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Non loin du Palais-Royal, dans la rue Saint-Honoré, à l’enseigne de la Bo

C’est dans une des salles de cet estaminet modeste que le lendemain de sa mise en liberté, le vendredi, Prosper attendait M. Verduret, qui lui avait do

Quatre heures so

Dès que le garçon auquel il avait demandé une chope se fut éloigné:

– Eh bien! demanda-t-il à Prosper, toutes nos commissions sont-elles faites?

– Oui, monsieur.

– Vous avez vu le costumier?

– Je lui ai remis votre lettre. Tout ce que vous demandez vous sera apporté demain au Grand-Archange .

– Alors tout va bien, car je n’ai pas perdu mon temps, et j’apporte de grandes nouvelles.

Le débit de la Bo

M. Verduret avait sorti son calepin, ce calepin précieux qui, pareil aux livres enchantés des féeries, a une réponse pour toutes les questions.

– En attendant ceux de nos émissaires auxquels j’ai do

À ce nom, Prosper ne protesta pas comme il l’avait fait la veille. Pareil à ces insectes imperceptibles qui, une fois qu’ils se sont glissés dans un tronc d’arbre, le dévorent en une nuit, le soupçon, quand il a pénétré dans notre esprit, s’y développe et bientôt y détruit les plus fortes croyances.

La visite de Lagors, le fragment de lettre de Gypsy avaient inspiré à Prosper des doutes qui, d’heure en heure, pour ainsi dire, avaient grandi et s’étaient fortifiés.

– Savez-vous, mon cher ami, poursuivit M. Verduret, de quel pays, au juste, est le jeune monsieur qui se porte si fort votre ami?

– Il est, monsieur, du pays de madame Fauvel, de Saint-Rémy.

– En êtes-vous certain?

– Oh! parfaitement, monsieur. Non seulement il me l’a dit bien souvent, mais je l’ai encore entendu dire à monsieur Fauvel, je l’ai entendu répéter cent fois à madame Fauvel lorsqu’elle parlait de sa parente, la mère de Lagors, qu’elle aime beaucoup.

– Ainsi, il n’y a, à cet égard, ni doute ni erreur possible?

– Non, monsieur.

– Eh! eh! fit M. Verduret, voilà qui commence à être pour le moins singulier.

Et il sifflotait entre ses dents, ce qui, chez lui, est un signe manifeste d’une satisfaction intime et supérieure.

– Qu’est-ce qui est singulier, monsieur? demanda Prosper, intrigué.

– Ce qui arrive, parbleu! répondit le gros homme, ce que j’avais flairé. Peste! continua-t-il – imitant le débit des montreurs de curiosités en foire -, c’est une ville charmante, Saint-Rémy, six mille habitants, boulevards délicieux sur l’emplacement des fortifications, hôtel de ville très beau, fontaines abondantes, grand commerce de charbons, filatures de soie, maison de santé très renommée, etc.

Prosper était comme sur des charbons ardents.

– De grâce, monsieur, commença-t-il.

– On y co

– Cependant, monsieur, j’ai eu des preuves…

– Naturellement. Mais les preuves, voyez-vous, cela se fabrique; les parentés, cela s’improvise. Vos dépositions sont suspectes, mes témoignages sont irrécusables. Pendant que vous vous désoliez en prison, je dressais les batteries et je récoltais des munitions pour ouvrir le feu. J’ai écrit à Saint-Rémy et j’ai des réponses.

– Ne me les communiquerez-vous pas, monsieur?

– Un peu de patience, dit M. Verduret en feuilletant son calepin. Ah! voici la première, le numéro un. Saluez le style, c’est officiel.

Il lut:

– Lagors . Très ancie

– Vous voyez bien! s’écria Prosper.

