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Non, je ne m'enfuirais pas, je ne mourrais pas maintenant. Mon Louvre, mes Champs-Elysées – ma capitale de la France continuait à marcher vers moi. Comme si toutes les presque-Pollux que j'avais rencontrées pendant cette longue a
Elle s'approchait. C'était la deuxième rencontre, voilà, celle que prévoient les lois de la nature. J'avais douté. Honte à moi. Elle s'approchait. Et j'avais douté. J'aurais tout aussi bien pu remettre en question la théorie de l'évolution, tiens, tant que j'y étais. Je n'avais pas vu plus loin que le bout de mon nez. Un an, qu'est-ce que c'est, pour la nature?
CROYEZ DUR COMME FER EN UNE SECONDE CHANCE
Pollux Lesiak vient vers moi en souriant, un verre à la main, et tout le reste du monde vivant disparaît autour d'elle, les invités sont des figurines de pâte à modeler, des automates dans une vitrine de Noël, la soirée organisée par la maison d'édition n'est plus qu'une toile de fond grossièrement dessinée, comme les pa
Elle ne va pas pouvoir s'approcher plus, je pense. Encore un pas et elle me percute. Elle est devant moi, à trente centimètres. Elle est là. Et si je disais quelque chose?
– Tu te souviens de moi? dit-elle.
Toujours le mot pour rire, ma fiancée, elle est comme ça. Alors je sais, j'aurais dû répondre d'une voix embarrassée: «Euh… Hein? Oui, bien sûr, oui…» pour prendre l’avantage dès le départ. Au lieu de ça, j'ai répondu que je ne risquais pas de l'avoir oubliée car, depuis notre première rencontre, pas un jour ne s'était écoulé sans que je pense à elle. Je me servais tout rôti sur un plateau, (j’oubliais complètement qu'il faut lui résister un peu, à la femme, pour qu'elle cède ensuite). Mais dans la grande cité de l'amour que j'avais bâtie de mes propres mains intérieures pendant plus d'un an, je ne me souvenais plus que les choses n'étaient pas encore tout à fait officielles entre nous, au moment de notre séparation prématurée. Je ne me souvenais plus que nous n'avions marché que quelques instants ensemble, descendu puis monté quelques volées de marches, rien de plus. Pas même une petite bise. Et soudain, j'avouais tout. Je venais de déclarer ma flamme à une inco
Quoi qu'il en soit, apparemment touchée par ma réponse, elle est partie chercher une chaise et une bouteille de whisky. J'en ai profité pour jeter un coup d'œil vers les deux cents malheureux qui nous entouraient. Ils avaient repris leurs activités de soirée, parlaient, buvaient, riaient, peut-être sans soupço
Elle a rempli nos verres et le grand tourbillon de la conversation amoureuse nous a emportés comme des fétus de paille. Mais avant de m'y plonger, de m'abando
MA RENCONTRE AVEC OSCAR
Je so
– Viens, entre, je t'attendais.
En général, je reçois des accueils plus contrastés («Fous le camp, j'ai déjà do
– Tu viens me vendre des tableaux?
J'étais encore plus timide, à cette époque, ça m'arrangeait bien qu'il fasse tout le travail. Comment savait-il que je venais lui vendre des tableaux? Mon carton à dessin, sans doute. Malin, le gars. Un drôle d'air, quand même, mais aimable et malin.
– Tu peux me les montrer si tu veux, mais je te préviens, je n'en achèterai pas. Je n'ai pas d'argent et je n'aime pas la peinture.
Dans ce cas, oui, ce serait bête d'en acheter quatre ou cinq. Je ne vais peut-être pas les lui montrer, moi, je n'ai pas que ça à faire. Je n'en ai pas encore vendu un de la journée, il serait temps que je me secoue un peu.
– Non, non, entre, je t'en prie. Je vais t'offrir du thé, et on va parler de ta sœur.
