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Je tiens donc à le dire clairement: je n'ai rien fait. Rien, surtout, lorsqu'on pense à l'espoir et à la confiance de la vieille femme qui m'attendait. Je me suis débattu. Je ne me suis pas vraiment battu.

Certains moments que je semble avoir vécus alors ont complètement échappé à ma mémoire. Un camarade, Perrier, dont je ne mettrai jamais la parole en doute, me raconta, longtemps après la guerre, qu'étant rentré tard une nuit dans le bungalow qu'il partageait alors avec moi à Fort-Lamy, il m'avait trouvé sous la moustiquaire avec le canon d'un revolver pressé contre ma tempe, et qu'il avait tout juste eu le temps de se jeter sur moi pour détourner le coup de feu. Je lui ai, paraît-il, expliqué mon geste par le désespoir que j'éprouvais d'avoir abando

CHAPITRE XXXIX

A mon marasme se mêlaient la hantise et la morsure d'un instant de bonheur que je venais de vivre. Si je n'en ai pas encore parlé, c'est par manque de talent. Chaque fois que je lève la tête et que je reprends mon carnet, la faiblesse de ma voix et la pauvreté de mes moyens me semblent une insulte à tout ce que j'essaye de dire, à tout ce que j'ai aimé. Un jour, peut-être, quelque grand écrivain trouvera dans ce que j'ai vécu une inspiration à sa mesure et je n'aurai pas tracé ces lignes en vain.

A Bangui, j'habitais un petit bungalow perdu parmi les bananiers, au pied d'une colline où la lune venait chaque nuit se percher comme un hibou lumineux. Tous les soirs, j'allais m'asseoir à la terrasse du cercle au bord du fleuve, face au Congo, qui commençait sur l'autre rive, et j'écoutais le seul disque qu'ils avaient là: Remember our fargotten men.

Je l'ai vue un jour marcher sur la route, les seins nus, portant sur la tête une corbeille de fruits.

Toute la splendeur du corps féminin dans sa tendre adolescence, toute la beauté de la vie, de l'espoir, du sourire, et une démarche comme si rien ne pouvait vous arriver. Louison avait seize ans et lorsque sa poitrine me do

Tous les quinze jours, un Blenheim piloté par Hirlema

L'avion d'Hirlema

Mon voyage à Brazzaville dut donc être remis au mois suivant, en attendant le retour de Soubabère.

Mais Soubabère disparut également dans la forêt du Congo avec l'étrange «aile volante» qu'avec l'Américain Jim Mollison il avait été le seul à savoir piloter.

Je reçus l'ordre de rejoindre mon escadrille sur le front d'Abyssinie. J'ignorais alors que les combats avec les Italiens étaient pour ainsi dire terminés et que je ne servirais à rien. J'obéis. Je ne revis jamais Louison. J'eus de ses nouvelles par des camarades, deux ou trois fois. On la soignait bien. On avait de l'espoir. Elle demandait quand je reviendrais. Elle était gaie. Et puis ce fut le rideau. J'écrivis des lettres, des demandes par voie hiérarchique, j'envoyai quelques télégrammes fort cavaliers. Rien. Les autorités militaires observaient un silence glacé. Je tempêtais, protestais: la plus gentille voix du monde appelait de quelque lazaret triste d'Afrique. Je fus expédié en Libye. Je fus aussi invité à passer un examen pour voir si je n'avais pas la lèpre. Je ne l'avais pas. Mais ça n'allait pas. Je n'ai jamais imaginé qu'on pût être à ce point hanté par une voix, par un cou, par des épaules, par des mains. Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n'ai jaimais su où aller depuis.

CHAPITRE XL

Les lettres de ma mère se faisaient plus brèves; griffo

– Elle t'aime? me demandait-elle. J'acquiesçais sans hésiter et sans fausse modestie.

– Et toi?

Comme d'habitude, je jouais au dur et au tatoué.

– Oh! tu sais, moi, les femmes, lui répondais-je. Une de perdue, dix de retrouvées.

– Tu n'as pas peur qu'elle te trompe, pendant que tu n'es pas là?

– Eh bien! tu vois, non, lui répondais-je.