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Les bijoux
Le soir même de l'arrivée de notre cousine, nous allons dormir dans le galetas. Nous prenons deux couvertures dans la chambre de l'officier et nous mettons du foin par terre. Avant de nous coucher, nous regardons par les trous. Chez l'officier il n'y a perso
Grand-Mère a pris la lampe à pétrole de la cuisine et elle l'a suspendue au-dessus de sa coiffeuse. C'est un vieux meuble avec trois miroirs. Celui du centre est fixe, les deux autres sont mobiles. On peut les bouger pour se voir de profil.
Grand-Mère est assise devant la coiffeuse, elle se regarde dans le miroir. Au sommet de sa tête, sur son fichu noir, elle a posé une chose brillante. A son cou pendent plusieurs colliers, ses bras sont chargés de bracelets, ses doigts de bagues. Elle se contemple en parlant toute seule:
– Riche, riche. C'est facile d'être belle avec tout ça. Facile. La roue tourne. Ils sont à moi, maintenant, les bijoux. A moi. Ce n'est que justice. Ça brille, ça brille.
Plus tard, elle dit:
– Et s'ils revie
«Il faut qu'elle meure, elle aussi. Comme ça, pas de preuve. Ni vu ni co
Grand-Mère lève le poing, menace son image dans le miroir:
– Vous ne pourrez rien contre moi! Rien!
Elle ricane. Elle enlève les bijoux, les met dans un sac de toile et enfouit le sac dans sa paillasse. Elle se couche, nous aussi.
Le lendemain matin, quand notre cousine est sortie de la cuisine, nous disons à Grand-Mère:
– Grand-Mère, nous voulons vous dire quelque chose.
– Qu'est-ce qu'il y a encore?
– Ecoutez bien, Grand-Mère. Nous avons promis au vieux monsieur de veiller sur notre cousine. Alors, il ne lui arrivera rien, ni accident ni maladie. Rien. Et à nous non plus.
Nous lui montrons une enveloppe fermée:
– Ici, tout est écrit. Nous allons do
Grand-Mère nous regarde, les yeux presque fermés.
Elle respire très fort. Elle dit très bas:
– Fils de chie
L'après-midi, quand Grand-Mère part travailler dans sa vigne, nous fouillons sa paillasse. Il n'y a rien dedans.