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– Conduisez-la jusqu’à la litière…

Le geôlier obéit sur un signe de Bussi-Leclerc et entraîna la priso

– Enfermez cette créature…

Violetta devant la gueule ouverte du cachot eut un recul instinctif, et une sorte de gémissement râla sur ses lèvres. Mais la main du geôlier s’abattit sur elle, et l’instant d’après, la porte se refermait lourdement, les verrous étaient poussés… D’un geste, alors, Fausta renvoya le geôlier et les deux soldats qui remontèrent l’escalier. Elle demeura seule avec Bussi-Leclerc. Un livide sourire plissa ses lèvres.

– Pardaillan, murmura-t-elle au fond d’elle-même, oseras-tu chercher ton amante jusque dans cette tombe?…

Bussi-Leclerc la contemplait avec un sentiment de terreur mêlée d’éto

– Vous ne comprenez pas?

– J’attends que vous m’expliquiez…

– Où est Madeleine Fourcaud?

Bussi-Leclerc étendit le bras vers la porte d’un cachot voisin et dit:

– Là!…

Fausta désigna le cachot où Violetta venait d’être jetée, et elle dit:

– Et là se trouve Jea

Bussi-Leclerc, tout cuirassé qu’il fût contre les émotions sentimentales, ne put s’empêcher de frémir, devinant quelque formidable aventure de vengeance dans la substitution qui avait été exécutée.

– Quoi! balbutia-t-il, cette jeune fille que vous avez amenée…

– Elle s’appelle désormais Jea

Lorsque Bussi-Leclerc et Fausta furent remontés à la surface de la terre, dans cette petite cour étroite et noire qui semblait un pur et large horizon à ceux qui avaient vu les cachots souterrains, Jea

– Tu veux savoir ce qu’est devenue la fille de Claude? demanda-t-elle.

– Rien ne vous échappe, madame, dit le bohémien courbé. Violetta, vous le savez, c’est mon espoir. Pardo

– Mais sais-tu seulement où il est?

– Non, mais je le trouverai, n’ayez crainte. Claude et moi nous nous sommes toujours retrouvés.

Belgodère se redressa dans la nuit. Ses yeux brillèrent d’un tel éclat de haine qu’ils parurent jeter dans les ténèbres des lueurs phosphorescentes.

– Voyons, reprit alors Fausta pensive, tu m’as toujours promis de me raconter ton histoire: le moment est venu. Voici ce que tu vas faire; tu vas reconduire la litière à l’abbaye; mes hommes t’escorteront, puis te ramèneront à mon palais. Tu mettras la nouvelle priso

– Oh! je suis tranquille, dit Belgodère d’une voix sombre. Je sais qu’elle est en bo

– Monsieur le gouverneur, dit tout haut Fausta en se tournant vers Bussi-Leclerc, à quelle heure aura lieu le spectacle que vous avez promis aux Parisiens?…

– Mais à la pointe du jour, je pense.

– C’est trop tôt. Je veux en être. Il me semble que dix heures du matin, ce sera une heure convenable…

– À vos ordres. Dix heures, soit…

– Et où dressera-t-on les tréteaux? reprit Fausta.

– La place de Grève, si ce lieu vous convient, me paraît le meilleur endroit.

– La place de Grève me convient!

Fausta remonta alors à cheval. Belgodère prit place près de Jea

– Et vous, signora, dit celui auquel elle s’était adressée, vous rentrerez donc sans garde?

– Moi, dit Fausta en levant le doigt vers le ciel étoilé, moi, comte, je suis gardée par celui qui m’a envoyée sur la terre. Allez!…

La litière et l’escorte se dirigèrent alors par le chemin qu’elles avaient accompli en sens inverse. Fausta seule s’en alla vers la Cité. Et soit qu’elle crût réellement à ce qu’elle venait de dire, soit qu’elle eût une bravoure extraordinaire pour une femme, elle n’eut pas un instant de crainte en traversant ces ruelles noires dont chacun était un coupe-gorge et où les plus hardis seigneurs ne se hasardaient que solidement armés et bien accompagnés.

Belgodère, parvenu à l’abbaye de Montmartre, conduisit sa nouvelle priso

– Qu’est-ce que cette fille que je dois maintenant surveiller? Du diable si je comprends quelque chose en cette affaire, et si je vois une lueur dans ces ténèbres… Croasse! Que veut la signora Fausta? Où me conduit-elle?… Bah! Je vais le savoir tout à l’heure sans doute… Croasse!… Elle m’a dit: «Raconte-moi ton histoire et je te dirai ce que va devenir Violetta…» J’y vais, par l’enfer! Le bon moment approche… Croasse veillera sur la petite en mon absence… Croasse!…

À ce troisième appel, Croasse ne répondit pas plus qu’aux deux premiers.

– Tu dors, gronda Belgodère, tu as l’audace de dormir pendant que je travaille! Attends un peu, misérable gibier de sac et de corde, attends, maître dormeur enragé, je viens, va, ne te dérange pas…

En grommelant ces aménités, le bohémien avait saisi le fameux gourdin avec lequel Croasse avait fait si ample co