Добавить в цитаты Настройки чтения

Страница 89 из 96

59

Le lendemain, après une nuit blanche, je me sentais plus transparent qu'un œuf de cristal, plus léger qu'un fantôme, inconsistant, volatil. Il faisait très chaud. Je pouvais faire ce que je voulais. Plus rien ne me retenait ici, plus rien ne me retiendrait nulle part, je n'avais plus qu'à me laisser emporter n'importe où par n'importe quoi.

J'avais de l'argent sur mon compte en banque. Motel me payait bien et ajoutait une prime lorsque je trouvais les bons chevaux. En plus d'un an, comme je n'achetais jamais rien et ne dépensais de l'argent que dans les bars et les restaurants, j'avais amassé une somme rondelette sans le savoir – Clémentine Laborde avait bloqué l'envoi de mes relevés sur l'ordinateur de la banque, afin que je puisse vivre sereinement, normalement, sans penser à l'argent (elle se contentait de me prévenir quand mes réserves baissaient de manière inquiétante). Pour être plus tranquille, j'ai emprunté trente mille francs aux Zoptek (qui m'ont souhaité bon voyage), dix mille à Marthe (qui m'a suggéré de faire attention à moi), et j'ai demandé à Clémentine de ne pas s'affoler si mon compte passait dans le rouge au bout d'un certain temps: je reviendrais bien un jour.

– Du moment que tu fais ce que tu veux, je ne m'affole pas.

En fin de compte, tous les gens que j'aimais étaient des génies de la vie – pas des magiciens, des génies. J'étais bien entouré. Et pourtant, moi, au milieu d'eux, je ratais tout. Je gaspillais leur génie. Il était sans doute temps que je parte.

Je lui ai tout de même apporté plusieurs fiches de paie pour qu'elle puisse m'accorder un emprunt si ma situation financière devenait vraiment critique. J'ai signé au bas du contrat – elle remplirait le reste en temps voulu si nécessaire -, je l'ai embrassée et suis allé do

– Tant que tu fais ce que tu as envie de faire, je ne m'inquiète pas, m'a dit ma mère.

Ce n'était sans doute pas malin, de quitter tous ces gens.

J'ai laissé un message sur le répondeur de Catherine, qui devait être encore à Anvers dans un hôtel mystérieux, pour lui dire que Pollux était morte en janvier (je n'avais parlé de sa «disparition» inexpliquée qu'à elle), que je partais un peu n'importe où dans le monde, qu'elle ne se fasse pas de souci pour moi.

J'ai confié une nouvelle fois Caracas à ma sœur Pascale, en la prévenant qu'elle l'aurait peut-être sur les bras pendant un bon bout de temps. Un mois, deux mois… ou plus. Pas de problème, elle aimait beaucoup Caracas. Pascale avait un ventre énorme. Marc Parquet ne la quittait pas des yeux. Perso

Deux jours plus tard, après avoir do

J'ai commencé par Londres, où une amie de l'actrice, Ruth, m'avait proposé de me prêter un appartement du côté de Bayswater, au nord de Hyde Park. C'était un deux-pièces au rez-de-chaussée, dont les grandes baies vitrées do

Dans un bar de Soho – rempli de pédés bien plus accueillants et chaleureux que le reste de la population londonie

Un soir, au comptoir du O'Bar, près de Piccadilly, une fille soûle m'a jeté un verre de bière en pleine figure en hurlant que je n'arrêtais pas de la tripoter. «Bastard!» Je n'avais même pas remarqué sa présence à côté de moi. L'un de ses amis a bien failli me mettre en pièces, mais je devais avoir l'air si résigné, si passif, qu'il a fini par me laisser tranquille.

Je suis parti au bout de cinq jours. À part traîner dans les pubs, je ne savais pas quoi faire dans cette ville.

J'ai mis le cap sur Amsterdam, au hasard – en repassant par Roissy, presque par réflexe, comme si je craignais encore de trop m'éloigner. Je n'y suis resté que vingt-quatre heures, dégoûté par cette ville. J'ai bien essayé de me promener le long des canaux, d'admirer ces maisons magnifiques sans me soucier du reste – c'est-à-dire des habitants, des boutiques, du vingtième siècle hollandais – mais la beauté passée de la ville me semblait noyée, ensevelie sous plusieurs couches de laideur et de mauvais goût. J'ai fini par me réfugier dans une salle de jeux, devant un jackpot agaçant qui absorbait toute mon attention. Dès le lendemain, je suis parti pour Barcelone.

Je me suis installé dans un petit hôtel trop cher de la vieille ville et n'ai visité que les endroits touristiques: les Ramblas, la Sagrada Familia, l'horrible village olympique. Puis je suis allé vers le port. Là, j'ai vu un jeune couple sortir d'une voiture. Des Espagnols, mais visiblement touristes ici. Après les avoir dépassés, je me suis retourné vers eux. L'homme tenait la femme par les épaules, ils admiraient un gigantesque bateau de croisière. De loin, je me suis vu en Normandie avec Pollux. Eux deux, là-bas. Ils se co

Le troisième ou le quatrième jour, j'étais assis sur une chaise de plastique orange, devant une bière chaude, abruti de soleil sur le terre-plein central des Ramblas, et je pensais à Pollux, disparue, volatilisée. Morte. Elle souriait en me tendant sa petite 4L Majorette rouge. Elle me tournait le dos, penchée au-dessus du clavier de son ordinateur, elle écrivait un article à propos de je ne sais quelle exposition pendant que je feuilletais un magazine sur son lit. Elle sortait de sa salle de bains en peignoir pour me demander si j'avais pensé à laisser des croquettes à Caracas, en passant un Demak'up sur sa pommette droite. À Jersey, elle courait se mettre à l'abri sous un porche, en tenant son sac bleu à deux mains au-dessus de sa tête – moi, je continuais à marcher, pour pouvoir la regarder courir.

Soudain, de l'autre côté de la Rambla, encadré par deux policiers, j'ai reco

À Rome, j'étais assis sous un parasol dans un café à touristes, en face du Colisée. Je buvais un whisky au prix d'une bouteille, je fumais une Camel, les jambes croisées, je suivais des yeux les filles qui passaient devant la terrasse en scooter, comme dans les films des a