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C’était vrai, ce que disait le marquis, terriblement vrai; pourtant les éclairs de ses regards ne firent pas baisser les yeux de Mme Fauvel.

– Peste! poursuivait-il, on voit qu’il vous tient furieusement au cœur, ce cher monsieur Bertomy! Entre l’ho

– Advie

– Vous ferez ce que je veux! s’écria Clameran, éclatant à la fin, il ne sera pas dit qu’un accès de sensiblerie nous aura tous plongés dans le bourbier. La dot de votre nièce nous est indispensable, et, d’ailleurs, votre Madeleine… je l’aime.

Le coup était porté, le marquis jugea qu’il serait sage d’en attendre l’effet. Grâce à son surprenant empire sur soi, il reprit son flegme habituel, et c’est avec une politesse glaciale qu’il ajouta:

– À vous maintenant, madame, de peser mes raisons. Croyez-moi, consentez à un sacrifice qui sera le dernier. Songez à l’ho

– Vous viendrez inutilement, monsieur; dès que mon mari sera rentré, il saura tout.

Si Mme Fauvel eût eu son sang-froid, elle eût surpris sur le visage de Clameran l’expression d’une poignante inquiétude. Mais ce ne fut qu’un éclair. Il eut le geste insoucieux qui, clairement, signifie: «comme vous voudrez!» et il dit:

– Je vous crois assez raiso

Il s’inclina aussitôt cérémonieusement et sortit, tirant sur lui la porte, avec une violence trahissant la contrainte qu’il s’imposait.

Clameran avait d’ailleurs raison de craindre. L’énergie de Mme Fauvel n’était pas feinte.

– Oui! s’écria-t-elle, enflammée de l’enthousiasme des grandes résolutions, oui, je vais tout dire à André.

Mais en ce moment même, et lorsqu’elle avait la certitude d’être seule, elle entendit marcher près d’elle. Brusquement, elle se retourna. Madeleine s’avançait, plus pâle et plus froide qu’une statue, les yeux pleins de larmes.

– Il faut obéir à cet homme, ma tante, murmurait-elle.

Des deux côtés du salon se trouvaient deux petites pièces, deux salles de jeu qui n’en étaient séparées que par de simples portières de tapisserie.

Madeleine, sans que sa tante s’en doutât, se trouvait dans une des petites pièces quand était arrivé le marquis de Clameran, et elle avait entendu la conversation.

– Quoi! s’écria Mme Fauvel épouvantée, tu sais…

– Tout, ma tante.

– Et tu veux que je te sacrifie?

– Je vous demande à genoux de me permettre de vous sauver.

– Mais il est impossible que tu ne haïsses pas monsieur de Clameran.

– Je le hais, ma tante, et je le méprise. Il est et sera toujours, pour moi, le dernier et le plus lâche des hommes, et, cependant, je serai sa femme.

Mme Fauvel était confondue, elle mesurait la grandeur de ce dévouement qui s’offrait à elle.

– Et Prosper, pauvre enfant, reprit-elle, Prosper que tu aimes?

Madeleine étouffa un sanglot qui montait à sa gorge, et d’une voix ferme répondit:

– Demain, j’aurai pour toujours rompu avec monsieur Bertomy.

– Non! s’écria Mme Fauvel, non, il ne sera pas dit que je t’aurai laissée, toi i

La noble et courageuse fille hocha tristement la tête.

– Il ne sera pas dit, reprit-elle, que j’aurai laissé le désho

Alors, entre Mme Fauvel et sa nièce, commença une lutte de générosité d’autant plus sublime que chacune offrait sa vie à l’autre, et la do

Mais Madeleine devait triompher, enflammée qu’elle était de ce saint enthousiasme du sacrifice qui fait les martyrs.

– Je n’ai à répondre de moi qu’à moi-même, répétait-elle, comprenant bien que là était la place où elle devait frapper, tandis que toi, chère tante, tu dois compte de toi à ton mari et à tes enfants. Songe à la douleur de mon oncle, s’il apprenait jamais la vérité! Il en mourrait.

La généreuse jeune fille disait vrai.

Tel avait été le fatal enchaînement des circonstances, que toujours Mme Fauvel avait été arrêtée par l’apparence d’un grand devoir à remplir.

Ainsi, après avoir sacrifié son mari à sa mère, elle sacrifiait maintenant son mari et ses enfants à Raoul.

Mme Fauvel se défendait encore, mais elle résistait de plus en plus faiblement.

– Non, disait-elle, non, je ne saurais accepter ton dévouement. Quelle sera ta vie avec cet homme?

– Qui sait! fit Madeleine, affectant une espérance bien éloignée de son cœur: il m’aime, à ce qu’il dit; peut-être sera-t-il bon pour moi.

– Ah! si je savais où prendre une grosse somme! C’est de l’argent qu’il veut, cet homme, rien que de l’argent.

– Ne lui en faut-il donc pas pour Raoul? N’est-ce pas Raoul qui, par ses folies, a creusé un abîme qu’il faut combler? Si seulement je pouvais croire à la sincérité de monsieur de Clameran!

C’est avec une sorte de curiosité stupéfaite que Mme Fauvel regardait sa nièce.

Quoi! cette jeune fille si naïve, si inexpérimentée, raiso

– Que veux-tu dire? interrogea-t-elle.

– Je me demande, ma tante, si véritablement monsieur de Clameran pense à son neveu. A-t-il, oui ou non, l’intention formelle de lui venir en aide? Maître de ma dot, ne vous abando

– Un doute?

– Oui, et je te le soumettrais, si j’osais… si je ne craignais…

– Parle, insista Mme Fauvel, livre-moi ta pensée entière. Hélas! le malheur m’a do

Madeleine hésitait, partagée entre la crainte de frapper une perso

– Je voudrais, reprit-elle enfin, être certaine, bien sûre que monsieur de Clameran et Raoul ne s’entendent pas, ne jouent pas chacun un rôle appris et convenu à l’avance.

La passion est aveugle et sourde. Mme Fauvel ne se souvenait plus des yeux riants de ces deux hommes, le jour où, devant elle, ils semblaient transportés de colère. Elle ne pouvait, elle ne voulait pas croire à une si odieuse comédie.

– C’est impossible, prononça-t-elle, le marquis est vraiment indigné de la conduite de son neveu, et ce n’est pas lui qui jamais lui do

Toujours les mères s’en sont prises, s’en pre

Mais Madeleine était trop généreuse pour chercher même à désabuser sa tante.

– Fasse le Ciel que tu dises vrai! murmura-t-elle, mon mariage ne sera pas inutile. Ce soir même nous écrirons à monsieur de Clameran.

– Pourquoi ce soir, Madeleine? Rien ne presse. Nous pouvons attendre, traîner, gagner du temps.

Ces mots, ces espérances obstinées, cette confiance en un hasard, en une chimère, en rien, disaient tout le caractère de Mme Fauvel et expliquaient ses infortunes.

Tout autre était le caractère de Madeleine. Sa timidité cachait une âme virile. Décidée à un sacrifice, elle le faisait complet, absolu, elle fermait la porte aux illusions décevantes et marchait droit en avant sans retourner la tête.