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– Je te remercie, dit Gabriel d'un ton grave. Mais qu'est-ce qu'où pourrait bien foutre pour que je l'entende pas le matin.
Ils se mirent à réfléchir.
– On, dit Gabriel, pourrait lui do
– Pan pan pan, fait discrètement Turandot derrière la porte sur le bois d'icelle.
– Entrez, dit Gabriel.
Turandot entre accompagné de Laverdure. Il s'assoit sans qu'on l'en prie et pose la cage sur la table. Laverdure regarde la bouteille de grenadine avec une convoitise mémorable. Marceline lui en verse un peu dans son buvoir. Turandot refuse l'offre (geste). Gabriel qui a terminé le médius attaque l'index. Avec tout ça, on n'a encore rien dit.
Laverdure a gobé sa grenadine. Il s'essuie le bec contre son perchoir, puis prend la parole en ces termes:
– Tu causes, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire.
– Je cause mon cul, réplique Turandot vexé.
Gabriel interrompt ses travaux et regarde méchamment le visiteur.
– Répète un peu voir ce que t'as dit, qu'il dit.
– J'ai dit, dit Turandot, j'ai dit: je cause mon cul.
– Et qu'est-ce que tu insinues par là? Si j'ose dire.
– J'insinue que la gosse, qu'elle soit ici, ça me plaît pas.
– Que ça te plaise ou que ça neu teu plaiseu pas, tu entends? je m'en fous.
– Pardon. Je t'ai loué ici sans enfants et maintenant t'en as un sans mon autorisation.
– Ton autorisation, tu sais où je me la mets?
– Je sais, je sais, d'ici à ce que tu me déshonores à causer comme ta nièce, y a pas loin.
– C'est pas permis d'être aussi inintelligent que toi, tu sais ce que ça veut dire «inintelligent», espèce de con?
– Ça y est, dit Turandot, ça vient.
– Tu causes, dit Laverdure, tu causes, c'est tout ce que tu sais faire.
– Ça vient quoi? demande Gabriel nettement menaçant.
– Tu commences à t'esprimer d'une façon repoussante.
– C'est qu'il commence à m'agacer, dit Gabriel à Marceline.
– T'énerve pas, dit doucement Marceline.
– Je ne veux pas d'une petite salope dans ma maison, dit Turandot avec des intonations pathétiques.
– Je t'emmerde, hurle Gabriel. Tu entends, je t'emmerde.
Il do
– Alors quoi, merde, on peut plus dormir?
Zazie est en pyjama. Elle bâille puis regarde Laverdure avec hostilité.
– C'est une vraie ménagerie ici, qu'elle déclare.
– Tu causes, tu causes, dit Laverdure, c'est tout ce que tu sais faire.
Un peu épatée, elle néglige l'animal pour Turandot, à propos duquel elle demande à son oncle:
– Et çui-là, qui c'est?
Gabriel essuyait la trousse avec un coin de la nappe.
– Merde, qu'il murmure, elle est foutue.
– Je t'en offrirai une autre, dit doucement Marceline.
– C'est gentil ça, dit Gabriel, mais dans ce cas-là, j'aimerais mieux que ce soit pas de la peau de porc.
– Qu'est-ce que tu aimerais mieux? Le box-calf?
Gabriel fit la moue.
– Le galuchat?
Moue.
– Le cuir de Russie?
Moue.
– Et le croco?
– Ce sera cher.
– Mais c'est solide et chic.
– C'est ça, j'irai me l'acheter moi-même.
Gabriel, souriant largement, se tourna vers Zazie:
– Tu vois, ta tante, c'est la gentillesse même.
– Tu m'as toujours pas dit qui c'était çui-là?
– C'est le proprio, répondit Gabriel, un proprio exceptio
– De La Cave?
– Gzactement, dit Turandot.
– On y danse dans votre cave?
– Ça non, dit Turandot.
– Minable, dit Zazie.
– T'en fais pas pour lui, dit Gabriel, il gagne bien sa vie.
– Mais à Singermindépré, dit Zazie, qu'est-ce qu'il se sucrerait, c'est dans tous les journaux.
– Tu es bien gentille de t'occuper de mes affaires, dit Turandot d'un air supérieur
– Gentille mon cul, rétorqua Zazie.
Turandot pousse un miaulement de triomphe.
– Ah ah, dit-il à Gabriel, tu pourras plus me soutenir le contraire, je l'ai entendu son mon cul.
– Dis donc pas de cochoncetés, dit Gabriel.
– Mais c'est pas moi, dit Turandot, c'est elle.
– Il rapporte, dit Zazie. C'est vilain.
– Et puis ça suffit, dit Gabriel. Il est temps que je me tire.
– Ça doit pas être marant d'être gardien de nuit, dit Zazie.
– Aucun métier n'est bien marant, dit Gabriel. Va donc te coucher.
Turandot ramasse la cage et dit:
– On reprendra la conversation.
Et il ajoute d'un air fin:
– La conversation mon cul.
– Est-il bête, dit doucement Marceline.
– On peut pas faire mieux, dit Gabriel.
– Eh bien, bo
– Tu causes, tu causes, dit Laverdure, c'est tout ce que tu sais faire.
– Il est mignon, dit Zazie en regardant l’animal.
– Va donc te coucher, dit Gabriel.
Zazie sort par une porte, les visiteurs du soir par une autre.
Gabriel attend que tout se soit calmé pour sortir à son tour. Il descend l'escalier sans bruit, en locataire convenable.
Mais Marceline a vu un objet qui traîne sur une commode, elle le prend, court ouvrir la porte, se penche pour crier doucement dans l'escalier:
– Gabriel, Gabriel.
– Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?
– Tu as oublié ton rouge à lèvres.