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Depuis, Max passe une partie de sa vie à croire, espérer, attendre de la rencontrer par hasard. Il n'est pas une journée sans qu'il y pense quelques secondes, quelques minutes ou plus. Or ce n'est pas raiso

5.

Debout, donc, à dix heures et demie, Max découvrant d'abord son verre à demi plein près de son lit s'en alla le vider dans l'évier puis, nu dans la cuisine, préparer du café.

Il ne ferait sa toilette qu'en fin de journée avant de sortir dans le monde, pour aller jouer ou voir des gens. Il s'habilla d'effets mous et pratiques, assez amples comme un survêtement, vieille chemise en lin beige froissé et pantalon de toile plus très blanche mais il semblait décidément qu'à cette époque tous ses boutons se mettaient à tomber l'un après l'autre, ses chemises ayant vécu le montraient. Deux ou trois fois par semaine ces temps-ci, pour un oui pour un non, lavage ou repassage trop énergiques de la femme de ménage ou de la machine à laver, étirement musculaire, faux mouvement ou chute spontanée, un fil trop usé se défaisait, le bouton quittait sa bouto

Ensuite c'est tous les jours pareil: après le café, le piano. Il y a bien longtemps que Max ne fait plus d'exercices avant de s'y mettre, les gammes et les arpèges ne lui servant qu'à se délier les doigts avant un concert, comme gymnastique d'assouplissement pour se chauffer doucement les muscles. Il travaille directement sur les pièces qu'il lui faudra bientôt exécuter, fignolant quelques trucs qu'il a inventés, ruses et détours techniques adaptés à tel ou tel obstacle, pendant trois ou quatre heures d'affilée. Il se tient devant son clavier dans un état fébrile d'excitation, de découragement et d'anxiété mêlés, bien qu'au bout d'un certain temps l'anxiété pre

Dans la cuisine, Max recherchait maintenant des solutions dans le réfrigérateur mais, Alice n'ayant pas fait de courses, il n'y avait rien qui se proposât de façon convaincante d'assouvir solitairement cette faim. Ce qui n'était pas plus mal, manger seul chez soi ne rend pas gai, l'anxiété peut alors reprendre le pas sur l'appétit jusqu'à le détruire, jusqu'à vous empêcher de manger pendant que la faim, de son côté, grandit de plus en plus et c'est terrible. Comme la plupart du temps, Max sortirait donc déjeuner dans le quartier où le brassage ethnique avait fait naître une prolifération de restaurants africains, tunisiens, laotiens, libanais, indiens, portugais, balkaniques ou chinois. Il y avait aussi un japonais correct qui venait de s'ouvrir à deux rues de là, va pour le japonais, Max enfila une veste et se mit en route. Il sortit de son immeuble, remonta la rue et là, parvenu au carrefour, il tomba sur elle. Non, pas sur Rose. Sur une autre.

Cette autre-là, n'hésitons pas, était aussi une femme surnaturellement belle, pas le même genre que Rose encore que, oui, peut-être y avait-il quelque chose. Max qui l'avait remarquée depuis longtemps ne la co

Toujours seule, il se pouvait que Max l'aperçût deux fois dans une semaine mais il arrivait aussi qu'il restât plusieurs mois sans la voir. Elle était une grande femme émouvante et brune et douce et tragique et profonde et, une fois énumérés ces adjectifs dont chacun s'appliquait surtout à son sourire et à son regard, Max aurait eu les plus grandes peines du monde à la décrire. Mais ce sourire, ce regard – étroitement co

Sashimi, pour changer un peu. Puis il rentra chez lui pour se remettre au piano, n'ayant aucune raison de ressortir. À deux ou trois reprises il dut répondre au téléphone qui so

6.

Une semaine s'étant écoulée depuis le concert de la salle Pleyel, il restait donc à Max une quinzaine de jours à vivre et nous roulions à vive allure de bon matin dans le TGV qui le ramenait à Paris depuis Nantes où, la veille au soir, il s'était do

Il y avait très peu de chemin à faire pour accéder au bar, à cette heure-ci presque vide et d'où l'on pouvait regarder le paysage en paix bien que d'épaisses tiges horizontales au milieu des vitrages, incompréhensiblement disposées juste à hauteur des yeux, contraignent à vous pencher ou vous hausser sur la pointe des pieds pour contempler ce paysage, par ailleurs dépourvu d'intérêt. Une fois que Max eut commandé une bière, il retira de sa poche gauche un téléphone sur le clavier duquel il composa un numéro. Allô, décrocha prestement Parisy, j'écoute. Ah c'est vous, alors comment ça s'est passé à Nantes? Écoutez, pas trop mal, répondit Max, mais la chambre était un pur scandale. Ah oui, dit Parisy préoccupé, je crois que je vois. Mais qu'est-ce qui vous a pris, demanda Max, de me réserver une chambre pour handicapés?

De fait, lit spécial et toilettes surélevées, barres disposées dans tous les coins pour se maintenir, banc à claire-voie sur la baignoire, fenêtre exposée au nord et commandant un secteur de parking dont les marques au sol désignaient qu'il était, lui aussi, réservé aux handicapés, cette chambre d'aspect clinique n'avait rien pour égayer l'humeur de l'homme seul, et spécialement de l'artiste seul, et particulièrement de l'artiste seul épouvanté. Je sais, reco

En première classe, section fumeurs, Max disposait d'un fauteuil solitaire dans un arrangement de quatre sièges vides. Une des choses bien, à cette époque, dans le TGV, c'était qu'en voiture 13 la première classe fumeurs jouxtait le bar, ce qui pouvait simplifier les choses. Survenant de chez les non-fumeurs, un homme vint lui demander si l'un de ces fauteuils était libre, précisant qu'il ne resterait pas longtemps, le temps d'une ou deux cigarettes. Mais je vous en prie, dit Max avec un geste hospitalier comme s'il était chez lui. En le remerciant et produisant des cigarettes et un briquet, l'homme jeta un regard un peu trop appuyé sur Max, qui se demanda si l'autre ne l'aurait pas identifié. Après tout, comme on voyait parfois sa tête dans les journaux, dans les revues spécialisées, sur des affiches ou des pochettes de disques, il arrivait qu'on le reco