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– Oui, mais vous ne répondez pas aux questions qu'on vous pose.

– Lesquelles par exemple?

– Aimez-vous les épinards?

– Avec des petits croûtons je les supporte, mais je ne ferais pas des folies pour.

Gridoux demeura pensif un instant, puis il lâcha une bordée de nomdehieus proférés à basse voix.

– Qu'est-ce qui ne va pas? demanda le type.

– Je do

– Je suis venu reconduire une enfant perdue à ses parents.

– Vous allez finir par me le faire croire.

– Et ça m'a attiré bien des e

– Oh! dit Gridoux, pas bien graves.

– Je ne parle pas de l'histoire avec le roi de la séguedille et de la princesse des dji

Le type avait fini de remettre sa chaussure.

– Ya pire, répéta-t-il.

– Quoi? demanda Gridoux impressio

– J'ai ramené la petite à ses parents, mais moi je me suis perdu.

– Oh! ça n'est rien, dit Gridoux rasséréné. Vous tournez dans la rue à gauche et vous trouvez le métro un peu plus bas, c'est pas difficile comme vous voyez.

– S'agit pas de ça. C'est moi, moi, que j'ai perdu.

– Comprends pas, dit Gridoux de nouveau un peu inquiet.

– Posez-moi des questions, posez-moi des questions, vous allez comprendre.

– Mais vous y répondez pas aux questions.

– Quelle injustice! comme si je n'ai pas répondu pour les épinards.

Gridoux se gratta le crâne.

– Eh bien par exemple…

Mais il ne put continuer, fort embarrassé.

– Dites, insistait le type, mais dites donc, (silence)

Gridoux baisse les yeux.

Le type lui vient en aide,

– Vous voulez peut-être savoir mon nom par egzemple?

– Oui, dit Gridoux, c'est ça, vott nom.

– Eh bien je ne le sais pas.

Gridoux leva les yeux.

– C'est malin, ça, dit-il.

– Eh non, je ne le sais pas.

– Comment ça?

– Comment ça? Comme ça. Je ne l'ai pas appris par cœur.

(silence)

– Vous vous foutez de moi, dit Gridoux.

– Et pourquoi ça?

– Est-ce qu'on a besoin d'apprendre son nom par cœur?

– Vous, dit le type, vous vous appelez comment?

– Gridoux, répondit Gridoux sans se méfier.

– Vous voyez bien que vous le savez par cœur votre nom de Gridoux.

– C'est pourtant vrai, murmura Gridoux.

Mais ce qu'il y a de plus fort dans mon cas, reprit le type, c'est que je ne sais pas si j'en avais un avant.

– Un nom?

– Un nom.

– Ce n'est pas possible, murmura Gridoux avec accablement.

– Possible, possible, qu'est-ce que ça veut dire «possible», quand ça est?

– Alors comme ça vous n'avez jamais eu de nom?

– Il semble bien.

– Et ça ne vous a jamais causé d'e

– Pas de trop. (silence)

Le type répéta:

– Pas de trop, (silence)

– Et votre âge, demanda brusquement Gridoux. Vous ne le savez peut-être pas non plus votre âge?

– Non, répondit le type. Bien sûr que non.

Gridoux examina attentivement la tète de son interlocuteur.

– Vous devez avoir dans les…

Mais il s'interrompit.

– C'est difficile à dire, murmura-t-il.

– N'est-ce pas? Alors, quand vous venez m'interroger sur mon métier, vous comprenez que c'est pas par mauvaise volonté que je ne vous réponds pas.

– Bien sûr, acquiesça Gridoux angoissé.

Un bruit de moteur vaseux fit se retourner le type. Un taxi vieux passa, ayant à bord Gabriel et Zazie.

– Ça va se promener, dit le type.

Gridoux ne fait aucun commentaire. Il voudrait bien que l'autre aille se promener, lui aussi.

– Il ne me reste plus qu'à vous remercier, reprit le type.

– De rien, dit Gridoux.

– Et le métro? Alors, je le trouverai par là?

(geste)

– C'est ça. Par là.

– C'est un renseignement utile, dit le type. Surtout quand y a la grève.

– Vous pourrez toujours consulter le plan, dit Gridoux.

Il se mit à taper très fort sur une semelle et le type s'en va.