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– Dans quel abîme de honte sommes-nous donc tombés! gémissait-il.
– Rassurez-vous, monsieur, répondit M. Verduret redevenu sérieux. Après ce que j’ai été contraint de vous apprendre, ce qu’il me reste à vous dire n’est plus rien. Voici le complément de l’histoire:
» En quittant Miho
» Bien renseigné, il eut vite retrouvé la digne fermière à laquelle la comtesse avait confié le fils de Gaston.
» Mais là, une déconvenue l’attendait.
» On lui apprit que cet enfant, inscrit à la paroisse sous le nom de Raoul-Valentin Wilson, était mort du croup, à l’âge de dix-huit mois.
Raoul essaya de protester.
– On a dit cela?… commença-t-il.
– On l’a dit, oui, mon joli garçon, et on l’a aussi écrit. Me croyez-vous homme à me contenter de propos en l’air?
Il sortit de sa poche divers papiers ornés de timbres officiels qu’il posa sur la table.
– Voici, poursuivit-il, les déclarations de la fermière, de son mari et de quatre témoins; voici encore un extrait du registre des naissances, voici enfin un acte de décès en bo
– Mais alors?… interrogea le banquier.
– Alors, reprit M. Verduret, Clameran s’imagina qu’il n’avait pas besoin de l’enfant pour tirer de l’argent de monsieur Fauvel; il se trompait. Sa première démarche échoua. Que faire? Le gredin est inventif. Parmi tous les bandits de sa co
Mme Fauvel était dans un état à faire pitié, et cependant elle renaissait à l’espérance. Son anxiété, pendant si longtemps, avait été si atroce, qu’elle éprouvait à voir la vérité comme un affreux soulagement.
– Est-ce possible! balbutiait-elle, est-ce possible!
– Quoi! disait le banquier, on peut à notre époque combiner et exécuter de telles infamies!
– Tout cela est faux! affirma audacieusement Raoul.
C’est à Raoul seul que M. Verduret répondit:
– Monsieur désire des preuves? fit-il avec une révérence ironique, monsieur va être servi. Justement, je quitte à l’instant un de mes amis, monsieur Pâlot, qui arrive de Londres, et qui est fameusement renseigné. Dites-moi donc ce que vous pensez de cette petite histoire qu’il vient de me conter:
» Vers 1847, lord Murray, qui est un grand et généreux seigneur, avait un jockey nommé Spencer, qu’il affectio
» Aux courses d’Epsom, cet habile jockey tomba si malheureusement qu’il se tua.
» Voilà lord Murray au désespoir, et comme il n’avait pas d’enfants, il déclara qu’il entendait se charger de l’avenir du fils de Spencer, lequel fils avait alors quatre ans.
» Le lord tint parole. James Spencer fut élevé comme l’héritier d’un grand seigneur. C’était un enfant charmant, heureusement doué d’un extérieur séduisant, ayant une intelligence vive et nette.
» Jusqu’à seize ans, James do
» Lord Murray qui était l’indulgence même, pardo
» Or, il y avait quatre ans que James Spencer vivait à Londres du jeu et de diverses autres industries, lorsqu’il rencontra Clameran qui lui offrit vingt-cinq mille francs pour jouer un rôle dans une comédie de sa façon…
Raoul n’avait pas besoin d’en entendre davantage.
– Vous êtes un agent de la police de sûreté? demanda-t-il.
Le gros homme eut un bon sourire.
– En ce moment, répondit-il, je ne suis qu’un ami de Prosper. Selon que vous agirez, je serai ceci ou cela.
– Qu’exigez-vous?
– Où sont les trois cent cinquante mille francs volés?
Le jeune bandit hésita un moment.
– Ils sont ici, répondit-il enfin.
– Bien!… cette franchise vous sera comptée. En effet, les trois cent cinquante mille francs sont ici; je le savais, et je sais aussi qu’ils sont cachés dans le bas du placard que voici. Restituez-vous?…
Raoul comprit que la partie était perdue, il courut au placard et en retira plusieurs liasses de billets de banque et un énorme paquet de reco
– Très bien, faisait M. Verduret en inventoriant tout ce que lui remettait Raoul, très bien, voilà qui est agir sagement.
Raoul avait bien compté sur ce moment d’attention. Doucement, en retenant sa respiration, il gagna la porte, l’ouvrit vivement et disparut, la refermant sur lui, car la clé était restée dehors.
– Il fuit!… s’écria M. Fauvel.
– Naturellement, répondit M. Verduret, sans daigner tourner la tête, je pensais bien qu’il aurait cet esprit-là.
– Cependant…
– Quoi!… voulez-vous ébruiter tout ceci? Tenez-vous à raconter devant la police correctio
– Oh!… monsieur!…
– Laissez donc fuir ce misérable, alors. Voici les trois cent cinquante mille francs volés, le compte y est. Voici toutes les reco
Comme tout le monde, M. Fauvel subissait l’ascendant de M. Verduret.
Peu à peu, il était revenu au sentiment de la réalité, des perspectives inespérées s’ouvraient devant lui, il comprenait qu’on venait de lui sauver mieux que la vie.
L’expression de sa gratitude ne se fit pas attendre. Il saisit les mains de M. Verduret presque comme s’il eût voulu les porter à ses lèvres, et de la voix la plus émue, il dit:
– Comment vous prouver jamais l’étendue de ma reco
M. Verduret réfléchissait.
– S’il en est ainsi, commença-t-il, j’aurais une grâce à vous demander.
– Une grâce, vous!… à moi? Parlez, monsieur, parlez! ne voyez-vous pas que ma perso
– Eh bien! donc, monsieur, je vous avouerai que je suis un ami de Prosper. Ne l’aiderez-vous pas à se réhabiliter? Vous pouvez tant pour lui, monsieur! il aime mademoiselle Madeleine…
– Madeleine sera sa femme, monsieur, interrompit M. Fauvel; je vous le jure. Oui, je le réhabiliterai, et avec tant d’éclat que nul jamais n’osera lui reprocher ma fatale erreur.
Le gros homme, tout comme s’il se fût agi d’une visite ordinaire, était allé reprendre sa ca
– Vous m’excuserez de vous importuner, fit-il, mais madame Fauvel…
– André!… murmura la pauvre femme, André!…
Le banquier hésita d’abord quelques secondes, puis, prenant bravement son parti, il courut à sa femme, qu’il serra entre ses bras, en disant:
– Non, je ne serai pas assez fou pour lutter contre mon cœur! Je ne pardo
M. Verduret n’avait plus rien à faire au Vésinet.
C’est pourquoi, sans prendre congé du banquier, il s’esquiva, regagna la voiture qui l’avait amené, et do
En ce moment il était dévoré d’inquiétudes. Du côté de Raoul, tout était arrangé, le jeune filou devait être loin. Mais était-il possible de soustraire Clameran au châtiment qu’il avait mérité? Non, évidemment.
Or, M. Verduret se demandait, comment livrer Clameran à la justice, sans compromettre Mme Fauvel, et il avait beau repasser son répertoire d’expédients, il n’en voyait aucun s’ajustant aux circonstances présentes.
Il n’y a, pensait-il, qu’un moyen. Il faut qu’une accusation d’empoiso
Il était vraiment désolé de son impuissance, quand la voiture s’arrêta devant l’hôtel du Louvre. Il faisait presque nuit.
[10] On médira. (N. d. E.)