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À la dernière fois, elle trouva sans doute quelque raison décisive, car Raoul tout à coup se leva, ouvrit un petit meuble placé près de la cheminée et en sortit une liasse de papiers qu’il lui tendit.
Ah ça! pensait M. Verduret, quel diable de jeu jouent-ils? Est-ce une correspondance compromettante qu’est venue réclamer cette jeune demoiselle?
Madeleine, qui avait pris la liasse, ne paraissait pas encore satisfaite. Elle parlait et insistait de nouveau comme pour se faire remettre autre chose. Raoul refusant, elle jeta la liasse sur la table.
Ces papiers intriguaient singulièrement M. Verduret. Ils s’étaient éparpillés sur la table et il les apercevait assez bien. Il y en avait de plusieurs couleurs, de gris, de verts, de rouges.
Mais je ne m’abuse pas, pensait M. Verduret, je ne suis pas aveugle, ce sont là des reco
Parmi toutes les feuilles étalées sur la table, Madeleine cherchait. Elle en prit trois, qu’elle plia et mit dans sa poche, et repoussa les autres avec un dédain bien manifeste.
Elle était, cette fois, résolue à se retirer, car sur un mot qu’elle dit, Raoul prit la lampe pour l’éclairer.
M. Verduret n’avait plus rien à voir. Tout en redescendant avec mille précautions, il murmurait:
– Des reco
Avant tout, il s’agissait de dissimuler l’échelle.
Raoul, en reconduisant Madeleine, pouvait avoir l’idée de faire quelques pas dans le jardin, et, malgré l’obscurité, la découvrir, cette échelle qui, ainsi dressée, se détachait en noir sur la muraille.
En toute hâte, M. Verduret et Prosper la couchèrent à terre, sans souci des arbustes qu’ils brisaient, et allèrent se poster où l’ombre était plus épaisse, dans un endroit d’où ils surveillaient à la fois et la porte de la maison et la grille.
Presqu’au même moment, Raoul et Madeleine parurent sur le perron. Raoul avait posé sa lampe sur la première marche, il offrit la main à la jeune fille, mais elle le repoussa d’un geste empreint d’une insultante hauteur qui, vu par Prosper, lui versa du baume dans le sang.
Ce mépris ne parut ni émouvoir, ni surprendre Raoul; il répondit simplement par ce geste ironique qui signifie: «Comme vous voudrez!»
Il alla jusqu’à la grille, l’ouvrit et la referma lui-même, puis rentra bien vite, pendant que la voiture de Madeleine s’éloignait au grand trot.
– Maintenant, monsieur, interrogea Prosper, que le doute torturait, souvenez-vous que vous m’avez promis la vérité quelle qu’elle soit. Parlez, ne craignez rien, je suis fort.
– C’est contre la joie alors qu’il vous faut être fort, mon ami. Avant un mois, vous regretterez amèrement vos flétrissants soupçons de ce soir. Vous rougirez en songeant que vous avez pu croire Madeleine la maîtresse d’un Lagors.
– Cependant, monsieur, les apparences!…
– Eh! c’est des apparences qu’il faut se défier. Pardieu! un soupçon, faux ou juste, est toujours basé sur quelque chose. Mais nous ne pouvons pas nous éterniser ici, votre gredin de Raoul a refermé la grille, je l’ai vu; il faut nous retirer par le chemin de tout à l’heure.
– Mais l’échelle!…
– Qu’elle reste où elle est; comme nous ne saurions effacer nos traces, le tout sera mis sur le compte des voleurs.
De nouveau ils franchirent le mur. Ils n’avaient pas fait cinquante pas sur la route, qu’ils entendirent le bruit d’une grille qui se refermait. Ils distinguèrent des pas, et bientôt un homme les dépassa qui gagnait la station. Quand il fut à quelque distance:
– C’est Raoul, fit M. Verduret, notre domestique de tantôt, Joseph, nous apprendra qu’il est allé rendre compte à Clameran de la scène. Si seulement ils avaient l’amabilité de parler français…
Il marcha un moment sans mot dire, cherchant à renouer le fil rompu de ses déductions.
– Comment diable, reprit-il tout à coup, ce Lagors qui ne doit chercher que le monde, le plaisir et le jeu, est-il venu choisir une maison isolée au Vésinet?
