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J'ai traversé l'a
C'était un travail facile et reposant, correctement rémunéré, je n'avais pas à me plaindre. Et puis cette nouvelle identité, la Cravache, allait certainement m'aider à opérer la lente et délicate métamorphose qui me serait salutaire après les déconvenues de ma vie antérieure. Bien entendu, le contrat que j'avais signé avec Motel m'interdisait de révéler à la masse le visage de celui qui se cachait derrière ce pseudonyme. C'était bien regrettable.
– Bonjour, je m'appelle Sandrine Blanchet
– La Cravache. Enchanté.
Mais en mon for intérieur, lorsque je pensais à moi – c'est-à-dire la plupart du temps, car les soucis rendent égocentrique et vaniteux -, je ne m'appelais plus Halvard Sanz mais la Cravache, ce que je trouvais très pratique et valorisant. Je me parlais tout seul: «Tiens, dis donc, la Cravache, il ne serait pas temps de passer à Franprix, avant que ça ferme?» Ça me do
La Cravache a modifié sa manière de s'habiller (un peu de couleur!), n'a gardé de la panoplie d'Halvard Sanz que son sac matelot, a changé de coiffure (un peu plus court), s'est mis à fréquenter les bistrots du coin, le Cello (près du bar bleu dans lequel la fausse Pollux m'avait filé sous le nez, à côté du square des Batignolles), où il s'est présenté sous le nom de Pedro et où Barbara, Surhan et Maewe
J'ai ouvert un compte dans une banque un peu plus chic et sport (Halvard Sanz était autrefois à la BNP, la honte), et j'ai eu la chance – quel veinard, la Cravache – de tomber sur la directrice d'agence la plus incroyablement dingue de toute l'histoire contemporaine, aussi incongrue dans le monde redoutable de la finance qu'un bouquet de pâquerettes dans une caserne de paras. Clémentine Laborde, elle s'appelait. Dans les mois qui ont suivi l'ouverture de mon compte, de mars à juin, elle ne m'a pas fait une seule remarque, alors que j'étais quasiment en permanence à découvert. Et même par la suite, lorsque sont arrivés les premiers chèques de L'Autre Tiercé et que je me suis mis à tout dépenser sous les sabots de tocards irrécupérables, Clémentine a continué à se montrer compréhensive. Elle me témoignait d'ailleurs plus que de l'indulgence professio