t’avoir expliqué mon plan, tu diras comme moi: «Nous réussirons!…»

– J’écoute.

– C’est moi qui, le premier, me suis présenté à madame Fauvel pour lui dire, non pas: «la bourse ou la vie», ce qui n’est rien, mais «la bourse ou l’ho

– Répulsion est faible, cher oncle.

– Je le sais. C’est alors que t’ayant cherché et trouvé, je t’ai poussé sur la scène. Ah! je ne veux pas te flatter, tu as obtenu du premier coup un fier succès. J’assistais, caché derrière une portière, à votre première entrevue; tu as tout bo

– Et sans toi…

– Laisse-moi donc dire. C’était là le premier acte de notre comédie. Passons au second. Tes folies, tes dépenses – un aïeul dirait tes débordements – n’ont pas tardé à changer nos situations respectives. Madame Fauvel, sans cesser de t’adorer – tu ressembles tant à Gaston! – a eu peur de toi. Peur à ce point qu’elle s’est jetée entre mes bras, qu’elle s’est résignée à avoir recours à moi, qu’elle m’a demandé aide et assistance.

– Pauvre femme!…

– J’ai été fort bien, avoue-le, en cette circonstance. J’ai été grave, froid, paternel, avunculaire, indigné, mais attendri. L’antique probité des Clameran a noblement parlé par ma bouche. J’ai flétri comme il convient ta coupable conduite. Pendant cette période, j’ai triomphé à tes dépens. Revenant sur ses impressions premières, madame Fauvel m’a aimé, estimé, béni.

– Ce temps est loin.

Louis ne daigna pas relever l’ironique interruption de son neveu.

– Nous arrivons, poursuivit-il, à la troisième phase, pendant laquelle madame Fauvel, ayant Madeleine pour la conseiller, nous a presque jugés à notre juste valeur. Oh! ne t’y trompe pas, elle nous a redoutés et méprisés autant l’un que l’autre. Si elle ne s’est pas mise à te haïr de toutes ses forces, c’est que, vois-tu, Raoul, le cœur d’une mère, surtout dans la situation où se trouve madame Fauvel, a des trésors d’indulgence et de pardon à rendre le bon Dieu jaloux. Une mère seule peut, en même temps, mépriser et adorer son fils.

– Elle me l’a, sinon dit, au moins fait comprendre, en termes tels que j’ai été ému… moi!

– Parbleu! Et moi, donc! Enfin, c’est là que nous en étions; madame Fauvel tremblait, Madeleine, se dévouant, avait congédié Prosper et consentait à m’épouser, quand l’existence de Gaston nous a été révélée. Depuis, qu’est-il advenu? Tu as su, aux yeux de madame Fauvel, te faire plus blanc que les neiges immaculées, et tu m’as fait, moi, plus noir que l’enfer. Elle s’est reprise à admirer tes nobles qualités, et à ses yeux et aux yeux de Madeleine, c’est moi dont la pernicieuse influence te poussait vers le mal.