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– Le bourreau! haleta le cardinal. Madame, madame! vous êtes la toute-puissance et la souveraineté! Soyez généreuse. Ne me condamnez pas au hideux supplice de revoir l’homme qui m’arracha l’âme en me volant et en laissant mourir ma…
– Silence, cardinal Farnèse!…
Il y eut cette fois un tel grondement de to
– Ce sera pour ce soir dix heures. Allez, cardinal. Agissez. Et en même temps, faites tenir cette lettre au duc de Guise.
Le gentilhomme saisit le pli cacheté, puis, plus morne encore, il sortit et descendit en râlant au fond de son cœur:
– Ah! la malédiction pèse sur moi, toujours!… Marche, maudit! Un crime de plus! Qu’importe dans la funèbre série!…
Sur la Grève, à travers la foule qui formait cercle, le visage redevenu rigide, il marcha vers Belgodère. Sur l’avant de la voiture attendait Violetta, tremblante. Près du cheval, Saïzuma, immobile, énigmatique. À ce moment, le duc de Guise se penchait vers le sacripant et murmurait:
– Chien de bohème, tout à l’heure, un gentilhomme t’apportera mes ordres. Exécute-les, si tu ne veux avoir les os rompus.
– Je suis prêt, monseigneur. Ordo
– Bien! en ce cas, à toi les ducats… à moi la fille!… Et maintenant fais-la chanter afin que ma présence ait ici un prétexte.
– À l’instant même. Violetta! Violetta!
La jeune fille tressaillit, arrachée à un rêve d’extase. Elle n’avait pas vu Guise, qui, le visage pourpre, la contemplait… Au loin, du fond de la place, un jeune seigneur s’avançait, les yeux fixés sur elle… Leur double regard chargé d’effluves magnétiques se cherchait, se croisait. Et ce gentilhomme, tout radieux de sa jeunesse et de son amour, c’était le fils du roi Charles IX, le duc d’Angoulême!
– Violetta! vociféra Belgodère.
Un cri terrible l’interrompit… Un cri d’agonie ou d’épouvante qui jaillissait de la roulotte.
– Ma mère! ma mère se meurt! balbutia Violetta qui se rejeta dans l’intérieur.
L’agonisante, celle qu’elle appelait sa mère, les mains crispées sur le matelas pour se soulever, les yeux exorbités, tenait son visage collé à la petite fenêtre, comme fascinée par une effroyable apparition…
– Ma mère! ma mère! sanglota Violetta.
– Messeigneurs! criait dehors Belgodère, un instant de patience, et je vous ramène la chanteuse. En attendant, la célèbre Saïzuma va vous dire la bo
Saïzuma demeurait immobile. Ses yeux flamboyants du fond du masque rouge se rivaient sur le cardinal Farnèse… sur l’homme envoyé pour préparer la mort de Violetta… La bohémie
– Violetta! Violetta! arrive à l’instant! hurlait Belgodère en montant les marches.
– Mère! mère! balbutiait Violetta à genoux près de l’agonisante. Cette femme, alors, tourna vers elle un visage empreint d’une immense pitié:
– Ta mère! râla-t-elle. Violetta, je vais mourir. Il faut que tu saches… je ne suis pas ta mère!…
– Oh! sanglota la jeune fille éperdue, c’est un affreux vertige qui vous saisit. Revenez à vous, mère!
– Je ne suis pas ta mère!… Et ton père, Violetta, tu crois que ce fut maître Claude, dis?… Tu le crois!… Eh bien, maître Claude n’est pas ton père!…
– C’est l’agonie! murmura Violetta épouvantée. C’est le délire de la mort!…
– Ta mère, reprit la mourante dans un râle effrayant… je ne sais où elle est… Mais ton père, Violetta!… ton père!… veux-tu le co
Dans une effrayante convulsion, la mourante essaya de désigner l’homme sur qui elle dardait son regard.
– Saints et anges! balbutia Violetta éperdue, prenez pitié de ma mère!
À cet instant, une sauvage imprécation éclata sur cette scène poignante, et Belgodère apparut, ramassé sur lui-même, serrant ses poings énormes. Il se jeta sur la jeune fille, l’empoigna par les deux épaules, et d’un geste furieux la remit debout.
– Dehors! gronda-t-il. Au travail, la chanteuse!
– Regarde! cria l’agonisante. Regarde! Et souviens-toi!…
– Enfer! vociféra le bohémien. Voici la Simo
D’une violente poussée, il rejeta Violetta dans le fond de la roulotte et se rua sur celle qu’il appelait la Simo
La Simo
L’enfant, rudement poussée, était tombée s’écorchant le front; elle n’avait rien vu de la hideuse tragédie: Belgodère, accroupi sur la poitrine de la malheureuse Simo
– J’ai serré un peu fort, peut-être! Et puis, je n’ai rien tué, moi! La mort était là qui rôdait, je l’ai aidée… Voilà tout!
Le premier regard de Violetta fut pour la Simo
– Morte! râla-t-elle. Ma mère est morte!…
– Elle dort, grogna le bohémien. Allons, dors bien, la Simo
– Morte! répéta l’enfant dont les larmes tombaient une à une sur le cadavre.
– Et moi, je te dis qu’elle dort! ricana Belgodère. Dehors, la chanteuse, dehors! Au travail.
Violetta s’abattit sur ses genoux et se prit à sangloter:
– Ô pauvre, pauvre maman Simo
À ce moment, la bohémie
– Pourquoi cet homme m’a-t-il regardée?… Pourquoi l’ai-je regardé, moi?… Au fond de quel enfer ai-je déjà éprouvé la brûlure de ses yeux noirs fixés sur moi? Oh! déchirer ce voile funèbre qui recouvre ma pensée! Percer l’opaque brouillard de mes souvenirs!… Seigneur! quelles visions d’horreur palpitent sur le cadavre de mon âme morte!…
D’un geste de folie, elle pressa son front à deux mains; et comme si son masque lui eût pesé, elle le dénoua, le laissa tomber sur ses genoux… son visage fut visible! Étrange, avec ses traits qui paraissaient pétrifiés, immuables, sa pâleur de lys qui meurt, ses yeux sans vie où brûlait seulement la flamme d’un insondable désespoir, ce visage gardait une beauté qui n’était semblable à aucune autre beauté, avec on ne savait quoi de tragique, de mystérieux, d’infiniment doux et d’inconcevable…
Violetta, de sa voix pure brisée de pleurs, répandait sa douleur. Elle sanglotait doucement, sans bruit, les lèvres collées sur la main glacée de celle qu’elle nommait sa mère. Belgodère allait et venait, mâcho
– En voilà assez! Si tu pleures tant, tu ne pourras plus chanter. Allons, la chanteuse, on t’attend! Des seigneurs, des ducs, des princes: noble compagnie, bo
Violetta se releva, sans paraître avoir entendu.
– Adieu, murmura-t-elle, adieu, pauvre maman Simo
Cette pensée soudaine qu’on allait dans quelques heures, emporter sa mère et qu’elle était trop pauvre pour déposer seulement un bouquet sur la tombe, cette idée du cercueil s’en allant par les rues sans une malheureuse rose de souvenir, comme un cercueil de pestiférée ou de damnée, cette vision bouleversa l’enfant, et fit déborder le deuil de son cœur: elle frémit et un sanglot plus atroce déchira sa gorge.