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Maintenant c'est Bob qui était venu voir Paul, dans son avant-dernier étage d'une tour sur le front de Seine. Du fond d'un fauteuil rouge, devant la baie vitrée do

– Je t'ai parlé, soupire quand même Paul, de cette fille. Celle que j'ai vue au cinéma. Dans le cinéma, entendons-nous bien, dans un vrai cinéma. Une fille réelle.

Bob ne réagit pas. Une fille réelle, s'appesantit Paul, voilà ce qu'il nous faut. Bob hausse une épaule, voit la ville écrasée sous tout ce plomb. Ce n'était que des volatiles qui faisaient l'avion, somme toute, une bande de volatiles maintenant leur initiale assez lisible parmi les nuages en filigrane. Ce sont des migrateurs qui veulent couvrir, vers l'est-sud-est, neuf mille kilomètres à vol d'oiseau. Insoucieux des périls de l'entreprise, ils s'élanceront au-delà de Joinville-le-Pont sans un instant dévier leur trajectoire. D'abord ils ne distingueront nulle mer au-dessous d'eux sauf un peu de Noire, après avoir suivi le fleuve qui s'y noie, s'étant même posés sur sa rive pour souffler un peu, extraire quelques lombrics roumains arrosés d'un quart de Danube, surveillant d'une pupille impavide les huppes et les hérons du cru qui vocifèrent dans leur slovène spécial. Laissant l'Europe orientale, cap sur le mont Ararat, ils survoleront les restes de l'arche où s'abritèrent leurs ascendants, puis des mollahs puis des brahmanes les verront s'éloigner vers le golfe du Bengale; on interprétera leur passage.

Longue est la traversée du golfe et l'on devra se poser parfois sur les récifs, les épaves dérivantes, les planches de secours, le gréement d'un navire de rencontre. Au large des îles Nicobar, on profitera ainsi du m/s Bous trophédon, petit cargo de cinquante mètres battant complaisamment pavillon cypriote après avoir changé huit fois de port d'attache et de nom, peuplé d'un équipage réglementaire de six perso

C'est un cargo polyvalent que le Boustrophédon, conçu pour le transport de toute sorte de marchandises et doté d'une vaste cale unique, ce qui simplifie les opérations de chargement. Assurant en principe l'aller-retour avec l'Orient, son itinéraire n'est pas assujetti à des escales déterminées comme celui d'un navire de ligne. On peut le mener de port en port, au gré des frets, livrant sans sourciller des bananes à Londres ou du cirage à Trivandrum, cette fois c'était trois mille bidons de produits bitumineux à destination de Sourabaya.

Il est quinze heures, le capitaine se tient sur le pont supérieur, son vieil œil ciel parcourt l'horizon bleu de Prusse de l'autre côté duquel, ce matin, les îles ont basculé. Le calme est plat, la mer est un disque désert dont le cargo serait le centreur, l'œil d'Illinois la pointe de lecture. Hier, le navire a contourné la péninsule de Malacca, ayant appareillé trois jours plus tôt vers l'occident chrétien, les cales bourrées de caoutchouc, d'huile de palme et d'étain. Tout est tranquille à bord mais c'est pure apparence, en fait les marins se plaignent sourdement des conditions qui leur sont faites. La nourriture, trouvent-ils, manque d'abondance et de fraîcheur. Dès lors, comment s'éto