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PREMIÈRE JOURNÉE

Le prétendu Henri Robin s'est réveillé de très bo

S'étant retourné vers la table, un peu mieux éclairée maintenant, il comprend tout de suite que l'appartement a été visité pendant son sommeil: le tiroir, largement ouvert, est désormais vide. Il n'y a plus ni jumelles nocturnes, ni pistolet de précision, ni carte d'identité, ni pochette en cuir dur perforée d'un trou sanglant. Et, sur la table, la feuille de papier noircie des deux côtés par sa minuscule écriture a également disparu. A la place, il voit une feuille blanche identique, au format commercial ordinaire, sur laquelle deux phrases hâtives ont été griffo

Comment est-il entré? HR se souvient d'avoir fermé sa porte à clef après l'inquiétant face-à-face avec la vieille femme épouvantée (en même temps qu'effrayante) et d'avoir ensuite rangé la clef dans le tiroir. Mais il a beau tirer celui-ci à fond, il voit bien qu'elle n'est plus là. Pris d'inquiétude, craignant (contre toute raison) d'être séquestré, il va jusqu'à la petite porte baptisée «J.K.». Non seulement celle-ci n'est plus fermée à clef, mais on ne l'a pas close du tout: le battant a été simplement engagé dans la feuillure, avec un jeu de quelques millimètres, sans enclencher ni le pêne dormant ni le pêne demi-tour. Quant à la clef, elle n'est pas non plus restée sur la serrure. Une explication s'impose: Pierre Garin en possédait un double, dont il s'est servi pour pénétrer dans l'appartement; et, en s'en allant, il a emporté les deux clefs. Mais dans quel but?

HR prend alors conscience d'un mal de tête latent, sournois, qui se précise de plus en plus depuis son réveil et ne facilite guère ses raiso

En tout état de cause, un sommeil artificiellement provoqué rendrait plus compréhensible ce fait troublant, peu conforme à l'expérience, qu'un cambrioleur nocturne n'ait pas réveillé le dormeur. Celui-ci, dans l'espoir de rétablir une activité normale dans son cerveau égaré, engourdi, aussi coto

Ascher, comme l'ont surnommé ses collègues du service central, en prononçant Achères, petite commune de Seine-et-Oise où se situe l'ante

Le double fond truqué n'a visiblement pas été ouvert, les fragiles repères en sont intacts et, à l'intérieur de la cache, ses deux autres passeports attendent toujours. Il les feuillette sans projet défini. L'un est au nom de Franck Matthieu, l'autre de Boris Wallon. Ils comportent tous les deux des photos d'identité sans moustache, ni fausse ni vraie. Peut-être l'image du soi-disant Wallon correspond-elle davantage à ce qui est apparu dans la glace, après la suppression du postiche. Ascher range donc ce nouveau document, dont tous les visas nécessaires sont les mêmes, dans la poche intérieure de sa veste, d'où il retire le passeport Henri Robin, qu'il insère sous le double fond de la sacoche à côté de Franck Matthieu. Puis il remet toutes ses affaires à leur place exacte, en y joignant à tout hasard le message de Pierre Garin demeuré sur la table. «Ce qui est fait est fait… Il vaut mieux que tu disparaisses…»

Ascher profite aussi de l'occasion pour prendre son peigne dans la trousse de toilette et, sans même retourner jusqu'au miroir, démêler sommairement sa coiffure, évitant toutefois de lui do

A ce moment, il entend du bruit dans le logis d'en face et il pense demander à la vieille femme s'il y a l'eau courante dans la maison. Pourquoi en aurait-il peur? Mais, comme il s'apprête à frapper au pa

Peut-être à cause du poids de son bagage, dont il a maintenant passé la courroie sur son épaule gauche, la rue Frédéric lui paraît plus longue qu'il ne l'aurait cru. Et, bien entendu, émergeant au milieu des ruines, les rares bâtiments restés debout, troués néanmoins et rhabillés de multiples réparations provisoires, ne comportent aucun café ni auberge où il aurait pu prendre quelque réconfort, ne serait-ce qu'un verre d'eau. On n'aperçoit pas d'ailleurs le moindre magasin de quoi que ce soit, sinon un volet de tôle, çà et là, qui ne doit pas avoir été relevé depuis plusieurs a

Ascher arrive enfin au poste de garde, dix mètres avant la chicane en barbelés rébarbatifs qui marque la frontière. Il exhibe le passeport au nom de Boris Wallon, dont le factio

«Kein Eintritt , kein Austritt! » tranche laconiquement le factio