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Ça n'irait pas tout seul. Il lui fallut reconstituer solitairement le parcours effectué la veille avec Béliard. Plus vide encore que d'habitude, le couloir de son étage rendait un écho glaçant d'internat désert pendant les congés scolaires, quand tous les autres sont partis dans leur famille et qu'on reste seul avec le perso
Comme la veille, les portes de l'appareil s'ouvrirent sur le même réseau de couloirs mieux décorés qu'à l'étage. Des portes do
Max, à sa vue, se rendit compte que depuis quelques jours il avait presque oublié la musique. C'était pourtant sa vie, la musique, du moins ça l'avait été. Or c'est à peine si on l'avait évoquée avec Béliard, le temps que celui-ci laisse entendre qu'il faudrait maintenant y renoncer. Max se rappelait d'ailleurs n'avoir guère été bouleversé sur le moment par cette information mais le piano, quand même. Un piano. Max s'approcha très lentement de lui, comme on aborde un animal farouche, comme si l'instrument risquait de s'envoler en piaillant au moindre geste à peine trop brusque. Profitant de l'absence dominicale de Béliard, il éprouvait le désir de voir ce que ce modèle avait dans le coffre, l'envie de le faire parler un peu, ce piano. Mais d'abord, s'immobilisant prudemment à un mètre, il voulut déchiffrer sa marque. Or ni Gaveau ni Steinway ni Bechstein ni Bôsendorfer ni rien: nulle signature à la feuille d'or sous le pupitre. Grosse machine anonyme et noire, laquée, luisante, célibataire et close. Progressant encore vers elle sur la pointe des pieds, Max retourna silencieusement ses mains en supination mais, lorsqu'il risqua en douceur le bout de ses doigts vers le clavier pour soulever le cylindre, il apparut que celui-ci était fermé à clef, rendant les touches inaccessibles. Max insista, tentant de forcer ce couvercle mais non, rien à faire, verrouillé. Bernie, parmi ses nombreux talents, eût été parfaitement capable de crocheter la serrure en deux temps trois mouvements, mais plus de Bernie. Bernie aussi, ç’avait été sa vie.
Max dut se contenter de tourner un moment, pas plus de deux ou trois fois, autour du piano fermé. Sans trop y croire il essaya aussi de soulever l'abattant de l'instrument, ne fût-ce que pour examiner la table d'harmonie, le sommier, pour caresser les cordes et promener ses ongles en harpe sur elles mais en vain: verrouillé comme le reste. Pendant ces deux ou trois tours de piano, la petite idée grandit derrière la tête de Max.
Cette idée lui fit reconstituer assez vite et sans mal l'itinéraire vers le hall. Il avançait toujours dans un silence épais qui, non content d'amplifier le bruit de ses pas, faisait aussi naître d'autres bruits divers et flous, frémissements et grondements, plaintes, grincements, bourdons lointains qui stoppaient net dès que Max prenait conscience de leur origine insituable, de leur naissance possible à l'intérieur de lui, sa boîte crânie
Pour aller où? Aucune idée. Une fois dehors, l'essentiel était de s'éloigner le plus possible, ensuite on verrait. L'extérieur consistait en un paysage minimum: passé l'esplanade gravillo
Rien n'évoquait dans ce paysage l'un ou l'autre de ceux que Max avait aperçus depuis les fenêtres: c'était un stade intermédiaire, gris, neutre et plutôt frais de la nature. Max décida de suivre ce chemin en frisso
Il dut marcher deux ou trois kilomètres sur ce chemin désert en rase campagne avant de percevoir un léger bruit de moteur assez grêle, sans doute à deux temps, et qui s'amplifiait dans son dos. Max prit soin de faire comme si de rien n'était jusqu'à ce qu'il entendît le moteur décroître tout près de lui, dans son dos, ronro
Il n'y avait à l'évidence aucune discussion possible, Max ne pouvait que monter, s'asseoir sans dire un mot. Dino manœuvra le véhicule et l'on repartit sans commentaire en direction du Centre, d'abord en silence puis, comme si Dino sentait que ce silence pouvait se mettre à peser, il commença de fredo
Mais c'était aussi l'occasion de co
Cependant, alors qu'on roulait vers le Centre sous un ciel presque aussi blanc que ce sourire, Max commença d'imaginer les terribles e
Mais, de retour au Centre, Max ne fut pas accueilli par un rang de gardiens armés impassibles ou d'infirmiers brandissant des seringues, ni traîné vers une geôle ou devant une assemblée d'hommes en noir. Dino se contenta de le raccompagner dans sa chambre où Béliard, assis sur le lit monoplace, l'attendait avec calme en regardant sa montre. Max redouta des remontrances voire des menaces, car peut-être avait-il, en plus, pourri le dimanche de Béliard, son seul jour de congé hebdomadaire – mais non, l'autre se montra tout aussi bienveillant et détaché que Dino. Et même plutôt prévenant. Comme Max allait se lancer dans des explications confuses, Béliard l'interrompit d'un geste. Ne vous inquiétez pas, dit-il, tout le monde a essayé un jour ou l'autre. Non, d'ailleurs, nuança-t-il, pas vraiment tout le monde. Mais vous savez, nous n'avons rien contre ce genre d'initiative. Au contraire, c'est très sain, c'est une bo