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XXII LE CŒUR DE FAUSTA

– Est-ce que le règne pontifical de Jea

Claudine écoutait ardemment ces étranges paroles prononcées de cette voix pleine de chaudes caresses et d’indomptable volonté. Elle comprenait qu’elle n’avait ni à approuver ni à désapprouver. S’adressant plus directement à l’abbesse, Fausta continua:

– Donc, ils sont vingt-trois qui, fatigués de la tyra

Fausta, à ce moment, tomba dans une songerie que Claudine se garda d’interrompre.

– Farnèse! répéta seulement Fausta. C’est lui que je conquis le premier, et c’est lui qui le premier m’abando

– Quoi! madame… le cardinal Farnèse!…

– Un soir, reprit Fausta sans répondre, Farnèse vint me chercher dans mon palais. Il co

Alors les vingt-trois m’entourèrent. Je ne tremblai pas devant ce que j’entrevis à l’instant. Je n’eus pas peur de la proposition terrible que je devinai dans tous les yeux… Et lorsqu’elle fut enfin formulée, cette proposition, j’acceptai… Longtemps je parlai à ces hommes qui m’écoutèrent dans un effrayant silence… Et lorsque j’eus fini de parler, l’un après l’autre ils vinrent s’agenouiller devant moi et me baisèrent la main en signe de soumission… Alors l’un d’eux, le plus vieux, passa à mon doigt cet a

Fausta allongea la main et montra l’a

– Je me mis à l’œuvre, continua Fausta. En si peu de temps, j’ai bouleversé l’Italie dont presque tous les évêques sont prêts à me reco

Fausta retomba dans un morne silence.

– Il me semble, dit timidement Claudine, que les événements se déroulent bien selon vos plans…

– Voilà ce qui me déroute! dit Fausta. Voilà ce qui m’épouvanterait si je pouvais l’être! Les apparences sont telles qu’elles dépassent mes prévisions, et sous ces événements s’en trouvent d’autres qui m’arrêtent, me paralysent, me frappent d’impuissance… Les cardinaux du conclave secret ont peur devant l’acte définitif. Farnèse qui était celui sur lequel je m’appuyais vient de m’abando

– Mais Guise! Guise!…

– Guise est réconcilié avec la duchesse!… Je la tenais, pourtant!… Je l’ai renvoyée espérant qu’elle aurait assez d’audace pour se représenter une fois encore à l’hôtel de Guise, et qu’alors… Mais elle a eu l’audace prévue, elle a vu son mari… et le mari a pardo

Claudine de Beauvilliers réprima un sourire.

– Guise, reprit Fausta, Guise qui passe pour le type accompli de l’énergie violente, Guise n’est vraiment admirable que dans la bataille; la lance ou l’estramaçon au poing, bardé d’acier de la tête aux pieds, monté sur quelque pesant destrier au poitrail de fer, à la tête d’un escadron, il est le chevalier des ruées furieuses, des grandes chevauchées à travers du sang… Guise, à la cour, est encore le gentilhomme le plus élégant; le nœud de satin de son épée est inimitable; il porte avec une grâce incomparable le manteau de velours cramoisi; il a une majesté naturelle qui fait de lui la véritable figuration de la royauté… oui, ce sera dans la cérémonie un sire magnifique, et dans les combats un chef intrépide…

En parlant ainsi, Fausta, les yeux à demi fermés, semblait évoquer l’image qu’elle bâtissait… ou peut-être une autre image qui venait s’offrir en comparaison. Elle reprit avec un soupir:

– Mais une fois le casque et la cuirasse déposés, hors le champ de bataille ou le champ de cérémonies élégantes, j’aperçois dans Guise ce qu’il est en réalité: une belle statue qui parfois a un geste violent, qui jette un regard étincelant, mais qui n’est capable ni de haute pensée, ni de ferme résolution… Oui, il a pardo

Fausta ferma tout à fait les yeux. Son sein se souleva. Et très bas, si bas que Claudine ne l’entendit pas, elle murmura:

– Il est vrai que sur la place de Grève et à la butte Saint-Roch, Guise a eu affaire à forte partie… Pourquoi le duc de Guise n’a-t-il pas l’âme d’un Pardaillan?… Avec un pareil levier, je soulèverais le monde…

Alors, comme si le secret qu’elle portait au cœur l’eût étouffée, elle reprit d’une voix qui tremblait presque.

– Ce n’est pas le corps qui doit être couvert d’acier dans les batailles, c’est l’âme. Le véritable chevalier des héroïques entreprises, ce n’est pas un Guise à l’armure étincelante ou au pourpoint de satin… je l’ai vu, le vrai chevalier, je le vois, celui qui pourrait monter à l’assaut du trône… Son buffle est un peu râpé, ses vêtements sont fatigués, sa rapière est longue et large, son visage est maigre et sa parole sans emphase; il y a un étrange sourire dans son regard et sa forte simplicité m’éto

La Fausta s’arrêta soudain. Son visage pâlit et les ongles de ses mains s’incrustèrent dans les paumes, en l’effort qu’elle fit pour dompter son émotion. Mais Claudine avait vu, entendu… et elle avait deviné…

– Folie! murmura Fausta. Je n’ai pas de cœur. Je ne veux pas avoir de cœur…

– Pourquoi, ma souveraine? s’écria Claudine palpitante. Pourquoi ne pas descendre du nuage flamboyant qui vous porte, et vous rapprocher de l’humanité?… Reine toute-puissante, pourquoi ne seriez-vous pas femme?…

– Parce que, dit la Fausta, en reprenant toute sa majesté avec son sang-froid, je veux être la vierge qui ne co

– Ah! madame, dit Claudine avec la profonde émotion de la sincérité, c’est un maître d’une bien douce puissance que l’amour!…

– L’amour! balbutia Fausta en tressaillant.

Elle baissa la tête et une larme brûlante pareille à un pur diamant gonfla ses paupières. Mais cette larme s’évapora au feu dévorant de ses joues, et lorsqu’elle releva la tête, son visage avait repris toute sa sérénité.