Ah, c'est pratique, dans son pays: on détermine un sujet de discussion à l'avance, pour être sûr de ne pas se laisser prendre au dépourvu. J'aurais préféré qu'on parle de l'été qui approchait ou des manifestations d'agents de Police, c'est moins intime, mais enfin on ne choisit pas. J’entre. C'est étrange, chez lui: tout baigne dans une sorte de fumée verdâtre, il a accroché des tentures olive partout, même sur les fenêtres, quelques animaux morts aux murs (chouettes, rats, et un genre de petit iguane), des chandeliers, tout un attirail de sorcier. Ce décor de pacotille est assez risible, mais je me sens crispé. Il me sert du thé dans une tasse qui semble dater de l'Antiquité romaine et qui n'a probablement pas été lavée depuis.
– Je m'appelle Julien.
Tiens, j'aurais plutôt misé sur Osgur ou Zaltec, moi. Je lui ai dit que mon prénom à moi c'était Halvard: il aimait bien.
– Ta sœur est malade, hein?
Il est malin, ce Julien, c'est dingue. Il fallait le deviner; quand même, ce n'est pas si simple. Ça se voit sur mon visage ou quoi? Depuis deux ou trois ans, ma petite sœur Pascale patauge effectivement dans les marais de la spasmophilie, une crise par jour, n'importe quand, en mobylette ou en classe, elle s'effondre en suffoquant et se recroqueville sur elle-même, on ne peut plus la toucher – ses forces sont décuplées: un jour, au lycée, elle a envoyé valdinguer trois pompiers. Son existence est un enfer. Mais d'où sort-il ça, ce monstre? Bon. Il me parle d'elle pendant un moment, puis il me do
– Non, ne t'inquiète pas, je ne vais pas te faire payer. Si tu es obligé de grimper des centaines de marches par jour pour vendre ces toiles, c'est que tu n'as pas plus d'argent que moi.
Il m'enlève une drôle d'épine du pied. Mais est-ce que ce sagouin ne serait pas en train de lire dans mes pensées, par hasard? Car je n'ai rien dit, là. Non, je perds la tête, moi aussi. Quand quelque chose me saisit les tripes, ça doit se voir sur mon visage, comme si j'étais malade. C'est tout. Après avoir réglé le problème de ma sœur, il me parle de moi. Entre autres, il me dit que je suis né en banlieue sud, que j'étais nul en français, à l'école, mais bon en maths, que je me suis cassé le poignet gauche quand j'étais petit, que mon futur métier aurait un rapport avec la langue anglaise, que ma vie va changer à partir de trente ans (heulà, j'ai l’temps), et qu'à cinquante j'aurais un gros ventre. J'ai la bouche sèche. S'il pensait à me servir une autre tasse de thé, ça tomberait à pic.
– Oui, je t'en prie, vas-y. Sers-toi.
C'est gentil comme tout, je ne peux pas dire le contraire, mais ça suffit, maintenant. Car là non plus, je n'ai pas ouvert la bouche. Et cette fois, je ne peux plus croire qu'il ait deviné mon envie de boire du thé à l'expression de mon visage – les yeux qui lancent des éclairs vers la théière, la bouche déformée par un rictus hideux, la face congestio
– Je sais ce que tu vas me dire. (Tiens, comme c'est bizarre.) Tu te demandes comment je fais, hein? (Grosso modo, oui.) C'est mon ange, qui me dit tout.
Ah, d'accord. O.K. J'avais pas compris. Et moi qui m’inquiétais… Sur ce, il se met à discuter avec son ange, qui semble être placé au-dessus de sa tête, sur sa gauche, légèrement en retrait par rapport à lui (il le regarde en lui parlant). Évidemment, je n'entends pas les réponses de l’ange mais ils ont l'air de bien s'entendre, ces deux-là.
– Oui, comme tu dis, oui.
– …
– Non, je ne pense pas.
– …
– Ah ah! J'ai bien le droit de m'amuser un peu, non?