– Si vous me laissiez finir, hein? dit M. Verduret. Et il poursuivit:

– Le dernier des Lagors (Jules-René-Henri), portant, sans droits bien constatés, le titre de comte, épousa, en 1829, la demoiselle Rosalie-Clarisse Fontanet, de Tarascon; est décédé en décembre 1848, sans héritier mâle, laissant seulement deux filles. Les registres de l’état civil consultés ne font mention d’aucune perso

» Eh bien! demanda le gros homme, que dites-vous du renseignement?

Prosper était abasourdi.

– Comment alors monsieur Fauvel traite-t-il Raoul comme son neveu?

– Comme le neveu de sa femme, vous voulez dire. Mais examinons la notice numéro deux. Elle n’est pas officielle, mais elle éclaire d’un jour précieux les vingt mille livres de rentes de votre ami:

» Jules-René-Henri de Lagors, dernier de son nom, est mort à Saint-Rémy le 29 décembre 1848, dans un état voisin de la misère. Il avait eu une certaine fortune, l’entreprise d’une magnanerie modèle le ruina. Il n’a pas laissé de garçon, mais seulement deux filles, dont l’une est institutrice à Aix, et l’autre mariée à un petit négociant d’Orgon. Sa veuve, qui habite le mas de la Montagnette, ne vit exactement que des libéralités d’une de ses parentes, femme d’un riche banquier de la capitale. On ne co

» Voilà tout! fit M. Verduret, pensez-vous que ce soit assez?

– C’est-à-dire, monsieur, que je me demande si je suis bien éveillé.

– Je conçois cela. Cependant, j’ai une remarque à vous faire. Des gens attentifs objecteront peut-être que madame veuve de Lagors a pu, après la mort de son mari, avoir un enfant naturel non avoué et portant son nom. Cette objection est détruite par l’âge de votre ami. Raoul a vingt-quatre ans, et il y a moins de vingt ans que monsieur de Lagors est mort.

Il n’y avait rien à répliquer, et Prosper le comprit bien.

– Mais alors, fit-il, devenu pensif, qui serait donc Raoul?

– Je l’ignore. Franchement, il est plus malaisé de découvrir qui il est que de savoir qui il n’est pas. Un seul homme, sur ce point, pourrait nous renseigner, mais il se garderait bien de rien dire.

– Monsieur de Clameran, n’est-ce pas?

– Juste.

– Toujours il m’a inspiré une inexplicable répulsion, dit Prosper. Ah! si on pouvait avoir son dossier, à celui-là!

– J’ai déjà quelques petites notes, répondit M. Verduret, qui m’ont été fournies par votre père, lequel co

– Que vous a dit mon père?

– Rien de favorable, rassurez-vous. Voici au surplus, pour votre édification, le résumé de ses renseignements:

» Louis de Clameran est né au château de Clameran, près de Tarascon. Il avait un frère aîné nommé Gaston. En 1842, à la suite d’une rixe où il avait eu le malheur de tuer un homme et d’en blesser grièvement un autre, Gaston fut obligé de s’expatrier. C’était un garçon loyal, franc, ho

» À la mort de son père, Louis vint à Paris, et, en moins de deux ans, dévora, non seulement sa part de l’héritage paternel, mais aussi la part de son frère exilé.

» Ruiné, criblé de dettes, Louis de Clameran se fit soldat, et se conduisit si mal au régiment qu’il fut envoyé aux compagnies de discipline.

» À sa sortie du service, on le perd totalement de vue; tout ce qu’on sait, c’est qu’il habita successivement l’Angleterre et l’Allemagne, où il eut une horrible affaire dans une ville de jeux.

» En 1865, nous le retrouvons à Paris. Il était dans la dernière des misères et fréquentait les pires sociétés, vivant uniquement dans le monde des escrocs et des filles.

» Il avait usé les plus honteux expédients lorsque, tout à coup, il apprit le retour de son frère en France. Gaston avait fait fortune au Mexique. Mais, jeune encore, habitué à une vie active, il venait d’acheter, près d’Oloron, une usine de fer, quand, il y a six mois, il est mort entre les bras de son frère Louis. Cette mort a do