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Des voyageurs faisaient le cercle autour de lui l'ayant pris pour un guide complémentaire. Ils tournèrent la tête dans la direction de son regard.
– Et que voyez-vous? demanda l'un d'eux particulièrement versé dans la langue française.
– Oui, approuva un autre, qu'y a-t-il à voir?
– En effet, ajoute un troisième, que devons-nous voir?
– Kouavouar? demanda un quatrième, kouavouar? kouavouar? kouavouar?
– Kouavouar? répondit Gabriel, mais (grand geste) Zazie, Zazie ma nièce, qui sort de la pile et s'en vient vers nous.
Les caméras crépitent, puis on laisse passer l'enfant. Qui ricane.
– Alors, tonton? on fait recette?
– Comme tu vois, répondit Gabriel avec satisfaction.
Zazie haussa les épaules et regarda le public. Elle n'y vit point Charles et le fit remarquer.
– Il s'est tiré, dit Gabriel.
– Pourquoi?
– Pour rien.
– Pour rien, c'est pas une réponse.
– Oh bin, il est parti comme ça.
– Il avait une raison.
– Tu sais, Charles, (geste)
– Tu veux pas me le dire?
– Tu le sais aussi bien que moi.
Un voyageur intervint:
– Maie bonas horas collocamua si non dicis isti puellae thé reason why this man Charles went away.
– Mon petit vieux, lui répondit Gabriel, mêle-toi de tes cipolles. She knows why and she bothers me quite a lot.
– Oh! mais, s'écria Zazie, voilà maintenant que tu sais parler les langues forestières.
– Je ne l'ai pas fait esprès, répondit Gabriel en baissant modestement les yeux.
– Most interesting, dit un des voyageurs.
Zazie revint à son point de départ.
– Tout ça ne me dit pas pourquoi charlamilébou.
Gabriel s'énerva.
– Parce que tu lui disais des trucs qu'il comprenait pas. Des trucs pas de son âge.
– Et toi, tonton Gabriel, si je te disais des trucs que tu comprendrais pas, des trucs pas de ton âge, qu'est-ce que tu ferais?
– Essaie, dit Gabriel d'un ton craintif.
– Par egzemple, continua Zazie impitoyable, si je te demandais t'es un hormosessuel ou pas? est-ce que tu comprendrais? Ça serait-i de ton âge?
– Most interesting, dit un voyageur (le même que tout à l'heure).
– Pauvre Charles, soupira Gabriel.
– Tu réponds, oui ou merde, cria Zazie. Tu comprends ce mot-là: hormosessuel?
– Bien sûr, hurla Gabriel, veux-tu que je te fasse un dessin?
La foule intéressée approuva. Quelques-uns applaudirent.
– T'es pas chiche, répliqua Zazie.
C'est alors que Fédor Balanovitch fit son apparition.
– Allons grouillons! qu'ilse mit à gueuler. Schnell! Schnell! remontons dans le car et que ça saute.
– Where are we going now?
– A la Sainte-Chapelle, répondit Fédor Balanovitch. Un joyau de l'art gothique. Allons grouillons! Schnell! Schnell!
Mais les gens grouillaient pas, fortement intéressés par Gabriel et sa nièce.
– Là, disait celle-ci à celui-là qui n'avait rien dessiné, tu vois que t'es pas chiche.
– Ce qu'elle peut être ta
Fédor Balanovitch, remonté de confiance à son bord, s'aperçut qu'il n'avait été suivi que par trois ou quatre minus.
– Alors quoi, beugla-t-il, y a pus de discipline? Qu'est-ce qu'ils foutent, bon dieu!
Il do
– Mais c'est Gabriella, s'esclama-t-il. Qu'est-ce que tu fous là?
– Chtt chtt, fit Gabriel cependant que le cercle de ses admirateurs s'enthousiasmait naïvement au spectacle de cette rencontre.
– Non mais, continuait Fédor Balanovitch, tu ne vas tout de même pas leur faire le coup de La Mort du cygne en tutu?
– Chht chht, fit de nouveau Gabriel très à court de discours.
– Et qu'est-ce que c'est que cette môme que tu trimbales avec toi? où que tu l’as ramassée?
– C'est ma nièce et tâche a voir de respecter ma famille même mineure.
– Et lui, qui c'est? demanda Zazie.
– Un copain, dit Gabriel. Fédor Balanovitch.
– Tu vois, dit Fêdor Balanovitch à Gabriel, je ne fais plus le bâille-naïte, je me suis élevé dans la hiérarchie sociale et j'emmène tous ces cons à la Sainte-Chapelle.
– Tu pourrais peut-être nous rentrer à la maison. Avec cette grève des transtrucs en commachin, on peut plus rien faire de ce qu'on veut. Y a pas un tac à l'horizon.
– On va pas déjà rentrer, dit Zazie.
– De toute façon, dit Fédor Balanovitch, faut qu'on passe d'abord la Sainte-Chapelle avant que ça ferme. Ensuite, ajouta-t-il à l'intention de Gabriel, c'est possible que je te rentre chez toi.
– Et c'est intéressant, la Sainte-Chapelle? demanda Gabriel.
– Sainte-Chapelle! Sainte-Chapelle! telle fut la clameur touriste et ceux qui la poussèrent, cette clameur touriste, entraînèrent Gabriel vers le car dans un élan irrésistible.
– Il leur a tapé dans l'œil, dit Fédor Balanovitch à Zazie restée comme lui en arrière.
– Faut tout de même pas, dit Zazie, s'imaginer que je vais me laisser trimbaler avec tous ces veaux.
– Moi, dit Fédor Balanovitch, je m'en fous.
Et il remonta devant son volant et son micro, utilisant aussitôt ce dernier instrument:
– Allons grouillons! qu'il haut-parlait jovialement. Schnell! Schnell!
Les admirateurs de Gabriel l'avaient déjà confortablement installé et, munis d'appareils adéquats, mesuraient le poids de la lumière afin de lui tirer le portrait avec des effets de contre-jour. Bien que toutes ces attentions le flattassent, il s'enquit cependant du destin de sa nièce. Ayant appris de Fédor Balanovitch que la dite se refusait à suivre le mouvement, il s'arrache au cercle enchanté des xénophones, redescend et se jette sur Zazie qu'il saisit par un bras et entraîne vers le car.
Les caméras crépitent.
– Tu me fais mal, glapissait Zazie folle de rage.
Mais elle fut elle aussi emportée vers la Sainte-Chapelle par le véhicule aux lourds pneumatiques.