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Notre premier spectacle

La servante chante souvent. Des chansons populaires ancie

Un soir, tard, alors que Grand-Mère est déjà couchée, nous allons en ville. Près du château, dans une vieille rue, nous nous arrêtons devant une maison basse. Du bruit, des voix, de la fumée vie

L'un de nous commence à jouer de l'harmonica et l'autre à chanter une chanson co

Les gens, peu à peu, se tournent vers nous; les voix se taisent. Nous chantons, nous jouons de plus en plus fort, nous entendons notre mélodie réso

Notre chanson finie, nous levons les yeux sur les visages fatigués et creux. Une femme rit et applaudit. Un homme jeune à qui il manque un bras dit d'une voix enrouée:

– Encore. Jouez encore quelque chose!

Nous échangeons nos rôles. Celui qui avait l'harmonica le passe à l'autre et nous commençons une nouvelle chanson.

Un homme très maigre s'approche de nous en titubant, il nous crie au visage:

– Silence, chiens!

Il nous pousse brutalement l'un à droite, l'autre à gauche; nous perdons l'équilibre; l'harmonica tombe. L'homme monte l'escalier en se tenant au mur. Nous l'entendons encore crier dans la rue:

– Que tout le monde se taise!

Nous ramassons l'harmonica, nous le nettoyons.

Quelqu'un dit:

– Il est sourd.

Quelqu'un d'autre dit:

– Il n'est pas seulement sourd. Il est surtout complètement fou.

Un vieillard nous caresse les cheveux. Des larmes coulent de ses yeux enfoncés, cernés de noir:

– Quel malheur! Quel monde de malheur! Pauvres petits! Pauvre monde!

Une femme dit:

– Sourd ou fou, il est revenu, lui. Toi aussi, tu es revenu.

Elle s'assied sur les genoux de l'homme à qui il manque un bras. L'homme dit:

– Tu as raison, ma belle, je suis revenu. Mais avec quoi vais-je travailler? Avec quoi vais-je tenir la planche à scier? Avec la manche vide de ma veste?

Un autre homme jeune, assis sur un banc, dit en rigolant:

– Moi aussi, je suis revenu. Seulement je suis paralysé par le bas. Les jambes et tout le reste. Je ne banderai plus jamais. J'aurais préféré y passer tout de suite, tiens, rester là, d'un seul coup.

Une autre femme dit:

– Vous n'êtes jamais contents. Ceux que je vois mourir à l'hôpital, ils disent tous: «Quebque soit mon état, j'aimerais survivre, rentrer chez moi, voir ma femme, ma mère, n'importe comrpent, vivre encore un peu.»

Un homme dit:

– Toi, boucle-la. Les femmes n'ont rien vu de la guerre.

La femme dit:

– Rien vu? Co

Tous se mettent à parler, à crier. Le vieillard, près de nous, dit:

– Perso

Nous remontons de la cave; nous décidons de rentrer.

La lune éclaire les rues et la route poussiéreuse qui mène chez Grand-Mère.