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Quelques-unes de ces femmes, étrangement, sont tombées amoureuses de moi – du moins le croyaient-elles. Pourtant, je pense avoir toujours été ho
S'il a suffi, de quelques heures à trois ou quatre femmes pour tomber amoureuses de moi, c'est parce qu'elles se sont vite aperçues que j'étais «inaccessible». Certes, j'étais fatigué, niais, sombre, maladroit, déprimé, malchanceux – sans oublier très-moyen voire plutôt-moche, ce qui est toujours un handicap de taille – mais inaccessible. Car à ce moment-là, j'avais le cœur à tomber amoureux autant qu'à me teindre les sourcils en vert clair. Et le fait de savoir que je n'étais ni un apollon ni une star n'a pu qu'accroître leur volonté de m'attraper, leur besoin de m'emmener avec elles – «C'est trop bête, quand même, il devrait être facile à atteindre!» (Pollux, c'était le contraire: j'étais tellement accessible pour elle – non, si c'était vrai, si la vie était aussi cynique, ce serait effroyable – qu'elle s'était aussitôt rendu compte que je ne valais pas une cacahuète, au fond.) On tombe artificiellement amoureux de l'inaccessible, mais sur l'instant, il est normal que la nuance nous échappe.
Quant à toutes ces femmes qui ont si rapidement cédé à mes lestes avances, elles devaient également deviner une sorte de distance (même si ce n'est sans doute pas exactement la même chose puisque, sexuellement, j'étais on ne peut plus accessible). Je pense qu'elles se sont montrées si accueillantes et complaisantes car elles pressentaient que je n'avais rien à perdre – la détresse m'avait rendu parfaitement insouciant -, que je ne do
Un soir, je suis allé à une fête chez une amie. J'y ai rencontré sa sœur, qui habitait avec elle et que j'ai trouvée jolie. J'ai bavardé un moment avec elle près du buffet, Puis je lui ai demandé si elle ne voulait pas que l'on s'éloigne un peu de tout ce monde. Nous sommes sortis sur la terrasse et je l'ai embrassée tout de suite. À la fin de la soirée, je lui ai demandé (toujours aussi poliment) si elle ne voyait pas d'inconvénient à ce que je reste dormir là: elle m'a emmené dans sa chambre. Nous nous sommes déshabillés aussitôt la porte fermée. J'étais passablement ivre, mais pas au point de m'endormir tout de suite.
Le lendemain, quand j'ai ouvert les yeux, je me suis aperçu que la chambre était pleine de peluches, de poupées et de gadgets. Sur les murs étaient punaisés des posters de groupes à la mode, des photos de chatons et de chevaux, des cartes postales en forme de cœur. La couette et les rideaux étaient roses. La fille se tenait debout près de la fenêtre, vêtue d'un long tee-shirt Mickey. À la lumière du jour, sans maquillage et les cheveux défaits, je lui do
J'ai senti une grosse boule de pâte crue gonfler dans ma gorge. Comme lorsque j'avais découvert Laure dans ma baignoire à la place de Pollux, je n'ai pas su faire preuve d'une grande diplomatie. Je suis quelqu'un de sensible, le moindre choc me déstabilise. Je me suis assis dans le lit et j'ai articulé d'une voix étranglée: – Tu as quel âge?
Elle avait vingt et un ans, bon. Dix-neuf ou vingt, en supposant qu'elle ait un peu triché. Ça va encore. Mais la seule chose qui comptait à mes yeux, c'est qu'elle en paraissait quatorze. Et ça ne m'avait pas empêché de me faufiler dans sa chambre et de lui faire subir tous les outrages pendant je ne sais combien de temps. L'alcool n'était pas une excuse. J'ai eu peur. J'ai senti que si je continuais à me prélasser dans la luxure je n'allais pas tarder à perdre tous mes repères. (Je n'en avais déjà plus, c'est entendu, mais ce n'est pas parce qu'on est perdu sur un radeau en plein océan qu'il faut plonger pour aller se perdre au fond – car même si l'on y trouve de jolis possons multicolores, on y respire difficilement.)
De toute façon, ça ne tombait pas si mal. Je commençais non pas à me lasser, mais à me décourager. Deux mois plus tôt, je rêvais encore d'intimité et de dessous blancs en observant les passantes inabordables, j'avais été servi. Mais si j'avais passé des moments agréables, ça n'avait pas grand-chose à voir avec le «miracle de la découverte» qui m'intriguait tant. Même d'un point de vue physique, d'ailleurs. Une inco
Ce que je cherchais, je l'ai compris tard, c'était le corps de Pollux Lesiak. Je devais me contenter de l'aspect charnel – je n'arrivais déjà pas à retrouver ses fesses, je pouvais toujours courir pour retrouver son esprit, son âme, son amour -, la forme d'un sein ou la couleur d'un œil m'apportaient un peu de réconfort en souvenir, une position de jambes qu'elle prenait souvent, une manière de secouer la tête sur l'oreiller ou de me tenir par les épaules, je ne pouvais pas demander grand-chose de plus, mais je sais que, parmi toutes ces femmes si rapidement approchées et si rapidement quittées, je cherchais Pollux. Je m'y prenais maladroitement – aller chercher l'âme d'une femme entre les jambes de toutes les autres, ce n'est sans doute pas la bo
Si, on peut. Quelques jours avant la fin du printemps, l'une de mes amies s'est arrêtée. Ma seule amie d'enfance, du moins la seule que je revoyais régulièrement, la seule que j'aimais encore. La première fille que j'aie vue toute nue. Elle s'est pendue dans sa chambre.