– Sans doute, répondit Prosper, parce que la maison de campagne de monsieur Fauvel est à un quart d’heure d’ici au bord de la Seine.
– C’est une explication, cela, pour l’été; mais l’hiver?
– Oh! l’hiver, il a une chambre à l’hôtel du Louvre, et, en toute saison, il dispose d’un appartement à Paris.
Tout cela n’éclairait pas M. Verduret; il se mit à marcher plus vite.
– Pourvu, murmura-t-il, que notre cocher ne soit pas parti. Nous ne pouvons songer à prendre le train qui va passer: nous rencontrerions Raoul à la station.
Bien qu’il se fût écoulé plus d’une heure depuis que Prosper et son compagnon étaient descendus à l’embranchement des deux routes, le fiacre qui les avait amenés statio
Le cocher n’avait pu résister au désir d’écorner le billet de cent francs gagné par ses chevaux; il s’était fait servir à dîner; le vin était de son goût, il restait.
La vue de ses bourgeois l’enchanta. Il ne retournerait donc pas à vide à Paris. Seulement, l’état dans lequel il les revoyait le surprit étrangement.
– Comme vous voilà faits! s’écria-t-il.
Prosper répondit simplement qu’allant visiter un de leurs amis ils s’étaient égarés et étaient tombés dans une fondrière – comme s’il y avait des fondrières dans le bois du Vésinet.
– C’est donc cela! fit le cocher.
En apparence, il se contentait de l’explication. Au fond, il n’était pas fort éloigné de croire que ses deux pratiques venaient de tenter de commettre quelque mauvais coup.
Cette dernière opinion dut être celle de quelques perso
Mais M. Verduret coupa court à tous les commentaires.
– Partons-nous? demanda-t-il de sa voix la plus impérieuse.
– Voilà! bourgeois, répondit le cocher; le temps de régler, et je suis à vous. Montez toujours.
La route, au retour, fut mortellement longue et silencieuse.
Prosper avait d’abord essayé de faire causer son étrange compagnon, mais comme il ne répondait que par monosyllabes, il mit son amour-propre à se taire. Il était irrité de l’empire de plus en plus absolu que cet homme exerçait sur lui.
Les circonstances physiques augmentaient encore son e
C’est que s’il n’est pas de limites à la puissance de l’imagination, les forces physiques ont des bornes. Après l’effort vient la réaction.
Enfoncé dans un coin, les pieds sur la banquette de devant, M. Verduret semblait dormir, et cependant jamais il n’avait été plus éveillé.
Il était aussi mécontent que possible. Cette expédition qui devait, dans sa pensée, fixer ses hésitations, aboutissait à une complication.
Tous les fils qu’il avait cru tenir se brisaient dans sa main. Certes, pour lui les faits restaient les mêmes, mais les circonstances changeaient. Il ne découvrait plus quel mobile commun, quelle complicité morale ou matérielle, quelles influences poussaient à agir dans le même sens les quatre acteurs de son drame, Mme Fauvel et Madeleine, Raoul et Clameran.
Et il cherchait en son esprit fertile, encyclopédie de ruses, quelque combinaison qui pût faire jaillir la lumière.
Minuit so
Par bonheur, Mme Alexandre l’attendait et, en un clin d’œil un souper fut improvisé. C’était plus que des prévenances, plus que du respect qu’elle avait pour son hôte. Prosper le remarqua fort bien, elle considérait son compagnon avec une sorte d’admiration ébahie.
Ayant fini de manger, M. Verduret se leva.
– Vous ne me verrez pas demain de la journée, dit-il à Prosper, mais le soir, vers cette heure, je serai ici. Peut-être aurai-je eu la chance de trouver ce que je cherche au bal de messieurs Jandidier.
Prosper faillit tomber de son haut. Quoi! M. Verduret songeait à se présenter à une fête do
– Vous êtes donc invité? demanda-t-il.
Un fin sourire passa dans les yeux si expressifs de M. Verduret.
– Pas encore, répondit-il, mais je le serai.
Ô contradiction de l’esprit humain! Les plus poignantes préoccupations tenaillaient la pensée de Prosper, et maintenant, en regardant tristement sa chambre, songeant aux projets de M. Verduret, il murmurait: