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I
Depuis l'autre bout du globe, leur écho s'insinuait dans l'oreille de Pons qui, profitant d'une absence de Nicole, tentait de joindre l'aîné des frères Aw. L'entreprise était intrépide, vu la surveillance exercée là-bas par Jouvin, ici même par Boris – Pons, d'abord, s'était assuré que celui-ci s'activait au jardin. Deux lignes raccordaient la plantation au réseau téléphonique mondial; l'une aboutissant à la villa Jouvin, le duc avait composé le numéro de l'autre qui grelottait donc sur le bureau du petit local comptable jouxtant l'usine. On devait y approcher minuit. Surveillant du coin de l'œil son épouse effondrée sous un ventilateur, Raymond Jouvin devait passer en revue les traits marqués le matin même sur les litres. Pons espérait tomber sur le veilleur de nuit, excellent Temoq acquis à la cause des frères Aw et tout dévoué à sa perso
Au bout de cinq à six grelots survint un décrochement sensible suivi d'un cliquetis d'ondes pointues, d'un silence en brève suspension puis d'un imposant back-ground, niagaresque, enserrant une interrogation presque inaudible lancée de très loin, comme de l'autre côté de la chute d'eau. Ayant identifié le traînant accent temoq, le duc cria quelques mots pour se faire reco
Cependant le veilleur poussait la porte à claire-voie, tendue d'une moustiquaire pointillée d'infimes chiures, puis il s'engageait dans la nuit rousse. Deux cents mètres carrés de friche piétinée séparaient la comptabilité des baraquements alloués aux ruraux. Comme y détalait un tapir solitaire, le veilleur eut un mouvement de recul au passage de l'animal sacré, chacun sachant que le contact de sa chair vous refile une bo
Le veilleur s'attarda quelques minutes auprès des toupilleurs puis il ressortit de la baraque, restant un peu sur le seuil dans l'air tiède, aimant que tout fût ainsi calme. Des crapauds et des grenouilles volantes jetaient leurs âpres injonctions du côté de l'étang, soutenus par un tutti de scarabées-violons. Un stock de moustiques vibrio
L'autre bout du fil n'étant pas assez long pour que Pons pût transporter le téléphone jusqu'à la porte du salon, il avait dû le lâcher un instant pour aller ouvrir vérifier l'absence d'oreille ou d'oeil vissés au trou de là serrure. Le couloir était désert. Il revint en courant vers le secrétaire, saisit le combiné dans lequel s'inquiétait d'une voix mal assurée l'aîné des Aw. Tout cela prenait un temps fou, Pons commençait d'être en sueur.
Il exposa la situation; tout se passait comme prévu, les armes lui seraient sûrement livrées tantôt, il confirmerait dans la semaine la date de son retour. L'aîné acquiesçait à tout cela par d'insonores hochements. Il convenait, spécifia le duc, d'intensifier la préparation des hommes, tout allait se passer vite à présent. Ils raccrochèrent en synchronie.
Le couloir était toujours vide. Remonté dans sa chambre, Pons chercha en vain le repos sur son lit. Il se trouvait excité, fort d'un trop-plein d'élans inassouvis, transpercé d'aiguilles nerveuses que le silence alentour acérait plus vivement. Il se releva, se changea pour sortir par gestes brusques, désordo
– Je vais à Paris, dit-il, je dois me rendre à Paris. Vous pouvez me mener à la gare?
Un peu plus tard, un train partait dans un quart d'heure; une heure plus tard, Pons héla un taxi devant la gare du Nord. Cette fois le chauffeur était un homme fragile, à l'évidence torturé, son visage défait reflétait l'emprise de malheureuses pensées sur son esprit, de pensées haineuses dans le chauffage à fond. Silence dans le véhicule, qui rageusement défia l'orange au coin du boulevard Poisso
Paul n'était pas là puisque Justine voulait bien le voir, fixant le cadre du rendez-vous non loin de chez elle. Naturellement très en avance, Paul descendait à pied le Faubourg-Saint-Antoine entre les vitrines bourrées de meubles en tous styles. Il fit une brève halte à la hauteur du 53, d'où le génie de la Bastille n'a plus l'air juché sur sa colo
Elle avait accepté qu'on prît le thé dans un tabac qui est sur la place. Paul entra, le décor en était formidablement imperso
Comme c'est leur premier véritable entretien, c'est exploratoire surtout: effleurant maint sujet sans le développer loin, ils procèdent à un tour d'horizon pointilliste, par références principalement – il aime mien Matisse, elle préfère Lermontov, tous deux co
C'était à peine plus long, dans le même temps, que la traversée de Paris par le duc Pons: une quinzaine de stations séparent les places Balard et de la République, par la ligne 8 qui est en violet foncé sur les plans officiels. Pons avait encore frais à la tête en retrouvant l'air libre du Faubourg-du-Temple, sans cesse il passait sa main luisante dans ses cheveux, la dégraissait sur son vêtement tout en montant la rue marchande pentue. En haut à droite, il vérifia l'adresse cherchée au fond de sa poche, so
– Je suis Jeff, déclara le duc, vous devez être Bob. Paul m'a dit qu'il vous a parlé de moi.
Bob dit en effet, demeurant sur ses gardes. Peu après, adossé à la porte, il considérait ce nouveau perso