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– Eh bien! Ne voyez-vous pas cette maiso
Philomène avait crampo
– Quel malheur! dit Philomène.
– Attendez, fit Croasse bouillo
– Ah! vous êtes un héros!…
Déjà Croasse entreprenait l’escalade qui, grâce à sa hauteur démesurée, lui fut facile; quelques instants plus tard, il sautait dans l’enclos, et sans perdre une seconde se prépara à ouvrir à Philomène. À ce moment, il entendit derrière lui le bruit précipité de pas légers. Il se retourna et étouffa un cri de stupéfaction: une jeune fille accourait vers lui, cheveux épars, mains jointes, regard suppliant… une enfant adorablement belle dans sa terreur même.
– Ô monsieur, supplia-t-elle, qui que vous soyez, sauvez-moi! Emmenez-moi d’ici!…
– La petite chanteuse!… Violetta!… s’écria Croasse.
À cette voix, la jeune fille parut reco
– Ah! murmura-t-elle avec accablement, ce n’est pas un sauveur! Ce n’est qu’un aide de Belgodère!…
Et deux larmes roulèrent sur ses joues pâlies.
– Violetta! Ici! répéta Croasse. Mais comment se fait-il que?…
Croasse n’eut pas le temps d’en dire plus long; sur le seuil de la maiso
Belgodère n’était jamais apparu à Croasse qu’une trique à la main. Et cette fois encore, pour ne pas déroger à l’habitude sans doute, le bohémien, tout en s’avançant d’un pas tranquille, faisait tournoyer un gourdin de cornouiller de respectable apparence. Croasse pâlit et, poussant un long gémissement, flageola sur ses longues jambes.
Belgodère saisit rudement Violetta par le bras et gronda:
– Rentre, toi!… Une autre fois, ça ne se passera pas ainsi…
La pauvre petite baissa la tête et se dirigea lentement vers la maiso
– Ah ça, dit-il, que fais-tu ici?
– Maître, balbutia Croasse, mais… je vous cherchais!…
– Eh bien! puisque tu me cherchais, tu m’as trouvé. Arrive!… Marche, ou gare la trique!…
Quelques instants plus tard, Croasse, blême d’épouvante, entrait à son tour dans la maiso
Elle emportait avec elle un amer regret et une profonde satisfaction. Le regret était pour l’unique aventure de sa vie, qui s’en allait à vau-l’eau. La satisfaction était pour ce secret qu’elle venait de surprendre.
Or, après la joie de surprendre un secret, il y en a une autre plus grande encore: c’est de le raconter. Et dix minutes ne s’étaient pas écoulées que sœur Philomène et sœur Mariange, installées toutes deux dans leur réduit, se préparaient l’une à raconter et l’autre à écouter de toutes ses oreilles.
– Ah! sœur Mariange, quelle aventure!… Mais vous me promettez bien au moins de n’en rien dire?
– Sur ma patro
– Eh bien, il y a un homme au couvent!…
– Ceci n’est pas neuf, et si ce n’est que cela…
– Oui, mais un homme installé à demeure… ou plutôt deux hommes maintenant… et une priso
Alors sœur Philomène fit un récit exact et détaillé de ce qu’elle venait de voir. Et lorsque ce récit fut terminé, sœur Mariange tomba dans une profonde méditation. Sous ses dehors frustes, c’était une matoise, habile à tout comprendre et surtout à tirer bon parti de ce qu’elle avait une fois compris. Et le résultat de ses réflexions fut que non seulement elle résolut de ne pas ébruiter le secret découvert par sœur Philomène, mais encore qu’elle dit à celle-ci:
– Écoutez, sœur Philomène, c’est très grave, ce que vous venez de me dire.
– Vous croyez, sœur Mariange?
– J’en suis sûre. Je crois que Mme de Beauvilliers prendrait des mesures terribles contre nous si elle savait que nous savons…
– Jésus! Vous m’effrayez!…
– Ce qui est sûr, c’est que si vous parvenez à taire votre langue…
– Vous m’offensez, dame Mariange!
Elles oubliaient en effet, parfois, qu’elles étaient sœurs. Elles l’étaient si peu!
– Je sais, dit froidement Mariange, que je vous offense en vous croyant capable d’arrêter votre langue, ne fut-ce qu’une minute. Mais cette fois, pourtant, il faudra vous résoudre à vous taire.
– Et qu’y gagnerai-je? s’écria Philomène.
– Une fortune peut-être! La vie assurée! Songez à cela, sœur Philomène.
– Oui, mais comment?…
– Ceci, c’est mon secret à moi. Et comme je ne veux pas qu’il coure le couvent, je le garde.
– Cependant, je voudrais bien savoir… je suis curieuse, c’est mon seul défaut.
– Vous saurez plus tard. En attendant, si vous voulez gagner de l’or beaucoup d’or, de quoi vous vêtir comme une dame de bourgeoisie, de quoi séduire enfin ce héros dont vous m’avez parlé, eh bien, taisez-vous!
Philomène, insensible à l’appât de l’or, frémit à la pensée qu’elle pouvait retrouver et achever de séduire le beau Croasse. Elle jura de se taire… Alors, sœur Mariange sortit en toute hâte; mais pour plus de sûreté, elle enferma Philomène dans le réduit.
Mariange se dirigea rapidement vers le vieux pavillon qu’elle avait elle-même désigné à Pardaillan et à Charles d’Angoulême. Mais ce fut en vain qu’elle y pénétra précipitamment. Le pavillon était vide. Elle courut à la brèche monta sur le pan de mur écroulé, et inspecta longuement les environs, mais il n’y avait plus perso