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J’ai repris le boulot le coeur léger, je n’avais plus ce souci en tête de savoir si j’étais enceinte ou pas. Les clients payaient toujours bien. Le patron me laissait un pourcentage un peu plus important maintenant, il était très content de moi, il disait que j’étais sa meilleure ouvrière. Au déstockage suivant j’ai eu droit à une cérémonie avec médaille devant toutes les autres vendeuses de la chaîne et devant les plus hauts dignitaires, à un poudrier de chez Loup-Y-Es-Tu, et à un ensemble de crèmes Gilda à l’ADN suractivé pour renouvellement cellulaire et recombinaisons de macromolécules. C’étaient des produits neufs. J’ai pleuré de joie à cette cérémonie. On a pris des photos. J’étais très fière, ça se voyait sur les photos. Ça se voyait aussi que j’avais grossi, mais pas tant que ça, parce que depuis mon avortement j’avais eu des nausées de plus en plus nombreuses et j’avais maigri. On ne pouvait plus mettre ça sur le compte d’une grossesse. Il y avait quelque chose qui ne passait pas. Je devais faire de plus en plus attention à mon alimentation, je ne mangeais presque plus que des légumes, des patates surtout, c’était ce que je digérais le mieux. Je m’étais prise de folie pour les patates crues; non épluchées, il faut bien le dire. Honoré voyait ça d’un oeil assez dégoûté. Pour le coup il se demandait vraiment si j’étais enceinte. Mais malgré son air un peu écoeuré, il ne fallait pas lui en promettre, à Honoré. C’était tous les soirs que j’y passais maintenant, je n’avais pas le temps de me débarbouiller que déjà il fallait lui en do