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«Mais il se trouve que vous avez passé cette nuit-là (celle du 14 au 15) au premier étage d'un immeuble en ruine do

«Elle vous a vu partir le lendemain chargé de votre bagage, mais sans la grosse moustache que vous portiez la veille. Bien que cette perso

«Or, ce même officier des services spéciaux de la Wehrmacht , Dany von Brücke, a été assassiné la nuit dernière (et cette fois-ci pour de bon) à 1 heure 45 du matin: deux balles tirées à bout portant dans sa poitrine avec un pistolet automatique de 9 millimètres, arme identique selon les experts à celle qui ne lui avait causé, trois jours auparavant, qu'une blessure sans gravité. Les balles correspondant aux deux agressions ont été retrouvées sur place à chaque fois, c'est-à-dire, pour la seconde, dans un chantier de reconstruction do

Sur ces mots de compliments qu'il s'adressait en quelque sorte à soi-même, le policier a relevé son visage vers moi pour me fixer avec insistance, droit dans les yeux. Sans me troubler, je lui ai souri, comme si je m'associais à l'éloge, ou tout au moins pour m'en moquer d'une façon gentille. En fait, son récit, dont par moment il lisait le texte dactylographié, mais sur lequel au contraire il avait sans doute à plusieurs reprises improvisé librement (sa dernière phrase, par exemple, m'avait paru un ajout perso

Mais avant que je ne me décide à prendre la parole, mon interlocuteur a soudain reporté ses regards vers son supérieur, qui venait de se mettre debout. J'ai à mon tour levé les yeux sur ce perso

Sans quitter ma chaise ni marquer la moindre précipitation, j'ai moi-même tourné la tête pour apercevoir l'objet de leur excitation soudaine. Arrêtés en face d'eux avant d'avoir achevé la descente, debout sur la dernière marche dans une relative pénombre, se tenait Maria auprès d'un Schupo en uniforme portant à deux mains devant sa poitrine une mallette plate, d'importantes dimensions, qu'il présentait horizontalement avec une vigilance respectueuse, comme si c'était là une pièce de grande valeur. Et, sur les lèvres de la gracieuse servante se lisaient les mots, allemands sans doute, articulés avec soin, d'un message muet qu'elle adressait à mes accusateurs. Cette jeune fille aux airs naïfs appartenait donc aussi aux services de renseignement locaux, comme d'ailleurs la plupart des domestiques dans les hôtels et pensions de Berlin. Dès que j'ai eu les yeux posés sur elle, Maria, évidemment, a interrompu sa mimique qui s'est transformée aussitôt en un i

Maria ayant éloigné les deux verres presque vides, l'agent de police a déposé son précieux fardeau sur notre table pour en ouvrir et rabattre le couvercle, non sans observer toujours les précautions que l'on réserve aux objets d'art. À l'intérieur, bien rangés les uns à côté des autres et séparés par de grosses boules en papier pelure, il y avait sept sachets de plastique transparents, fermés chacun par un lien retenant une étiquette manuscrite en cursive gothique, illisible pour un Français. Mais j'ai identifié sans aucun mal, dans cette collection, l'escarpin de bal à l'empeigne garnie de paillettes bleues dont la doublure en chevreau blanc était désormais tachée de rouge, le pistolet automatique Beretta 9 mm, quatre douilles vraisemblablement percutées par l'arme en question, une petite poupée nue en celluloïd couleur chair à qui l'on avait arraché les bras, le slip en satin aux volants de dentelle froncée que je croyais à l'abri des regards dans mon armoire de toilette, une fiole en verre blanc contenant un reste de liquide également incolore où plongeait un tube à compte-gouttes faisant partie du bouchon vissé, le dangereux tronçon de la flûte à champagne brisée dont la pointe aiguë conservait d'épaisses traces de sang.

Le policier qui venait de me lire son rapport d'enquête m'a demandé, après un silence, si je reco

«Une chaussure identique à celle-ci se trouvait sur une étagère de la penderie, dans la chambre où j'ai dormi avec Joëlle Kast, mais elle n'était pas tachée de sang et appartenait au pied droit; or, nous avons ici un soulier gauche. Le pistolet que l'on vient, je pense, de trouver parmi mes affaires, làhaut, a été mis pendant mon sommeil dans une poche de ma pelisse; j'ai moi-même constaté sa présence suspecte en me réveillant.

– Vous ne l'aviez jamais vu auparavant?… Par exemple dans l'appartement en ruine qui do

– Il y avait en effet un pistolet automatique dans le tiroir de la table; mais, si mes souvenirs sont bons, c'était un modèle de plus petit calibre. Quant aux douilles vides, j'ignore tout à fait d'où elles peuvent provenir… En revanche, la poupée martyrisée sort tout droit d'un rêve d'enfant.

– Un rêve fait par vous?

– Par moi, comme par d'i

– Peut-on savoir alors où vous avez pris cette lingerie poignardée, découverte ici-même dans votre salle de bains?

– Je ne l'ai prise nulle part. Comme pour le Beretta, la seule explication serait qu'une perso

– Et que représenterait, dans votre peu crédible scénario, cette petite bouteille dont le comptegouttes est encore à demi plein? Quel genre de liquide contiendrait -elle?»

C'est, à dire vrai, le seul élément qui ne me rappelle rien, dans l'hétéroclite contenu de la mallette. En l'examinant à nouveau, je vois que le corps du flacon, d'un type vaguement pharmaceutique, laisse apparaître sous certains angles une inscription en lignes dépolies incluant en particulier la silhouette d'un éléphant, surmontée du nom grec de ce mammifère, curieusement écrit en grandes capitales cyrilliques (donc avec un esse russe en forme de C latin, à la place du sygma final), et suivie au-dessous, en plus petit, par le mot allemand «Radier f lüssigkeit », dont le sens reste pour moi plutôt mystérieux… Mais une idée me vient tout à coup, en repensant aux activités artistiques de Walther von Brücke: Radierung signifie gravure à l'eau-forte… Préférant néanmoins ne pas évoquer pour le moment les dessins érotiques très compromettants de mon rival, je choisis une autre réponse, à caractère plus évasif:

«Cela pourrait bien être un narcotique ou quelque poison de l'entendement, que l'on distille goutte à goutte depuis plusieurs jours dans tout ce que je bois: café, bière, vin, coca-cola… et jusqu'à l'eau du lavabo.